Strasbourg : l'ocytocine, hormone de l'amour, décryptée par un scientifique dans un livre

"Ocytocine, mon amour", c'est le titre du livre que vient de publier Marcel Hibert, chercheur au laboratoire d'innovation thérapeutique d'Illkirch. Chimiste de formation, le sexagénaire travaille depuis des années sur cette incroyable hormone de l'amour et de l'attachement.

20 années consacrées à l'étudier, l'ocytocine valait bien que Marcel Hibert lui dédie un livre. C'est chose faite depuis le 15 septembre et la parution d'"Ocytocine, mon amour". "Le sentiment amoureux a bien sûr été exploré par les écrivains et les philosophes depuis toujours mais dans les écrits scientifiques, rien avant le début des années 2000", explique le chercheur au laboratoire d'innovation thérapeutique d'Illkirch.

Expliquer scientifiquement et chimiquement l'amour, n'est-ce pas ôter un peu de sa magie et de son mystère, osons nous demander. "Pas du tout! s'exclame l'enseignant en chimie organique et fraîchement retraité de la faculté de pharmacie de Strasbourg. "Dans mon livre, je mets justement en garde contre toute simplification. L'amour et l'attachement sont inscrits dans nos gênes et nos hormones mais notre histoire personnelle, notre éducation, notre environnement jouent leur rôle, se gravent en nous de façon inexplicable et dictent ensuite nos comportements".

Ouf, nous voilà rassurés et sereins pour comprendre la chimie qui nous compose. Pour Marcel Hibert, tout est parti de la découverte d'un chercheur américain, Larry Young à la fin des années 1990. 

Après une étude menée sur des campagnols, lui et son équipe réalisent que ces rongeurs sont monogames et très attachés à leur famille grâce à la présence très forte d'une hormone : l'ocytocine, une hormone connue jusque là pour favoriser l'accouchement et la montée de lait chez les mammifères et chez l'homme.

L'ocytocine favorise l'empathie et la confiance

"De mon côté, j'avais travaillé 16 ans dans le privé sur différentes maladies et l'élaboration de médicaments, c'étaient de belles années à me poser des questions sur la vie et la mort et puis l'aventure s'est arrêtée, le laboratoire pour lequel je travaillais prenait une direction trop commerciale pour moi. Je suis allé dans le public en me demandant sur quel domaine crucial je pouvais travailler. L'amour m'a semblé évident."

 

L'enseignant-chercheur consacre alors en grande partie les 20 années suivantes à l'étude de l'ocytocine et découvre son rôle dans l'attachement et la stabilité mais aussi la protection de la douleur, la création des liens sociaux comme l'amitié et l'amour donc. Des études ont montré par exemple que sa production monte en flèche dans l'organisme au moment de l'orgasme. "Elle est essentielle car elle donne de l'empathie, de la confiance. Pour qu'un enfant grandisse, qu'il fasse confiance, qu'il reforme un couple, elle est nécessaire", explique le sexagénaire.

 

Des débouchés thérapeutiques dans le domaine de l'autisme

Avec la sortie de ce livre, c'est l'occasion pour l'enseignant-chercheur de devenir l'ambassadeur de cette molécule sur les ondes. Après ces 20 années de recherches, Marcel Hibert et son équipe parviennent à mimer cette molécule, l'objectif étant de trouver des débouchés thérapeutiques notamment pour lutter contre l'autisme. "Les autistes ont un déficit d'ocytocine, ce qui explique leurs difficultés à tisser des liens sociaux. Ils n'ont pas la capacité de lire les émotions sur les visages ou dans les regards". D'autres troubles comme l'anxiété, les phobies ou l'anorexie pourraient être concernés.

"Nous avons réussi à mimer cette molécule mais maintenant il faut qu'un labo privé s'en empare pour toute la partie application", conclut Marcel Hibert. Une étape qui prendra des années mais ouvre de belles perspectives. 

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