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TEMOIGNAGE. Une prof fait la grève des notes du bac à Strasbourg: “c'est un crève-coeur, mais on n'a pas le choix”

Une prof explique pourquoi elle fait la grève des notes au baccalauréat 2019 / © France 3 Alsace
Une prof explique pourquoi elle fait la grève des notes au baccalauréat 2019 / © France 3 Alsace

Après une grève de la surveillance des épreuves du Bac 2019, les enseignants mettent à nouveau la pression sur le ministère de l’Education nationale en faisant de la rétention des notes. Ce mardi 2 juillet, une professeure de l'académie nous explique pourquoi elle n'a pas rendu ses notes. 

Par Astrid Servent

Elle préfère rester anonyme car la rétention de notes n'est pas sans risque. Cette professeure de sciences économiques et sociales, syndiquée au SNES FSU, sait, qu'à ne pas rendre ses notes, elle encourt des sanctions disciplinaires émanant de son ministère de tutelle. D'ailleurs, elle préfère dire qu'elle est gréviste, tout simplement : "car le droit de grève est un principe constitutionnel".  

Ses 52 copies sont à côté d'elles, corrigées mais elle n'a pas rentré ses notes dans le logiciel des correcteurs comme elle aurait dû le faire depuis le lundi 1er juillet 2019. Deux ans qu’elle se mobilise, comme d’autres, contre la réforme de Jean-Michel Blanquer, des dizaines de jours de grève et toujours cette impression de ne pas être entendue. Pour elle, impossible que le ministère soit surpris par ce mouvement. C’était inéluctable.

« C’est un crève-cœur mais on n’a pas le choix si l’on veut être entendu. »


Les raisons de la colère


En ligne de mire, la réforme du lycée, celle du bac et Parcours Sup. Pour cette professeure de sciences économiques et sociales, le réel enjeu, « c’est un service d’éducation digne des élèves. Une éducation qui donne le temps à chacun de mûrir ». Or, selon elle, avec cette réforme, ce sera impossible. Et de citer un exemple : celui d’un élève devant choisir trois spécialités dès le deuxième trimestre de la seconde pour devoir ensuite en abandonner une en Terminale, sans savoir précisément ce que l’université attend de lui par la suite.

Autre cheval de bataille: la dégradation des conditions de travail des professeurs. Des effectifs lourds : 35 élèves par classe, des enseignants qui vont perdre leur poste, d’autres qui vont voir s’accumuler les heures supplémentaires. Pour cette professeure syndiquée, « le calendrier des évaluations et du travail est intenable ».

Nos élèves sont sérieux, nous, nous sommes consciencieux. Nous sommes des professionnels. Pourquoi ne nous a-t-on pas associé à la réflexion. Cette réforme s’est faite sans nous. C’est impensable.


Quand, aux revendications enseignantes, le ministère répond qu’il n’y a pas d’argent, elle rétorque dans un sourire que « la traque de l’optimisation et l’évasion fiscales pourrait peut-être revenir aux enfants, non ?»


Etats d’âme


La grève doit permettre d’ouvrir un dialogue social. Jusque-là, elle estime que cela n’a pas été fait. Retenir des notes et des copies n‘est pas une partie de plaisir. Pareil pour la dizaine de jours de grève qu’elle a fait avec son mari cette année : « c’est un salaire perdu sur l’année, mais on ne compte pas. On veut juste être entendus ».

Concrètement, la rétention des notes pourrait empêcher la tenue de jurys le 4 juillet prochain, et par conséquent le retard de la publication des résultats officiels prévus le 5 juillet. Autre impact créé par un effet domino : les possibles conséquences sur Parcoursup et les inscriptions des candidats en établissements d’enseignement supérieur.

Le moment n’est pas simple à vivre. On comprend les élèves. On comprend les parents. J’ai moi-même ma fille qui passe son bac cette année. Elle écoute, elle s’inquiète mais elle a saisi l’enjeu. 


La suite ? On ne la connaît pas encore. Une A.G devrait se tenir ce mardi 2 juillet en toute fin de journée pour savoir si les profs poursuivent leur mouvement ou s’ils rentrent dans le rang.


 

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