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Les Alsaciens et l'homéopathie à l'heure du déremboursement progressif de ces médicaments alternatifs

Granules, gouttes, baumes, la plupart des traitements homéopathiques sont fabriqués par les laboratoires Boiron, dont l'une des antennes est située à Illkirch (Bas-Rhin). / © J.Jung/France 3 Alsace
Granules, gouttes, baumes, la plupart des traitements homéopathiques sont fabriqués par les laboratoires Boiron, dont l'une des antennes est située à Illkirch (Bas-Rhin). / © J.Jung/France 3 Alsace

Depuis le 1er janvier, l'homéopathie n'est plus que remboursée à 15% et le sera de moins en moins d'ici l'année prochaine sauf pour les assurés du régime local qui bénéficient encore d'un remboursement à 65 %. Un déremboursement injustifié pour de nombreux médecins et patients.

Par Judith Jung

Anxiété, aphtes, douleurs musculaires, il existe des milliers de médicaments homéopathiques censés nous soulager et Jeanine Riff y croit. Cette infirmière est en invalidité depuis 10 ans pour des problèmes neurologiques et soigne ces maux avec de l'homéopathie : "je ne prends d'autres médicaments que si mon médecin le préconise (...) Depuis que j'ai 20 ans, soit depuis plus de 40 ans, je ne consulte que des médecins homéopathes". Et Jeanine Riff continuera d'apaiser ses douleurs avec des granules, malgré la polémique liée à l'efficacité de ces traitements. Pour elle "ça marche".

L'homéopathie devrait être une alliée de la médecine traditionnelle - Charles Bentz, président du syndicat national des médecins homéopathes

Face à la position de nombreux médecins et à la décision de la Haute autorité de santé de dérembourser progressivement l'homéopathie, dont l'efficacité n'est pas prouvée, Charles Bentz tient à souligner le ridicule de la situation : "les diabétiques, bien sûr, ne prendront pas d'homéopathie. Eux ont besoin d'insuline. Nous connaissons les limites de l'homéopathie et savons là où elle est efficace, parfois même plus qu'un médicament classique". Pour les enfants, les femmes enceintes ou les patients atteints de cancer qui souhaitent atténuer les effets secondaires de la chimiothérapie, l'homéopathie peut s'avérer très utile.

L'homéopathie est un soin support qui permet d'aller plus loin dans les chimiothérapies - Jean-Lionel Bagot, médecin homéopathe

 Il y a encore quelques mois, Jean-Michel Obrecht n'y connaissait rien à l'homéopathie. Suite à une opération pour ôter une tumeur, il a démarré une chimiothérapie : "diverses personnes m'ont dit que l'homéopathie pouvait soulager les effets secondaires de la chimio. Effectivement, cela m'aide". Et les oncologues qui le suivent ne voyaient aucun inconvénient à ce qu'il soulage ses nausées et fourmillements avec des traitements alternatifs. A chaque consultation chez son médecin, il fait donc le point pour réadapter les substances et dosages de ses granules.

 J'ai mélangé de l'arnica à du rhus toxicum et à de la ruta graveolens, j'en ai mis quelques millilitres sur les granules - Béatrice Veltz   Farrudja, Responsable du service préparatoire - Boiron

Chaque jour le site d'Illkirch (Bas-Rhin) des laboratoires Boiron, leader mondial des traitements homéopathiques, préparent près de 900 médicaments personnalisés, prescrits par les médecins. Des remèdes alternatifs fabriqués à partir d'une teinture mère d'origine végétale, minérale ou animale qui sera plusieurs fois diluée dans de l'alcool, avant d'être secouée pour être "dynamisée". Une dynamisation qui "réveille le principe actif de la solution médicamenteuse" qui va imprégner les granules. Les granules n'étant qu'un support.

Des traitements estimés être des placebos, de la poudre de perlimpinpin par de nombreux médecins qui mettent en avant l'inexistence de preuves médicales justifiant quelconque efficacité. La Haute autorité de santé a tranché : l'homéopathie sera progressivement déremboursé pour ne plus l'être du tout l'année prochaine. Seuls les patients de longue durée et ceux bénéficient du régime local continueront, pour le moment, à être pris en charge.
Situation au 1er janvier 2020 / © M.Ruch /France 3 Alsace
Situation au 1er janvier 2020 / © M.Ruch /France 3 Alsace