Confinement : pour les sans-abris, les mineurs isolés et les plus démunis, la solidarité s'organise

La collecte de fruits et légumes pour les jeunes mineurs isolés du Centre Bernanos / © collage de photos du Père Wender, documents remis
La collecte de fruits et légumes pour les jeunes mineurs isolés du Centre Bernanos / © collage de photos du Père Wender, documents remis

Ils sont sans-abris, mineurs isolés, en grande précarité et ils ont encore et toujours besoin d'aide au quotidien. Comment s'organise la solidarité en période de confinement ? Qui peut encore les aider ?

Par Florence Grandon

Les sans-abris sont inquiets de cette crise sanitaire sans précédent. Et les annonces du président Macron ne les rassurent pas. Emmanuel est à la rue depuis 10 ans, et il ne comprend pas ce qu'il faut faire. "Le gouvernement dit qu'on doit rester confiner dans nos maisons, je suis d'accord pour ça, mais nous on n'a pas de maison, alors maintenant qu'est-ce qu'on doit faire, on doit se cacher ?" Les douches publiques sont fermées, les accueils de jour aussi.

Emmanuel, 49 ans, est dans la rue depuis 10 ans / © Arnaud Rapp. FranceTélévisions.
Emmanuel, 49 ans, est dans la rue depuis 10 ans / © Arnaud Rapp. FranceTélévisions.
 

Continuer d'accueillir les sans-abris

Pour Valérie Suzan, présidente de Strasbourg Action Solidarité, "il faudrait ouvrir des gymnases, avec un nombre de personnes très réduit, avec l'aide de la sécurité civile, puisqu'eux ont les moyens sanitaires de s'occuper de ça. On ne peut pas laisser des personnes à la rue, ils sont très angoissés à l'heure actuelle." Cette association reste ouverte pour les sans-abris, en observant les gestes barrière nécessaires.

Emmanuel s’y est rendu mardi 17 mars. "Quand on fait la manche devant les supermarchés, les gens ne donnent plus, ne s'approchent plus, ils ont très peur", raconte-t-il. Et d’autres lieux où il a l’habitude d’aller sont fermés encore, comme les médiathèques. Et les halls de gare sont sous surveillance.
 

Continuer d'aider les jeunes mineurs dans leurs devoirs

Certaines associations continuent leur travail, tant bien que mal. Au Centre Bernanos de Strasbourg, 28 mineurs isolés sont en attente de la décision sur leur statut. Ils sont tous scolarisés dans des établissements privés ou publics, en CAP pour beaucoup. Au centre, là où ils vivent, 300 bénévoles se relaient toute l’année pour la cuisine, l’aide aux devoirs et des loisirs. Alors, avec l'annonce du gouvernement, l'organisation quotidienne de l'association a été ébranlée. Le père Wender, qui en est responsable, a pris le parti d'écrire une longue lettre aux bénévoles, demandant aux plus âgés et aux plus fragiles d'entre eux de ne plus venir au centre, pour se protéger du coronavirus. 

Lettre ouverte lancée par le Père Thomas Wender et Delphine Rideau, directrice de la maison des Ados de Strasbourg sur Facebook :

Dans cette lettre, il demande aux plus jeunes, notamment aux étudiants, de continuer à venir pour l'aide aux devoirs et la cuisine. "Comme les autres élèves, leur scolarisation se poursuit « à domicile ». Toutes les salles du Centre Bernanos sont mises à disposition pour cela", rappelle-t-il. Et pour venir au centre, il rappelle qu'il faut cocher la 4e case de la dérogation : "déplacement pour l'assistance aux personnes vulnérables".
 
collecte alimentaire, devant le Centre Bernanos / © Père Wender, document remis
collecte alimentaire, devant le Centre Bernanos / © Père Wender, document remis

Enfin, le centre Bernanos a mis des casiers à disposition du public, pour y collecter des dons. Les jeunes n'allant plus aux cantines de leurs établissements scolaires, ils ont désormais besoin de deux repas par jour. "En allant faire vos courses, vous pouvez aussi déposer des fruits et légumes, du lait et des biscuits, ou un plat cuisiné à Bernanos. Nous mettrons pour cela des contenants à l'extérieur de Bernanos. Merci de prévenir au moment où vous déposez la nourriture au 06 42 53 89 45", précise simplement la lettre. Au moment où nous avons parlé, au téléphone tous les deux, il était justement en train de rentrer un cageot d'oranges dans le centre.
 
Le père Wender a bien voulu faire un selfie devant les cageots, vides à cette heure de la journée / © Père Wender, document remis
Le père Wender a bien voulu faire un selfie devant les cageots, vides à cette heure de la journée / © Père Wender, document remis
 

Solidarité miraculeuse

Au moment de l'annonce des fermetures des restaurants, un restaurateur des environs s'est spontanément proposé de faire les repas pour les jeunes. Son stock était acheté pour la semaine, ses menus prêts. Alors chaque jour, il vient livrer ses bons petits plats, "c'est un bistrot un peu tendance qui fait des plats délicieux. Avec cette crise, d'assez belles choses se passent, ça va élargir la solidarité", assure-t-il.

Deux mamans africaines ont proposé de cuire des plats chez elles et de les apporter au centre, des étudiants confinés ont déjà dit qu'ils allaient venir, des dons financiers ont eu lieu. Petit à petit la vie revient au Centre Bernanos. "Les gens ont dû atterrir dans une situation très nouvelle, ils ont plus de temps, et ils veulent aider, ils pensent aux plus démunis, c'est important pour eux", conclut le père Wender.
 

Les Restos du coeur cherchent des bénévoles

Pour les Restos du Coeur, la situation n'est pas simple du tout : beaucoup de bénévoles âgés, voire très âgés ne peuvent plus venir, certains ont des petits-enfants à garder, d'autres ont des personnes fragiles autour d'eux. A cause de ces défections compréhensibles, les Restos du coeur ne sont plus en mesure d'ouvrir tous leurs centres. A Strasbourg, seuls trois restent ouverts, sur les dix que compte l'agglomération. Ailleurs dans le Bas-Rhin, les six centres sont ouverts, il n'y a pas de soucis. Et pour les maraudes, le problème est le même. Dimanche soir prochain, ils ne seront que trois au lieu de quatre habituellement. "Il n'y a pas de problème d'approvisionnement, c'est juste parce que nous ne sommes pas assez que nous ne pouvons pas ouvrir tous les centres de distribution", explique Daniel Belletier, président des Restos du Coeur du Bas-Rhin.

L'association créée par Coluche cherche d'urgence des bénévoles et appelle les étudiants disponibles à rejoindre l'association, pour la distribution des denrées alimentaires, de 10h à 12h30 et de 13h30 à 16h. Ou alors le lundi soir de 19h à 23h pour les maraudes (ou un dimanche par mois). 

Pour les maraudes, des précautions sont prises, plus de distance notamment, "on prend malheureusement moins de temps avec les gens dans la rue, mais on moins on leur apporte une soupe et un café, parfois des fruits et des produits d'hygiène, et on prend quand même le temps de leur parler, mais moins longtemps", regrette Daniel Belletier. Et les Restos ont demandé à la préfecture des masques pour équiper les bénévoles. La distribution se fait aussi avec des distances d'un mètre entre chaque bénéficiaire.

Et puis les bénéficiaires ont reçu double voir triple dotation, ça veut dire qu'ils ont reçu des denrées alimentaires pour deux ou trois semaines selon les centres, pour qu'ils reviennent moins souvent. Une dotation c'est neuf repas, c'est un complément alimentaire, ça ne peut pas suffire pour une semaine mais c'est comme ça que fonctionne les Restos. Neuf repas par personne par semaine.

Un repas équilibré

Les Restos du Coeur distribuent des repas aux plus démunis. Il s'agit en fait de provisions à cuisiner chez soi, avec le minimum d'ustensils et d'appareils.

Un repas équilibré pour une presonne est constitué de :
 

  • une portion de protéine
  • une portion de pâtes ou riz (équivalent d'un quart d'un paquet de 500g)
  • un laitage
  • un fruit

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