INSOLITE - Bas-Rhin : un agriculteur tout nu pour dénoncer la réforme de la Politique agricole commune de l'Europe

Julien Scharsch, un agriculteur basé à Saessolsheim (Bas-Rhin), s'est totalement dénudé ce lundi 31 mai. Par cette action choc, il veut dénoncer la réforme de la Politique agricole commune (Pac) européenne, qui baisserait les subventions de l'agriculture biologique.

À poil contre les restrictions financières de la nouvelle Politique agricole commune...
À poil contre les restrictions financières de la nouvelle Politique agricole commune... © Isabelle Michel, France Télévisions

Tout nu, et au vert. Il faut au moins ça à l'agriculteur Julien Scharsch, de Saessolsheim (Bas-Rhin), pour défendre l'agriculture biologique. C'est son modèle agricole, qu'il a défendu ce lundi 31 mai 2021. C'est culotté, mais pour se faire entendre, c'est soit ça, soit "être 5.000 à manifester à Paris". Ce qui est d'alleurs prévu le mercredi 2 juin. 

Le financement de l'agriculture biologique serait menacé par la nouvelle mouture de la Politique agricole commune (Pac). Les mesures prévues de 2021 à 2027 verront certaines subventions être modifiées : pour la profession qui mise sur le biologique, cela revient à ne pas développer ce modèle agricole pendant les prochaines années, faute d'encouragement.

Cela ne passe pour Julien Scharsch. Cet agriculteur s'est mis tout nu dans son champ de Saessolsheim (voir sur la carte ci-dessous). En tant que président de l'association Bio en Grand Est, il souhaitait montrer l'exemple. Christophe Diss, agriculteur à Landersheim (Bas-Rhin), était présent avec lui pour le soutenir, lui aussi dans le plus simple appareil. L'agricultrice Aurélie Quirin (à Weyer (Bas-Rhin)) leur avait déjà emboîté le pas. L'idée vient de la Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab), qui dénonce une baisse moyenne de 66% des subventions. 
 


"L'idée qui me révolte", précise Julien Scharsch, "c'est que l'agriculture biologique n'apporte pas plus, en terme environnemental, que d'autres formes d'agriculture conventionnelle sous certification. Pour les sols, la biodiversité, l'eau, l'atmosphère, on a plus d'atouts en services environnementaux qu'une autre forme d'agriculture."

"Ça ne veut pas dire que les autres formes d'agriculture ne sont pas nécessaires, c'est la façon dont l'État va reconnaître dans les années à venir l'agriculture." 
La Fnab reproche au label Haute valeur environnementale de permettre l'utilisation de pesticides. Or, les aides aux exploitations en label agriculture biologique, sans pesticides, se seraient alignées sur ce label.
 

La nouvelle Pac mettrait les agriculteurs et agricultrices biologiques "à poil".
La nouvelle Pac mettrait les agriculteurs et agricultrices biologiques "à poil". © Fédération nationale de l'agriculture biologique (Fnab)


Or, avec ses rendements moins élevés, l'agriculture biologique a besoin de soutien. "En moyenne, sur un hectare de céréales en bio, on va avoir quatre tonnes de production. En légumes, c'est variable, on peut aller jusqu'à vingt tonnes. Ces rendements, c'est la moitié de ceux qui sont faits en conventionnel. Comme on n'utilise pas d'intrants chimiques de synthèse, notre production est moindre. En quantité, car en qualité nutritionnelle, c'est bien plus intéressant."

C'est une question d'argent. "La prochaine Pac ne va pas rajouter d'argent pour l'agriculture bio. On est même moins bien doté que la Pac précédente. Il y avait une aide pour toutes les surfaces en bio : elle a disparu." Le modèle agraire bio entend donc peser de tout son poids. 
 

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