Nous sommes le mardi 22 août, il est 20h30. La scène se passe juste derrière la Pizza de Nico, dans le quartier de l'Esplanade à Strasbourg. Une scène tristement banale de harcèlement de rue. Une scène qui ne devrait pas être banale. Le ton est provocateur: "C'est bon, on le sait qu't'es mignonne! - Pardon?! - Woooh [...] Fais pas ta meuf ou j'te balaye! Baise ta mère!" 

Pourquoi devrais-je continuer à avoir peur en allant simplement au magasin en bas de chez moi à 20h30?


Caroline, étudiante strasbourgeoise de 24 ans, le rappelle: ce n'est pas une question de quartier ou de nombre de centimètres de tissu. Jointe par France 3 Alsace, elle précise: "peu importe les lieux et la tenue". Cette vidéo, postée sur son profil Facebook le 22 août a été vue plus de 230.000 fois, ce mardi 28 août. En filmant ce moment, Caroline souhaitait "capturer ce quotidien de harcèlement de rue qui est le mien et celui de beaucoup de femmes, pour faire réagir sur ce qu'il se passe."
 

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Son témoignage est tristement édifiant : "Un jour, un homme dans le tram m'a flanquée une énorme claque sur les fesses parce que je portais un legging. J'ai essayé de riposter, il s'est levé et m'a insulté de pute, de fille de pute pourquoi? Car j'ai riposté. Riposté car j'ai essayé de me défendre. De défendre un corps, de défendre MON CORPS. MON CORPS A MOI. Notre corps. Un jour, je me suis fait frapper violemment à la tête et j'ai pris des coups dans les jambes, car j'ai refusé des avances d'un groupe d'hommes en soirée. Un jour, je me suis fait traiter de pute et j'ai eu le droit à un "t'as qu'à pas t'habiller comme ça" : nous étions en hiver, j'avais un pull et un jeans noir et... des talons."

"Un soir, un jour, une matinée, en pleine nuit, je me suis pris une, deux, trois, quatre, 10000000 remarques. Des remarques, des gestes, des attouchements qui me font me sentir mal, qui me font me sentir sale, qui me dégoutent d'être une femme, d'être moi. Pourquoi? pourquoi devrais-je continuer à avoir peur en allant simplement au magasin en bas de chez moi à 20H30? [...]". Un témoignage à lire ci-dessous dans son intégralité.

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Un projet de loi contre les violences sexuelles et sexistes a été adopté par le Parlement le 1er août. Parmi ses mesures, il pénalise le harcèlement de rue caractérisé d'"outrage sexiste". D'après la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, les premières amendes pouvant aller de 90 à 750 euros devraient tomber à l'automne. 

En 2015, le Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes révélait dans une étude le chiffre choc de 100% de femmes harcelées dans les transports au moins une fois dans leur vie.

"100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports"

Un exemple vécu par Sarah, 22 ans, dans un bus lillois en 2016, à 22 heures. Alors qu'elle était tranquillement assise, un homme enivré est venue lui dire "je te trouve jolie", "tu ressembles à ma fille"...  Il se penchait vers elle. Voulant se lever, elle s'est retrouvée bloquée, l'importun réclamant "un bisou pour la laisser passer". Pas un(e) seul(e) des passagèr(e)s du bus n'a réagi. Sarah portait un pantalon et un haut à manches longues (nous étions en hiver).

C'est aussi ce qui est arrivé à Valentine, 25 ans cet été, alors qu'elle promenait son chien vers 18 heures, vêtue d'un pantalon et d'un débardeur. Un homme s'est approché d'elle pour complimenter son compagnon canin, puis a commencé à lui dire "j'adorerais le caresser, et vous aussi". Voyant que Valentine se montrait peu réceptive, il lui a demandé son numéro de téléphone portable. Devant son refus, il l'a traitée de "salope".
 

Pas facile de répondre à son harceleur

Le harcèlement de rue, Marie Laguerre s'en souviendra longtemps. Il s'agit de cette femme violemment frappée devant une terrasse de café à Paris, fin juillet, après avoir répondu à son harceleur. Harceleur que la police vient de retrouver: l'individu a été placé en garde à vue. L'affaire avait suscité un émoi national. Marie Laguerre a profité de l'écho médiatique dont elle bénéficiait pour lancer une plateforme de signalement en ligne à destination des personnes harcelées. Caroline a également agi, à son échelle. Pour que la peur change de camp.