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Coiffeur le jour, mandataire le soir : qui sont les nouveaux acteurs du marché de l’immobilier ?

© Jean-Luc Flémal
© Jean-Luc Flémal

Le salon de l’immobilier débute ce vendredi 13 à Strasbourg, au parc des expositions. L’occasion de s'intéresser à un secteur en mutation, qui voit affluer de nouveaux acteurs sur un marché hyperconcurrentiel. Les agents commerciaux en immobilier, des indépendants au profil parfois atypique.

Par Marie Coulon

Faire de l’immobilier sans agence, c’est possible et même de plus en plus pratiqué depuis les années 2000. L’avènement d’internet et le boom des petites annonces en ligne ont accéléré la mutation d’une profession désormais confrontée à la dématérialisation. Et qui tient salon à Strasbourg jusqu'au 15 octobre.

Les particuliers sont de plus en plus enclins à aller sur la Toile. Bien plus qu’à pousser la porte d’une agence immobilière. Le métier a fortement changé. "Si vous n’êtes pas sur internet, vous n’existez pas", confirme David Bézu, le dirigeant strasbourgeois de La Fourmi immo, réseau pionnier depuis 2006 d’agents mandataires indépendants.

Entre 5 et 10% de polyactifs


Mais qui sont ces nouveaux professionnels de l’immobilier indépendants ? Certains sont demandeurs d’emploi et veulent lancer leur activité avec un minimum d’investissement, d’autres ont déjà une activité professionnelle, mais souhaitent se diversifier, et arrondir leurs fins de mois. On trouve également des retraités prêts à reprendre du service.

"Sur 250 collaborateurs répartis sur l’ensemble du territoire, l’enseigne La Fourmi Immo emploie entre 5 et 10% de polyactifs.
On a des gens qui viennent de tous horizons. Ça ne me choque pas. C’est d’abord un métier de contact humain"
, explique encore David Bézu.

Mais est-ce que cela veut dire que n’importe qui peut enfiler le costume d’agent commercial en immobilier du jour au lendemain? Avis aux amateurs. Certes, les agents indépendants travaillent depuis leur domicile, mais cela ne veut pas dire qu’ils fonctionnent en roue libre. Un mandataire immobilier agit pour le compte d'un mandant qui est titulaire de la carte professionnelle de transaction. Au sein des réseaux auxquels ils appartiennent (Capifrance, OptiHome…), ils sont soumis à des formations réglementées.

Ils peuvent être mal vus, car en plus, ils cassent le marché


Leur rémunération est en revanche bien différente. Leurs honoraires sont aussi plus agressifs. Quand une agence affiche en moyenne 7 % ou 8 % d'honoraires, les indépendants sont en moyenne autour de 4 % à 5%. Une concurrence qui suscite forcément des inquiétudes dans la bulle immobilière, qui ne voit pas toujours d’un bon œil ces travailleurs autonomes.

"Ces agents ont souvent peu de qualifications, et n’ont pas non plus le relationnel suffisant. Ils peuvent être mal vus, car en plus, ils cassent le marché avec leurs honoraires très bas", argumente Gérard Durr, Président de la FNAIM 67, la fédération nationale de l’Immobilier." Malgré tout, ces nouveaux acteurs ne sont plus anecdotiques sur le marché de l’immobilier, désormais bien obligé de composer avec des professionnels au profil parfois atypique. Rencontres.


« Acheter ou vendre un bien nous immisce parfois dans la vie privée des gens et on partage de belles choses »

 

Stéphane Schneider est coiffeur et agent commercial en immobilier depuis quatre ans.
Pourquoi êtes-vous devenu mandataire immobilier ?

"Je suis coiffeur depuis 25 ans et cela fait 14 ans que je suis gérant de mon propre salon crée en 1904 par mon arrière-grand-père à Marlenheim. J’ai choisi de devenir mandataire  car je voulais travailler d'une autre façon qu'un agent immobilier classique. Je pense avoir une autre approche du métier du fait que ce ne soit pas mon activité principale et que je n'ai aucune pression de vente. Cela me permet de ne pas avoir trop de mandats et de m'y consacrer totalement d’être réactif."

Comment arrivez-vous à concilier ces deux activités ?

"J’arrive à concilier les deux métiers, il faut le dire, grâce à mon épouse avec qui nous formons un binôme efficace. Le fait que nous soyons tous les deux dans le salon me permet de m’absenter en toute sérénité et il lui arrive également de m'aider à la rédaction d'annonces. Le fait qu'elle soit extérieure au monde immobilier lui permet parfois de me donner un nouveau point de vue sur certaines affaires. Bref, on arrive à avoir un bon équilibre même si parfois le temps passé en famille est compté ou que certaines affaires plus délicates font que j'ai un peu de mal à décrocher en rentrant mais comme dans beaucoup de métiers.
A côté de ça, je fais de belles rencontres car acheter ou vendre un bien nous immisce parfois dans la vie privée des gens et on partage de belles choses. C’est gratifiant!"

Comment vos clients réagissent quand vous leur dites que vous êtes coiffeur ?

"Ils sont étonnés, épatés. Mais je ne le dis pas à tout le monde non plus."

Envisagez-vous de privilégier un de vos deux métiers à l’avenir ?

"Ma situation actuelle me convient vraiment et je n'ai pas l'intention de la changer. J'ai réussi à trouver un bon équilibre, je veux continuer à faire ce métier par plaisir et non par besoin. Cela me permet de mettre une distance et d'être le plus objectif possible! La coiffure a été ma première passion et aujourd'hui l’immobilier est devenu ma deuxième. Je réalise une douzaine de ventes par an alors que l'objectif initial était de trois. Et puis le contact client est aussi une mine d'information non négligeable."


"Au début je m’étais fixé une vente par an. J’en suis à cinq ou six"


Patrick Siefer est cadre dans l’industrie et agent commercial en immobilier depuis trois ans. 
Pourquoi êtes-vous devenu mandataire immobilier?

"Je suis cadre dans l’industrie depuis vingt ans. Mais il y a trois ans, j’ai eu l’idée de me lancer dans l’immobilier en parallèle sur le secteur de Pfaffenheim, pour avoir un complément de revenu. J’ai suivi une formation et je me suis lancé."

Ce n’est pas trop difficile de passer d’une activité à l’autre?

"Au début, c’est complexe. Mais je me suis vite rendu compte qu’on peut apporter un plus aux particuliers en étant indépendant. Je fais des visites le week-end, le soir tard, et ça, les gens apprécient. Par rapport aux agences traditionnelles, on peut aussi passer plus de temps avec les acheteurs potentiels. Ça fait la différence. Le relationnel, c’est important."

Comment faites-vous pour tenir?

"Je ne dors pas beaucoup. J’ai l’habitude. Je travaille la nuit, les dimanches. Faut rester réactif.  Au début je m’étais fixé une vente par an. J’en suis à cinq ou six. Il faut aussi être tenace. J’ai déjà eu des agences qui m’ont découpé des panneaux."

Comment vos clients réagissent quand vous leur dites que vous êtes cadre dans l'industrie?

"Ils posent des questions. Ils se demandent, comme vous, comment je fais pour concilier deux activités. Globalement, c’est de la curiosité. Mais ça ne pose pas de problème."

Envisagez-vous de privilégier un de vos deux métiers à l’avenir?

"Je vais arrêter l’immobilier pendant quelque temps pour me recentrer sur ma première activité. Mais ma femme vient de se former et elle va reprendre le flambeau. Un jour, c’est certain, j’y reviendrai."

Le salon de l'immobilier

Allez, on vous en parle quand même du salon de l’immobilier. Il débute ce vendredi 13 octobre au Parc des Expositions de Strasbourg. Quelques 5000 visiteurs y sont attendus, en majorité des particuliers en recherche d’un projet immobilier.

Dans un contexte d’annonces peu favorables au secteur de la part du gouvernement qui envisage notamment d'instaurer une « taxe béton » pour lutter contre la consommation d'espaces agricoles, mais aussi de supprimer le prêt à taux zéro d’ici plusieurs années, une question nous titille.

Comment ça va cette année au salon ?

On ne va pas se mentir. Le cœur n’y est pas chez certains professionnels. Du côté des promoteurs par exemple, ils se demandent si les nouveaux projets de programmes neufs vont pouvoir être lancés. Heureusement, nous n’en sommes qu’au stade des annonces. Rien n’est confirmé, assure Gérard Durr, Président de la FNAIM 67.

Du point de vue du marché régional, les indicateurs semblent être au vert.

Le salon s’ouvre dans un contexte très satisfaisant. 2017 s’annonce meilleure que 2016. Le volume des transactions a bondi de 5 à 6% par rapport à l’année dernière. Et cela grâce aux taux des crédits qui restent bas ou encore au prêt à taux zéro, précise t-il.

Le salon se tient du 13 au 15 octobre de 10h à 19h.

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