A Strasbourg, un concours d'éloquence ouvert à tous: "je me sens un peu plus confiante"

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Écrit par Anne-Laure Marie
La finale du concours d'éloquence Versus a eu lieu le vendredi 3 mai à la Meinau
La finale du concours d'éloquence Versus a eu lieu le vendredi 3 mai à la Meinau © Sp3ak3r

Versus, deuxième édition, c'est un projet ambitieux, un concours d'éloquence ouvert à tous et dont la moitié des participants vient des quartiers populaires. Un projet mené conjointement par le média collaboratif Sp3ak3r et l'école des jeunes orateurs de Sciences-Po Strasbourg. 

S'exprimer en public. Organiser un discours. Tâcher de convaincre. Bref être éloquent. Une gageure pour beaucoup. Pourtant depuis peu, les concours d'éloquence se multiplient comme si ces joutes verbales permettaient de renouer avec une communication parlée, entendue et vue à l'heure où les yeux sont plutôt rivés sur les écrans et les bouches fermées. 
 

Donner la parole aux habitants

L'un de ces concours a eu lieu ce vendredi, le 3 mai à la Meinau à Strasbourg, au siège de sp3ak3r, un média collaboratif des quartiers populaires monté par un collectif de Strasbourgeois. "Devenir la plateforme médiatique des quartiers populaires et amener leurs habitant-e-s à être des sujets parlants plutôt que des sujets parlés, tels sont nos objectifs", voilà qui est affiché fièrement en tête de la page web du collectif. Et le concours d'éloquence c'est justement pour donner la parole aux habitants des quartiers puisque la moitié au moins des participants y a été recrutée.
 

Cinq ateliers dirigés par l'école des jeunes orateurs

C'est la deuxième édition de ce projet Versus porté par le collectif, en partenariat avec l'école des jeunes orateurs de Sciences Po Strasbourg. Un concours d'éloquence ouvert à tous. "Nous nous sommes retrouvés avec 25 participants de 12 à 45 ans, pas de critère de sélection, l'envie simplement de s'exprimer. C'est un concours qui se veut intergénérationnel et interterritoire en quelque sorte", explique Nora, l'une des fondatrices du collectif. Des candidats qui ont donc depuis janvier 2019 participé à cinq ateliers dirigés par l'école des jeunes orateurs de Sciences Po. "Les thèmes portaient sur le langage corporel, le débat ou encore le discours. Ce projet Versus c'est vraiment bien, ça nous fait sortir de l'école, aller dans les quartiers, se faire renconter différents univers et puis c'était que du bonheur de voir comment ont bien fonctionné les ateliers, il y avait une bonne énergie de groupe", raconte Clémentine qui a animé les ateliers pour le compte des jeunes orateurs.
  

Des joutes verbales

Avant le saut dans le grand bain. Monter sur scène pour disputer des joutes verbales en solo ou en duo. Convaincre un jury et séduire le public sur des thèmes aussi variés que "l'école fait-elle plus de mal que de bien?", "le diable a t-il besoin d'un avocat?" ou encore "sommes-nous prisonniers de la mode?" Sur les 25 participants aux ateliers, 12 se sont décidés à monter sur scène pour le concours le 3 mai 2019. et la lauréate, c'est Nawel, grand prix d'éloquence de cette édition. A 26 ans, la jeune femme qui travaille en interim dans une banque après un master en droit des affaires, est arrivée dans ce concours un peu par hasard. "J'ai accompagné une amie à l'un des ateliers, ça m'a plu et j'ai continué", raconte-t-elle. "Je l'ai pris comme un exercice, un défi, pour savoir si j'allais être capable de monter sur scène". Nawel a planché sur "les rappeurs, poètes de temps modernes?", un thème qu'elle a choisi au hasard. Chargée d'argumenter sur le non, un rappeur n'est pas un poète, elle reconnaît avoir eu quelques difficultés. "Convaincre un auditoire des quartiers pour lequel le rap est LA musique, ce n'est pas évident", s'amuse-t-elle. Mission accomplie en tout cas puisque Nawel remporte ce concours. "Ca encourage, je me sens un peu plus confiante, davantage capable d'être à l'aise à l'oral". Depuis un an, la jeune femme fait même du théâtre d'impro.

Mona elle a remporté le prix spécial du jury.
Convaincante et touchante, Mona a planché sur le thème des valeurs. "Certaines valeurs sont d'ordre religieuses, culturelles, celles qui nous intéressent sont les valeurs morales, celles qui s'appliquent à tous, certaines sont universelles comme la tolérance. On est en droit de s'interroger là dessus. Le culte de l'apparence a refait surface avec les réseaux sociaux, objectif être vus, il faut plaire pour entrer dans le moule, pour moi c'est le summum de la superficialité. A partir du moment où on agit pour plaire pour les autres, et non plus en fonction de qui on est, alors on perd une partie de nos valeurs."  Applaudissements de mise dans la salle et donc le prix spécial du jury pour Mona. A 16 ans, cette lycéenne en première littéraire s'est inscrite au concours parce que l'an dernier c'est son frère de 15 ans qui avait remporté le prix du jury. "Et puis ce n'est pas scolaire comme exercice, ce n'est pas pour une note, c'est juste pour le plaisir, et en plus j'ai battu mon frère (qui concourait lui aussi, opposé à Mona, NDLR)!", ajoute-t-elle malicieusement. "J'étais une enfant bègue, j'ai fait un gros travail là-dessus durant des années, alors oui, ce concours ça donne confiance." Plus tard, Mona aimerait se lancer dans l'audiovisuel, pourquoi pas dans la réalisation, plutôt derrière la caméra quand même donc.
 

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