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Trois raisons de regarder “Paroles de flic, un passé stupéfiant”

Denis Jasek, ancien patron de la brigade des stups de Strasbourg
Denis Jasek, ancien patron de la brigade des stups de Strasbourg

C’est le documentaire de la rentrée sur France 3 Grand Est. L’intrigue se déroule à Strasbourg. L’histoire ? Tel est pris qui croyait prendre. Décryptage de « paroles de flics » mal aimés.
 

Par Amandine Munier

1. Lumière sur une affaire de chez nous  

Les unes des journaux s’emparent souvent très vite d’affaires spectaculaires qui assombrissent l’image de la police. Denis Jasek et sa brigade des stupéfiants à Strasbourg en ont fait les frais après un trafic de drogue opéré au sein de l'équipe.

Pendant des années, Serge, le policier "ripou", a détourné des saisies sous scellés pour les revendre sur le marché bas-rhinois. Triste félonie qui a éclaboussé la carrière de Denis.

Le ton est donné dès les premières images du documentaire avec un préambule narré à la façon du générique du CaméléonInstant nostalgie.

Aujourd'hui, à la retraite, il nous livre sa vision de son métier : vingt-sept ans de stups, la ville de Strasbourg, la crainte des scandales, une vie entière sous tension…

Avec ses anciens collègues, ils reviennent sur leur histoire : des faits emblématiques qui ont marqué leur carrière et les souvenirs d'une époque révolue. L'est-elle complètement ?
 

2. La brigade des stups, une histoire de coeur


Si le documentaire se focalise en grande partie sur le scandale qui a bouleversé la brigade des stups de Strasbourg en 2008, il dresse aussi le portrait de Denis, un policier à la retraite après trente ans de service, abusé et désabusé, Daniel, le meilleur ami et ancien collègue, narrateur du quotidien des stups et Stevann, le fils, fier du parcours de son père.

Réalisé par Zouhair Chebbale, Paroles de flic, un passé stupéfiant nous plonge ainsi dans une drame à dimension humaine. 

Je suis une page blanche qui redécouvre cette histoire, mon histoire.

Denis Jasek a été victime d'un AVC en 2012.
Denis Jasek a été victime d'un AVC en 2012.

Depuis un AVC en 2012, Denis a du mal à s’exprimer. Un accident vasculaire lui a fait perdre la mémoire et la parole. Pourtant, la voix, donne son sens au documentaire car si le scénario a tout pour s’y prêter, ne vous attendez pas à des scènes d’actions digne de Die Hard. Le plus important, c’est l’Histoire et les petites histoires. Les récits de ces hommes dont le métier côtoie l’obscurité.

La réalisation calibrée érige la rétrospective comme leitmotiv, autant que les lunettes rouges de Denis, symbole d'un regard poignant sur le passé.

La voie semble être mère de douloureux souvenirs. Un documentaire comme thérapie des mots ?

Car cette affaire hante Denis. Les anecdotes, faits divers et souvenirs sur Serge s’enchevêtrent. Comme une ombre sur la narration. Dix ans après l’arrestation de Serge, Denis a toujours beaucoup de rancœur. Il a été trahi, par un de ses collègues, un de ses frères d’armes, par sa propre équipe, sa famille. Quel goût amer ! Il raconte tout, d'ailleurs, dans un livre dont le titre explicite le ton : « Nik la stup ».
 

3. La capitale alsacienne comme vous ne l’avez jamais connue


Strasbourg. Ses maisons à colombages, ses romantiques balades au bord de l’Ill, sa Petite-France mythique. Une réputation attrayante. Un cliché inébranlable. Et pourtant.

Au-delà du scandale qui a bouleversé la vie de Denis, toute cette affaire en dit long, aussi, sur le marché de la drogue à Strasbourg. Héroïne, cocaïne, prostitution, le documentaire de Zouhair Chebbale éclaire les coulisses de la police et révèle la part d'ombre de la capitale alsacienne mise à mal par le fléau de la drogue.

Strasbourg est une petite ville, tout se sait vite.

Les trafics se déroulent partout et sont plus proches de vous que vous ne le croyez : au centre-ville, dans les quartiers limitrophes (Hautepierre, Meinau, Neuhof etc), chez la voisine, prête à négocier son corps pour une barrette.

Cette plongée dans le quotidien des stups, dans les bas-fonds de la société, avec des trafiquants et des usagers prêts à tout, met en lumière le fonctionnement de la brigade et celui des trafics. Le téléspectateur apprend les provenances de la drogue, son émergence, sa circulation, ses systèmes de vente. Mais aussi, la mort, qui rôde.
 
Extrait "Paroles de flic, un passé stupéfiant" - Le prix de l'héroïne

Le phénomène n’est pas nouveau, certes, mais le documentaire a le mérite d’éclairer le citoyen lambda sur la proximité du danger.

Le mot de la fin. Paroles de flic, un passé stupéfiant est un documentaire captivant du réalisateur Zouhair Chebbale qui interroge par les plaies torturées du personnage principal, liées à la passion pour son travail, et par sa quête indicible de catharsis. Un impressionnant témoignage, entre vérité et intimité, qui jamais ne verse dans le misérabilisme.
 

Réalisation :
Zouhair Chebbale 

Une coproduction : 
France Télévisions / Ere Production

Diffusion : lundi 17 septembre sur France 3 Alsace, France 3 Lorraine, France 3 Champagne-Ardenne, après le Soir 3
 

 

Extrait "Paroles de flic, un passé stupéfiant" - Le prix de l'héroïne