Charles de Foucauld fera partie des saints alsaciens dès le 15 mai

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Le religieux et ermite Charles de Foucauld, né à Strasbourg en 1858, sera canonisé à Rome le 15 mai prochain. Les catholiques d'Alsace se réjouissent et préparent diverses manifestations autour de cette date.

Le Strasbourgeois Charles de Foucauld n'a vécu que quelques années dans sa région natale, quittée dès l'âge de 12 ou 13 ans. Mais cette prochaine canonisation, le 15 mai, sur la place Saint-Pierre de Rome, ravit la communauté catholique alsacienne qui s'apprête à fêter l'événement dignement.  

Une joie compréhensible, au vu de la personnalité du futur saint. Après une jeunesse assez éloignée de l'église, et un début de carrière militaire, ce dernier a vécu une conversion qui a profondément bouleversé son existence. Et l'a conduit à aller vivre en ermite dans le Sahara algérien.  

"Charles de Foucauld est une figure prophétique de notre temps (…) Il nous donne une ligne de conduite : aller aux périphéries, au-delà de notre famille spirituelle" estime Franck Guichard, vicaire épiscopal, qui s'apprête, avec une délégation du diocèse, à faire le voyage jusqu'à Rome pour assister à la cérémonie.  

Une vie, de l'Alsace au Sahara

Charles de Foucauld est né le 15 septembre 1858 au 3, place Broglie à Strasbourg, là où s'élève aujourd'hui le bâtiment de la Banque de France. Il est baptisé en l'actuelle église Saint-Pierre-le-Jeune protestante qui, à l'époque, est encore un simultaneum : les communautés catholique et protestante se partageaient respectivement le chœur et la nef.  

C'est pourquoi le futur saint alsacien est considéré comme membre de la paroisse Saint-Pierre-le-Jeune catholique, même s'il n'a pas fréquenté l'église du même nom, construite entre 1889 et 1893, de nombreuses années après son départ de sa ville natale.  

 

Les parents de Charles décèdent quand il a six ans. Elevé par son grand-père maternel, le colonel Beaudet de Morlet, il fréquente l'école de la Doctrine chrétienne puis le Lycée impérial (aujourd'hui lycée Fustel de Coulanges).  

Après le conflit franco-prussien de 1870, la famille part à Nancy. Charles perd la foi à la fin de son adolescence. Il fait l'école militaire de Saint-Cyr, puis celle de Cavalerie de Saumur, avant de partir explorer le Maroc.  

A son retour, dans une paroisse parisienne, il vit une conversion qu'il raconte en ces termes : "Je me suis mis à aller à l'église sans croire, ne me trouvant bien que là, et y passant de longues heures à répéter cette étrange prière : 'Mon Dieu, si vous existez, faites que je vous connaisse !' (…)"  

"Aussitôt que je crus qu'il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui : ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi." Cette intime conviction de l'existence de Dieu bouleverse son parcours de vie.  

Début 1890, il entre comme novice à l'abbaye trappiste de Notre Dame des Neiges, en Ardèche. Il rejoint ensuite des moines trappistes en Syrie, puis séjourne au Carmel de Nazareth, en Palestine. Mû par un idéal de pauvreté et d'abnégation encore plus radical, il décide en 1897 de se faire ermite.     

En 1901, il s'établit à Béni Abbès, au Sahara algérien, dans une "khaoua" (fraternité), constituée d'une chapelle, d'une chambre d'hôte et d'un potager. Son quotidien est rythmé par la prière et le travail manuel.  

Il vit parmi les Touareg musulmans, mais ne souhaite pas témoigner de sa foi en paroles pour les convertir. "Je veux habituer tous les habitants à me regarder comme leur frère, le frère universel" explique-t-il simplement.  

Quelques années plus tard, il s'installe à Tamanrasset. Son étude approfondie de la culture touareg le conduit à publier - sous pseudonyme - le premier dictionnaire touareg-français, qui fait encore autorité.  

Le 1er septembre 1916, lors de la prise de la ville par des troupes de la confrérie musulmane des Sanoussies, il est assassiné devant la porte de son ermitage. Acte religieux ou politique ? La question reste toujours ouverte.     

Des miracles, pour le reconnaître bienheureux, puis saint

Rapidement, Charles de Foucauld est considéré comme un martyr, et plusieurs nouvelles congrégations religieuses s'inspirent de sa spiritualité.

Dès 1927, il est question de le béatifier. Mais l'instruction va prendre de longues décennies. "Il s'agit d'un véritable procès" explique Eric Wollbrett, actuel curé de la paroisse Saint-Pierre-le-Jeune. "Une procédure écrite de plusieurs milliers de pages, avec des témoignages en faveur, et en défaveur."  

Finalement, Charles de Foucauld est déclaré bienheureux le 13 novembre 2005 par le pape Benoît XVI.

Mais par la suite, un nouveau miracle post-mortem lui est imputé, permettant d'envisager sa canonisation : un homme fait une chute mortelle depuis le toit d'une  église de Saumur qui lui est dédiée. Mais l'homme en réchappe de façon inexpliquée pour la science, suite aux prières des paroissiens demandant à Charles de Foucauld d'intercéder pour lui auprès de Dieu.        

Le 15 mai prochain, à Rome, parmi une demi-douzaine d'autres bienheureux, et en présence de nombreux pèlerins strasbourgeois, il sera donc déclaré saint. Il deviendra un modèle pour les croyants, et recevra une place dans le calendrier liturgique de l'Eglise.

En effet, dorénavant, chaque premier décembre, son nom sera donc invoqué durant la liturgie, dans toutes les paroisses catholiques du monde.

Les festivités en Alsace

Dès le 28 avril, l'église Saint-Pierre-le-Jeune de Strasbourg proposera toute une série de manifestations, dont des conférences, un spectacle et une exposition.    

Le diocèse organisera d'autres événements, de Huningue à Wissembourg. Et à Strasbourg, vendredi 6 mai, à 19 heures 30, les paroissiens du centre-ville convergeront en procession vers la cathédrale. Afin d'y assister à une veillée, en présence d'une trentaine de religieuses membres de la congrégation des Petites sœurs de Jésus, issue de la spiritualité de Charles de Foucauld.

Par ailleurs, le site du diocèse présente toute une série de dossiers sur la vie et le message du futur canonisé, ainsi que sur les lieux de son enfance. Un futur canonisé qui, d'ici un mois, rejoindra la bonne trentaine de saints alsaciens déjà reconnus, dont certains depuis le Haut Moyen-Age.