Bas-Rhin : le planning familial reprend des paroles de musique sexistes et les change en message féministe

Lassées d’entendre des chansons à connotation sexiste, des bénévoles du planning familial 67 ont décidé de réécrire certains tubes du moment avant de les diffuser sur les réseaux sociaux. Un acte militant bon pour la jeunesse, bon pour les oreilles.
Après une action de communication contre le délit d'entrave à l'IVG, les bénévoles du planning familial 67 s'attaquent au sexisme
Après une action de communication contre le délit d'entrave à l'IVG, les bénévoles du planning familial 67 s'attaquent au sexisme © Pierre Robert/Maxppp

On les écoute parfois, d’une oreille distraite. Trop distraite sans doute, pour se rendre compte de la portée de leurs mots. De nombreuses chansons diffusent des messages sexistes, des stéréotypes de genre et des idées qui peuvent freiner la lutte contre les violences. C’est en tout cas l’avis d’un groupe de militantes du Planning familial 67 qui a souhaité dénoncer certains morceaux en proposant à des artistes de les réécrire et de les interpréter dans une version féministe et bienveillante.

"Quand on fait des interventions dans les collèges, les lycées, on va à la rencontre des jeunes mais ça ne dure que peu de temps. Ça ne permet pas d’aborder tous les sujets. Cette action, diffusée en ligne, permet de traiter d’autres thèmes plus larges", se félicite Coralie Charlet, coordinatrice du projet.

Diffusées sur le compte Instagram de l’association depuis le 1er juillet 2021, les chansons sont accompagnées de leurs paroles initiales mais aussi d'informations concrètes sur les clichés qu’elles relaient et les débats qu’elles soulèvent.

"17% des Français pensent encore que forcer son/sa conjoint.e à avoir une relation sexuelle alors qu’il ou elle le refuse n’est pas un viol. Dans un système construit sur de telles représentations, la culture du viol perdure et les agressions restent impunies", peut-on lire en commentaire d’un tube qui se révèle être un cas d’école.

"Il faut dénoncer ce qu’il y a de problématique dans la culture populaire"

Il s’agit de "Jaloux" du chanteur Djadu, qui a de quoi faire couler beaucoup d’encre. Le titre, qui dès sa sortie a totalisé plus de trois millions de vues en deux jours, se veut être une ode à l’amour. Mais l’artiste y dépeint un homme aussi épris que possessif.

"M'en veux pas d'me méfier, homme-femme y'a pas d'amitié. Si je t'aime, je suis jaloux, quand j'aime, je suis jaloux, si je t'aime, je suis jaloux. Évidemment que je suis jaloux. Bébé tu es le mien, t'es la femme de quelqu'un. C'qui brille sur ta main veut dire que tu m'appartiens", entend-t-on.

"On ne se rend peut-être pas compte de la portée que peut avoir cette chanson sur des jeunes qui peuvent intérioriser le fait que ça peut-être normal de ne plus pouvoir côtoyer certaines personnes parce que l’autre est jaloux. Il faut dénoncer ce qu’il y a de problématique dans la culture populaire", reprend Coralie Charlet.

Dans la version du Planning familial, interprétée par Léna Dillmann, voici la réponse radicale que formule l’amoureuse de la chanson.

"Mon chéri reste poli, respecte moi sois gentil, mes potes je les connais, essaye pas de m’isoler. Avec le temps j’ai bien compris, t’as pas le droit de contrôler ma vie. A quoi bon se méfier, pas de bonheur sans liberté".

Dans le viseur et la plume des militantes, on trouve aussi "P’tite pute" de Saez, "ouvertement problématique", ou encore "Cambrure" de Jok’Air. Une dizaine de morceaux sur une vingtaine identifiés comme étant particulièrement problématiques.

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Les parodistes ne se sont attaquées qu’aux paroles, mais auraient pu tout aussi bien travailler sur les clips qui accompagnent les textes, également vecteurs d’images sexistes et de clichés. "On y a songé mais la chanson restait une source plus accessible".

D'ailleurs, les reprises pourraient devraient bientôt être mises en ligne sur la page Facebook du Planning familial 67.

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