Schiltigheim : fermeture définitive du Pixel Museum, "unique musée du jeu vidéo en France"

Alors que depuis le 2 juin 2020, tous les musées de France se déconfinent, le Pixel Museum de Schiltigheim restera fermé définitivement. Les difficultés financières et l'impossibilité de mettre en place les normes de sécurité sanitaire ont eu raison de ce musée privé du jeu vidéo.

A sa création en février 2017, le Pixel Museum était le premier établissement français dédié à l’industrie du 10ème art, celle du jeu vidéo.
A sa création en février 2017, le Pixel Museum était le premier établissement français dédié à l’industrie du 10ème art, celle du jeu vidéo. © Maxppp

Il avait ouvert ses portes en février 2017 rue de Lattre de Tassigny à Schiltigheim, au nord de Strasbourg, pour le plus grand plaisir des amateurs de jeu vidéo : ce 22 juin 2020, le Pixel Museum annonce sa fermeture définitive. Son directeur Jérôme Hatton évoque un différend avec le propriétaire du bâtiment abritant cette collection privée. Le propriétaire n’est autre que la Ville de Schiltigheim.

 

 

Game over

Un mois jour pour jour après avoir fêté les 40 ans de Pac-Man, l’un des personnages les plus emblématiques des jeux vidéo, le Pixel Museum annonce sur ses réseaux sociaux la fin de l’aventure. Entre tristesse, déception et incompréhension, la réaction des internautes est immédiate : "Quel dommage, votre musée était tellement génial. Un vrai pan entier de l'histoire moderne s'y trouvait regroupé autour d'une collection incroyable !", "Quelle déception, surtout pour vous et votre travail. Triste nouvelle", "Dégoûté pour vous que la ville ne vous soutienne pas malgré l'attractivité que vous apportiez à Schillick".

Le jeu vidéo, considéré comme le 10e art, est le premier objet culturel en France.
Le jeu vidéo, considéré comme le 10e art, est le premier objet culturel en France. © Bartosch Salmanski

"Cela faisait des mois que cela couvait", explique Mathieu Bernhardt, en charge de l’évènementiel et de la communication du musée. Même si les trois mois de fermeture liés à la crise sanitaire n’ont rien arrangé, "c’est le loyer qui nous a plombé" explique-t-il, "plus de 8.000 euros par mois pour une surface de 1.000 m². En réalité, vu la configuration du bâtiment qui est ancien, on n’en utilisait que 600 à 700 m²". Dans son communiqué, Jérôme Hatton, le propriétaire de la collection, évoque "un loyer inapproprié" et une "absence de soutien des collectivités". Les réunions et les solutions envisagées avec la mairie n’ont abouti à rien.

En trois ans d'existence, le Pixel Museum a accueilli 75.000 visiteurs, des gamers avec ou sans leurs parents.
En trois ans d'existence, le Pixel Museum a accueilli 75.000 visiteurs, des gamers avec ou sans leurs parents. © Bartosch Salmanski

Absence de soutien des élus ? La maire de Schiltigheim réagit

Danielle Dambach, la maire de Schiltigheim dit sa tristesse de voir fermer le Pixel Museum. En revanche, elle réfute l’idée selon laquelle, elle et son équipe aient pu être aux abonnés absents face à la détresse financière du musée. La première magistrate rappelle que "la Ville a exonéré de loyer pendant les 24 premiers mois le Pixel Museum, afin de les soutenir dans leur démarrage. Soit près de 200.000€ d’apport". En décembre 2018, le conseil municipal abonde une nouvelle fois et accorde une subvention culturelle conséquente de 30.000 euros au musée de Jérôme Hatton. Cela n’a pas suffit : les impayés se sont accumulés. Ils s’élèveraient aujourd’hui à plus de 40.000 euros.

Danielle Dambach précise avoir rencontré plusieurs fois les responsables du Pixel pour chercher des solutions à leurs difficultés économiques. Elle évoque des "relations difficiles" et regrette de "ne pas avoir pu consulter les documents financiers ou des éléments de bilan, ce qui est une exigence pourtant habituelle dans le cadre d’un subventionnement public".

Une belle, mais un peu courte, aventure

En trois ans, la collection privée de Jérôme Hatton a attiré plus de 75.000 visiteurs venus des quatre coins du monde. Ils ne sont pas uniquement venus admirer ce qu’il y avait dans les vitrines : ils ont pu toucher, jouer et même participer à des tournois. Au total, le Pixel Museum aura organisé plus d’une soixantaine d’évènements. Trois emplois permanents avaient été créés.

Considéré comme le dixième art, le jeu vidéo est le premier produit culturel en France. Pixel Museum, cet antre du patrimoine vidéoludique, quitte donc Schiltigheim mais espère bien pouvoir renaître ailleurs. Avis aux mains tendues.

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