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Rassemblement protestant : « on peut être jeune, protestant et moderne »

Les jeunes protestants à l'honneur à Strasbourg / © Odile Barthélémy
Les jeunes protestants à l'honneur à Strasbourg / © Odile Barthélémy

Strasbourg accueille depuis vendredi la manifestation «Protestants en fête». Un rassemblement de plus de 10.000 fidèles pour commémorer les 500 ans de la Réforme. Parmi eux, un millier de jeunes, bien décidés à prouver que la foi… c’est tendance.

Par Marie Coulon

Ce samedi 28 octobre, la jeunesse protestante est à l’honneur à Strasbourg. Evènement majeur du calendrier de «Protestants en fête», rassemblement organisé par la Fédération Protestante de France et destiné à fêter les 500 ans de la Réforme, cette journée convie un millier de jeunes fidèles venus de France et d’Italie autour d’un thème central : la fraternité.

Hébergés au Parc des Expositions du Wacken, c’est au Gymnase Jean-Sturm qu’ils ont rendez-vous depuis neuf heures ce matin avec au programme une série d’ateliers pour réfléchir à l’engagement fraternel. « On a un message d’espérance à faire passer. La fraternité fait partie des valeurs républicaines et les protestants sont connus pour leur engagement dans la société » explique Mathieu Busch, Pasteur de l’UEPAL (l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine).

Alors on vous voit venir. Vous vous représentez, peut-être, des jeunes assis en tailleur, en train de réciter des textes bibliques unis par de bons sentiments…Eh bien pas du tout. À peine les grilles du Gymnase passées, nous voilà avec le menu du jour entre les mains. Un fascicule intitulé « Games of Tree » en référence à la célèbre série « Game of Thrones ». Un ton moderne, pour expliquer les objectifs du jour : remplir de fruits l’arbre de la fraternité et du partage en franchissant diverses étapes. « Il faut utiliser les codes de la jeunesse pour parler à la jeunesse » argumente Mathieu Busch.




A l’intérieur, les différents ateliers proposés aux participants sont détaillés. Deux attirent particulièrement notre attention. Le premier s’appelle « deviens un héros de fraternité ». Allez, comme on est foufou, on va jeter un œil.



Dans une salle, Wonder Woman accueille les visiteurs. À travers un parcours ludique, ils doivent développer des pouvoirs pour devenir les héros qui changeront le monde de demain. Rien à voir avec les animations version colonies de vacances, non. Le but ici est bien plus sérieux. « Il s’agit de faire entendre sa voix au milieu d’un groupe. Proposer au jeune de réfléchir sur ses moyens de rendre le monde plus juste. Nous l’incitons par exemple à s’interroger sur la xénophobie, les discriminations, le racisme » détaille Anne-Sophie Hahn, pasteur, alias Wonder Woman. « Si on ne s’adapte pas aux jeunes, à ce qu’ils peuvent comprendre, on peut passer à côté du dialogue. Chez les protestants, on ne vit pas hors du monde. Ici, en utilisant les codes des super-héros, on parle de la foi de manière très concrète ».

Le protestantisme chercherait donc à se renouveler pour parler à une jeunesse lassée des dogmatismes et de toute forme de crispations religieuses.

Un peu plus loin, nous voici à la « battle du bonheur ». Là, il s’agit de découvrir autrement un texte biblique. Comment ? Depuis quelques temps, l’Eglise Protestante de France intensifie sa présence sur les réseaux sociaux. Marc Schaeffer, pasteur et animateur bénévole propose donc un petit tour sur Facebook où l’organisation publie quotidiennement des messages à destination de ses fidèles, ou encore sur Spotify, le leader du streaming musical. Sur cette plateforme, des dizaines de playlists de psaumes sont à écouter. Dans des styles parfois très étonnants, allant du rap, au rock en passant par l’électro. Lorsqu’Alpha Blondy reprend le psaume 23…on manque de tomber de la chaise, mais le discours de Marc Schaeffer est clair. « Il faut aller à la rencontre des jeunes là où ils sont. Aujourd’hui, ils franchissent de moins en moins la porte des lieux de culte.  Ils ont des clichés dans la tête. Il faut les amener à la religion de manière plus moderne ».

Force est de constater que le protestantisme peut être tendance, et ce n’est pas les participants qui diront le contraire.

« On peut être jeune, croyant et moderne »

Victor Ludwig, strasbourgeois, 20 ans et protestant.



Comment avez-vous choisi la foi protestante ? 

C’est une aventure familiale. J’ai été baptisé protestant. Je n’ai pas subi cette religion, au contraire, j’ai fait mon cheminement.  Ce qui me plaît, c’est que les protestants forment une petite communauté et qu’il n’y a pas une entité surhumaine qui dicte notre croyance. Nous sommes tous frères, égaux. Et puis on ne croit pas pour croire. On cherche avant tout à comprendre le monde qui nous entoure, on trouve des réponses grâce au prisme de la religion.

Assumez-vous votre religion aujourd’hui ?

Je pense qu’en France la religion est un sujet tabou. En parler en public, c’est parfois difficile. On a tendance à garder ça pour soi. Je ne l’étale pas, mais je suis ravi de pouvoir vivre pleinement ma foi lors d’évènements comme celui-ci. Ces moments où nous nous retrouvons nous apportent beaucoup. On se rend compte que même en représentant 1 à 2% de la population française, nous sommes finalement nombreux et riches de nos diversités.

Avez-vous l’impression que la religion s’adapte au monde d’aujourd’hui ?

Absolument. Ce n’est pas désuet. On est sorti de ce côté «  je vais à la messe pour me montrer et me faire bien voir ». Aujourd’hui, nous, les jeunes protestants, sommes en recherche de sens. Ça implique qu’on regarde le monde tel qu’il est. Y a une vraie modernité d’esprit, nous nous devons d’être ouverts. Prenez le débat sur la reconnaissance des couples homosexuels. La religion protestante a autorisé la bénédiction de ces couples. À Strasbourg, il y a même des cultes « inclusifs » LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels et trans). On peut être jeune, croyant et moderne.


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