Coronavirus : à Strasbourg, un service gratuit permet aux proches d'assister à un enterrement par visioconférence

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La Ville de Strasbourg, les Pompes funèbres publiques rhénanes et l'entreprise Atheo Ingenierie permettent l’accès à un enterrement ou une crémation virtuels via une plateforme sécurisée. Le service est gratuit et permet aux proches d'assister à la cérémonie à distance.

En cette période de confinement, la réglementation sanitaire d’urgence prévoit, pour les défunts du covid19, une mise en bière immédiate et une fermeture définitive du cercueil en l’absence de la famille directe, et pour les décès de nature non-épidémique, des rituels réduits à une dizaine de proches, rappelle l'Eurométropole de Strasbourg.

Pour permettre aux familles d'assister aux enterrements, la collectivité a décidé de soutenir une initiative mise en point par la société alsacienne Athéo Ingénierie : proposer aux familles l’accès à une « chambre » numérique permettant de suivre gratuitement et en temps réel tout le processus funéraire.

Un instant de recueillement, puis le cercueil s'avance automatiquement pour la crémation. Une tablette filme la scène et à distance, chez eux, les proches suivent la cérémonie via leur ordinateur ou leur smartphone. C'est ce que propose Atheo Ingénierie. Un service gratuit rendu possible depuis quelques jours via les Pompes funèbres publiques rhénanes.
 
Le principe est simple, il a demandé quelques jours de travail à l’entreprise de sécurisation de données numériques. D'abord, il a fallu obtenir l'autorisation d’utiliser gratuitement la technologie et les serveurs de Cisco, une multinationale américaine spécialisée dans la sécurité sur Internet. Au final, la personne connectée à cette cérémonie en visioconférence ne voit pas les autres, elle n'entend que le son de la cérémonie, et ne peut pas être entendue. Et enfin sa participation est anonymisée, personne ne sait qui est connecté. 

Une cérémonie courte, visible dans le monde entier

"Robert Hermann, président de l'Eurométropole de Strasbourg, m'a demandé de rendre les enterrements visibles à distances pour les proches qui ne peuvent pas se rendre sur place. Un jour, il y a eu 47 personnes à enterrer en une journée dans l’Eurométropole, les proches sont nombreux à ne pas venir à la crémation ou à l’enterrement", explique Dorian Nicoletti, président cofondateur d'Atho Ingénierie. "Pour certains, la crémation permet de garder l’urne et de faire l’enterrement plus tard. Pour d'autres, assister à une cérémonie, même à distance, c'est leur permettre de faire leur deuil".

La première cérémonie a eu lieu mardi 7 avril, elle a duré 5 minutes, le temps du recueillement et de l'avancée du cercueil pour la crémation, cérémonie suivie par une dizaine de personnes au Sri Lanka, le pays d'origine du défunt. Une autre est prévue mercredi prochain, cette fois-ci elle devrait durer 10 à 15 minutes, elle aura lieu en extérieur, avec un prêtre.

Un service gratuit

"C’est ma façon à moi d’aider. J’étais confiné parce que j'ai eu le virus, et il fallait trouver une solution. Chacun fait un geste à sa manière." Dorian Nicoletti espère juste que ce service aidera les familles endeuillées.
 
Les pompes funèbres rentrent la liste d'adresses mail fournie par la famille dans la plateforme, et les proches reçoivent ensuite un lien pour rejoindre la cérémonie avec un horaire et une date. Ils peuvent aussi voir la cérémonie plus tard, en streaming différé. "Nous avons détourné un outil de conférence en ligne pour faire participer les gens aux enterrements, en adaptant bien sûr les termes et le langage", décrit Julien Ciullo, responsable de la division Cloud et des services collaboratifs pour Atheo Ingénierie.
 

Une réflexion pour l'avenir

Dorian Nicoletti espère que les responsables politiques alsaciens prendront la mesure des enjeux du numérique à travers ces solutions virtuelles imaginées avec la crise sanitaire. "Nous manquons de compétences numériques dans la région. Les jeunes partent à Paris chez Free ou chez Google. On voit bien l’impact du numérique aujourd’hui, avec la crise il est partout. Mais aujourd’hui il me faut six mois pour recruter quelqu’un. Est-ce que les choses vont changer ? Nous devons former plus d’informaticiens en région, créer des zones pour mettre le numérique en avant, des incubateurs de start-up". Il y a un vrai enjeu local de développement du numérique.