Journée internationale des personnes âgées : «la société ne s’occupe plus des vieux»

Ce mardi 1er octobre marque la journée internationale des personnes âgées, censée lutter contre les inégalités liées au vieillissement. Comment cette journée est-elle perçue de la part des principaux intéressés ? Nous avons donné la parole à Michèle, 65 ans, la langue bien pendue…
 
Michèle Mickaëloff, senior strasbourgeoise.
Michèle Mickaëloff, senior strasbourgeoise. © Marie Coulon/France 3 Alsace
Près de 700 millions de personnes dans le monde sont âgées de 60 ans et plus. Elles seront 2 milliards en 2050, soit environ 20% de la population mondiale. Leur accorder une journée spécifique chaque année ? Cela ne date pas d’hier. Instituée dans les années 90 par l’Assemblée générale des Nations Unies, elle doit permettre de sensibiliser le public à la prise en compte des seniors mais aussi d’apprécier leur contributions à la société.

Vingt-quatre heures pour rendre visible ceux qui ont bien souvent l’impression de ne plus l’être assez, est-ce suffisant ? Pour répondre, nous avons ouvert notre carnet d’adresse.

- "Allô Michèle ? Est-ce qu’on pourrait vous interviewer à propos de la journée internationale des seniors ?"
- "Oui mais quel jour ?"
- "Aujourd’hui, et si possible d’ici une heure. Le papier est pour ce soir, on n’a pas vraiment le choix"
- "C’est un peu court tout de même. Votre urgence n’est pas mon problème. Vous savez, à mon âge, moi j’aime prendre mon temps. Je ne suis plus dans la même course que vous".

Le ton est donné. Michèle Mickaëloff, 65 ans, ancienne éducatrice spécialisée et institutrice strasbourgeoise revendique le droit d’œuvrer tranquillement et dans la considération, dans une société qui ne prend plus le temps de rien, et surtout pas de s’intéresser à ses aînés. Devant une eau pétillante, nous entamons une discussion qui le sera tout autant.

Une journée internationale dédiée aux personnes âgées, qu’en pensez-vous ? Bonne ou mauvaise idée ?


"Je vous préviens tout de suite, je ne me sens pas du tout concernée. Pas plus que je ne me sens concernée par la journée des femmes, alors que j’ai été militante féministe. Etre obligé d’instaurer une journée pour penser à nous, c’est un faire-valoir. Si tu ne penses aux vieux qu’une fois dans l’année, tu ne mets rien en place. Non vraiment, ça ne m’inspire rien de positif. Ça permet juste de se dédouaner, de se déculpabiliser en disant qu’on fait quelque chose alors qu’on ne fait rien. C’est un bouclier pour les pouvoirs publics qui ne sont pas dans l’action sur cette question. Ce n’est pas ça qui aide, par exemple, le personnel soignant épuisé à prendre en charge les malades."

Ça veut dire quoi selon vous être une « personne âgée » ?


"Ça c’est une bonne question. En tout cas, ça n’est pas une maladie. La vieillesse, on ne l’a voit pas venir, mais on nous l’a renvoie. Aujourd’hui, on a l’impression que parler des personnes âgées, c’est mettre en avant des personnes qui perdent leurs moyens, qui ne sont plus actifs et donc qui coûtent cher à la société. Mais nous sommes vivants quand même non ?  

Il y a une réalité, c’est que nous devons « encaisser » le fait que nos capacités s’émoussent dans tous les domaines. Vieillir, c’est une vacherie. Mais c’est accentué par le fait qu’on nous le fait sentir, dans un monde où tout va vite, où l’on préfère le mouvement, la vitesse, le trait d’esprit, où être le plus fort est un objectif. La lenteur n’est pas valorisée socialement. Dès qu’on ne peut plus répondre à l’injonction de la vitesse, c’est compliqué. Hormis cela, il y a plein de choses positives. On prend davantage le temps "d’être", tout simplement."

Cette journée permet notamment de questionner la place des personnes âgées dans la société. Là aussi il y a des choses à dire si on vous suit bien.


"Evidemment. C’est la vraie question. Malgré la perte de certaines capacités, il est tout à fait possible et important de se réinventer et de continuer à jouer un rôle au quotidien dans le registre de la transmission notamment. Nous pouvons avoir un esprit critique sur la vie civile, sur la politique également. Il y a de quoi continuer à s’inscrire dans la vie active.

Il y a un autre domaine aussi que l’on occulte totalement en pensant aux personnes âgées, c’est la sexualité. Le désir sexuel n’est pas mis de côté avec l’âge. Le corps vieillissant épouvante un peu, pourtant il faut regarder cette réalité en face. Notre place est multiple, diverse et elle est plus que jamais intéressante."

Si ce n’est pas à travers une journée dédiée, comment peut-on mettre en valeur les seniors alors ?


"C’est d’abord à eux de se montrer, de s’affirmer et de se valoriser. C’est le sens d’un projet que je mène avec une association, Cocon3S. Nous œuvrons pour inventer un modèle d’habitat solidaire destiné aux seniors et à l’inter-générationnalité. Par ce projet, on montre qu’on choisit notre destin en évitant de devoir entrer en établissement spécialisé où on ne décide plus de rien. Garder la main sur certains désirs que l’on peut avoir, c’est important."
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