Strasbourg : lutte contre la fracture numérique, Emmaüs cherche des formateurs bénévoles

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Écrit par Caroline Moreau
Une bénéficiaire en train de se faire guider dans l'utilisation d'un smartphone par un bénévole de l'association Emmaüs Connect.
Une bénéficiaire en train de se faire guider dans l'utilisation d'un smartphone par un bénévole de l'association Emmaüs Connect. © N. Sailly

24% des Français ne savent pas faire une recherche sur Internet. Parmi eux, nombreuses sont les personnes en situation de précarité. Pour les aider à maîtriser les nouvelles technologies, Emmaüs Connect cherche des bénévoles à Strasbourg.

Payer ses factures, réserver un billet de train, obtenir une attestation de la Sécurité sociale : autant de démarches indispensables qu’il est de plus en plus compliqué de réaliser sans en passer par Internet. Les nouvelles technologies se sont imposées partout dans notre quotidien, au risque de laisser sur le bas-côté celles et ceux qui n’ont pas les moyens de se payer les équipements nécessaires. On estime à 5 millions le nombre de Français qui cumulent précarité sociale et précarité numérique.

Depuis 2019, ces personnes en situation de détresse numérique peuvent à Strasbourg (Bas-Rhin) obtenir l'aide d’Emmaüs Connect. Cette association, dans le giron du mouvement fondé par l’Abbé Pierre, propose de l’accompagnement à des bénéficiaires repérés par Pôle emploi, les travailleurs sociaux ou les structures de lutte contre la précarité. Elle accueille en moyenne 200 bénéficiaires chaque mois. "Nous pouvons mettre à disposition des ordinateurs, des tablettes, des smartphones à des tarifs préférentiels grâce à des dons ou de partenariats, détaille Thomas Lecourt, responsable d'Emmaüs Connect dans le Grand Est. Nous pouvons aussi leur proposer des recharges téléphoniques ou des connexions Internet à prix modiques."

Disposer du matériel ne suffit pas. Encore faut-il savoir s’en servir. D'où l’importance des formations également proposées par l’association. Des sessions gratuites, individuelles ou collectives, sont dispensées par des bénévoles. Une aide de plus en plus nécessaire, car la crise sanitaire n'a fait que creuser davantage encore la fracture numérique.

Les suppressions d'accueil physique dans certaines administrations, le déploiement du télétravail, l'impossibilité de se regrouper y compris dans le cercle familial ont entraîné une accélération fulgurante des pratiques en ligne. "On voit de nouveaux besoins émerger, observe Thomas Lecourt. Avant la pandémie, il s'agissait surtout d'apprendre à envoyer des courriels, utiliser un téléphone portable ou à aller sur le site de certaines administrations. Désormais tout le monde a aussi besoin de maîtriser les réseaux sociaux pour communiquer, même en famille. Il faut également se servir des outils de visioconférence, même de partage de documents. C'est indispensable, surtout si l'on recherche un emploi."

Des demandeurs d'emploi, Thomas Lecourt en voit justement de plus en plus à la porte de son association. Les profils des bénéficiaires ont en effet évolué avec les confinements. "Le télétravail s'est imposé pendant cette période, les employeurs y ont de plus en plus recours. Pour trouver un emploi, il est maintenant impératif de savoir manier les nouvelles technologies et d'avoir les outils adéquats. On voit aussi de plus en plus de jeunes comme des étudiants qui n'étaient pas équipés pour suivre leurs études en distanciel et qui se sont vus pénaliser à cause de ça."

35% des Français ne sont pas en mesure d’utiliser les outils numériques correctement, ce qui les prive de services de première nécessité.

Baromètre du numérique

Thomas Lecourt en est convaincu : ne pas savoir maîtriser les outils numériques peut conduire à une forme de handicap social. Pour lui, l'illectronisme [le fait de ne pas savoir maîtriser les nouvelles technologies] est une autre forme d'illetrisme. "Avec cette nuance que l'on peut dissimuler son illetrisme, mais on ne peut pas mentir face à un clavier d'ordinateur." Il évoque la honte exprimée par certains bénéficiaires, leur peur d'être discriminés. "Savoir qu'ils ne sont pas seuls est déjà pour eux un grand soulagement."

Appel à bénévoles

Emmaüs Connect manque de bras pour répondre à cet afflux des demandes. "On a perdu des bénévoles, déplore le responsable régional. Certains ont encore peur des risques sanitaires, d'autres ont envie de profiter de la vie maintenant qu'elle reprend son cours et sont moins disponibles, d'autres encore ont changé de vie et se sont lancés dans d'autres projets."

L'antenne strasbourgeoise recherche une cinquantaine de personnes. Pas besoin d’être un génie de l’informatique pour donner un coup de main. Savoir se servir d'un ordinateur, envoyer un mail, stocker des photos ou repérer une arnaque en ligne sont des compétences largement suffisantes. "Les seuls critères indispensables sont la patience, un peu de pédagogie mais surtout d'être très sympathique", insiste Thomas Lecourt.

Il tient tout de suite à rassurer les potentiels candidats. Aucun engagement ne sera demandé, chacun donne de son temps en fonction de leur disponibilité (deux heures par mois constituent déjà un soutien précieux). Dans la vidéo ci-dessous, Joseph, bénévole dans l'antenne lyonnaise d'Emmaüs Connect, met en avant la convivialité pour vous donner envie de rejoindre l'équipe.

Les personnes intéressées sont attendues le samedi 9 octobre toute la journée à partir de 9h30 au local de l'association, 33 rue Kageneck (quartier Gare) à Strasbourg. Y seront proposés des ateliers, des échanges avec d'anciens bénévoles et un convivial banquet apéritif. 

 

 

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