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Saverne, la ville qui pratique le “lombricompostage”

À Saverne, Stéfanie Graindorge décompose ses déchets grâce à une colonie de lombrics. / © France 3 Alsace
À Saverne, Stéfanie Graindorge décompose ses déchets grâce à une colonie de lombrics. / © France 3 Alsace

Le « lombricompostage », c'est la décomposition de ses déchets ménagers par les lombrics. Un entrepreneur a décidé de développer cette activité écologique à l'échelle semi-industrielle à Saverne. Soutenu financièrement, l'entrepreneur emménage dans un site pilote à Berstett, dans le Bas-Rhin.

Par Valentin Pasquier

Dans sa cuisine, Stéfanie Graindorge épluche des carottes. Mais lieu de jeter la peau à la poubelle, cette Savernoise les réserve pour la boîte à compost. Une boîte particulière, puisqu’elle contient des lombrics. Et ce que l’humain considère comme un vulgaire déchet organique constitue un mets de choix pour cette tribu de vers qui vit dans la cuisine. Cette façon de se débarrasser de ses déchets s'appelle le lombricompostage.
 
Stéfanie Graindorge soulève le couvercle de cette poubelle vivante. « En haut, c’est là où on met tous les détritus, montre-t-elle. Ensuite, si je soulève au milieu, on voit la couche déjà travaillée par les vers, en état de décomposition. On en voit quelques-uns qui se promènent à la surface.»

Dans le composteur se mêlent coquilles d'œufs, fruits et légumes abîmés ou encore des sachets de thé. Les vers ont un régime alimentaire riche mais strict, comme leur environnement : celui-ci ne doit être ni trop chaud, ni trop froid. Malgré tout, le système a été adopté sans mal.

À Saverne, on pratique le « lombricompostage »
Le « lombri-compostage », cela se pratique chez soi, dans son jardin, ou sa cuisine quand on vit en appartement. Un entrepreneur savernois a décidé de développer cette activité écologique à l'échelle semi-industrielle. Pour cela, il a lancé une startup, Urbiotop. Des investisseurs privés et un fonds d'investissement régional ont décidé début septembre de le soutenir financièrement. Du coup, l'entrepreneur est en train de déménager dans un site pilote à Berstett, près de Truchtersheim. - France 3 Alsace - Reportage : Tassilo Holz et Emmanuelle Gambette. Montage : Cécile Biehler.

Une pratique répandue à l'échelle de Saverne...

Sensible à cette pratique assez peu développée en ville, Jean-François Duprat a eu l'idée de l'appliquer à l'échelle d'un territoire en 2008. Il a créé une startup, baptisée Urbiotop. La ville de Saverne a appuyé sa démarche et a installé dans les rues vingt-et-un points d'apport volontaire.
 
« Ça fait partie de la politique de développement durable dans laquelle la Ville s’est inscrite, c’est-à-dire diminuer les apports de déchets dans les déchetteries, signale Xavier Schramm, chargé de mission développement durable pour la mairie de Saverne. En plus, là, il y a un recyclage de ces bio-déchets sur du compost »
 
Collectés trois fois par semaine, les bio-déchets ménagers atterrissent 30 km plus loin, à Berstett. À chaque livraison, près de deux tonnes sont triées. Jean-François Duprat supervise les opérations.
 
« On doit (…) enlever tous les refus, tous les plastiques, les bouteilles, le verre, explique l’entrepreneur. Des fois on a des oublis comme des couteaux, des économes. On a même trouvé une louche ! »
 
Mélangée à du fumier de cheval, cette masse d’ordures organiques est ensuite conservée six semaines à une température voisine de 65 degrés. Une procédure nécessaire pour tuer les éventuels parasites présents dans déchets.
 
« Mais également les graines - tomates, potirons - qu’on ne veut surtout pas retrouver dans notre produit, en fin de course, ajoute Jean-François Duprat. Si vous utilisez du lombricompost pour faire pousser de la salade et que vous avez des tomates qui poussent, c’est moyen. » Ce « précompost » est alors servi aux lombrics logés dans des tunnels.

Le compostage, répandu dans les campagnes, se développe de plus en plus dans les milieux urbains. Et même en appartement. / © MAX PPP
Le compostage, répandu dans les campagnes, se développe de plus en plus dans les milieux urbains. Et même en appartement. / © MAX PPP

... Et qui tend à se développer ailleurs

Les installations ne sont pas encore terminées, car le déménagement de la startup est en cours. Grâce au soutien financier d'un fonds d'investissement notamment, Urbiotop est en plein essor. Son lombricompost a déjà convaincu certains maraîchers et collectivités. Très riche, l'humus naturel doit être utilisé avec parcimonie.
 
Yannick Hentz est justement en train d’en répandre sur les plantes de la voie publique à Steinbourg. Responsable du fleurissement de la Ville, il explique pourquoi il ne faut pas abuser de cette bonne terre : « On a eu des plantes qui ont brûlé au niveau des racines ou qui ont commencé à jaunir. La plupart du temps, on mélange [le compost] avec une terre toute simple, qu’on va chercher dans un champ. »
 
Jusqu'à présent, faute de matériel suffisant, il fallait compter deux ans pour transformer les bio-déchets en lombricompost. À Berstett, l'objectif est de l'obtenir en six mois. Et aussi d'élargir la zone de collecte.
 
« Il va falloir conquérir d’autres territoires qui ont d’autres habitudes, souligne le créa Mais maintenant, on une référence sur laquelle on peut s’appuyer. On peut démontrer, via ce site pilote, que l’on peut faire ça au niveau industriel. » Le site grandit : quatre nouveaux tunnels à lombrics sortiront bientôt de terre. À terme, le site devrait absorber 1 500 tonnes de déchets ménager par an.
 
En moyenne, cent kilos de bio-déchets sont produits par an par habitant. Ils sont principalement incinérés alors qu'ils pourraient être recyclés. Autant dire que le marché potentiel est vaste.