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Arsène Wenger : “On a cet avantage en Alsace d'être confronté très jeune à deux cultures différentes, cela crée un esprit d'ouverture qui m'a permis de m'adapter partout”

Après une tournée de quinze jours en Angleterre, Arsène Wenger a choisi Strasbourg pour présenter son autobiographie en France. / © R. Willhelm / France Télévisions
Après une tournée de quinze jours en Angleterre, Arsène Wenger a choisi Strasbourg pour présenter son autobiographie en France. / © R. Willhelm / France Télévisions

Arsène Wenger, devenu l'un des plus grands entraîneurs de football au club d'Arsenal, vient de publier son autobiographie : "Ma vie en rouge et blanc". Il se livre comme rarement sur son métier, mais aussi sur son enfance dans son village de Duttlenheim (Bas-Rhin), où est né son goût de l'aventure.

Par Noémie Gaschy

Il restera pour toujours associé à une ville, Londres, et surtout un club, Arsenal. Arsène Wenger a passé 22 ans - soit le tiers de sa vie - dans la capitale anglaise, sur le banc des Gunners. Avec trois titres de champion d'Angleterre et 7 FA Cup (coupe d'Angleterre) à son palmarès, il a propulsé le modeste club d'Arsenal au plus haut niveau et s'est par la même occasion fait un nom partout dans le monde. 

Mais si les amateurs de football connaissent l'entraîneur, peu en revanche savent réellement qui est l'homme. Arsène Wenger a toujours été discret sur la question, préférant commenter son sport plutôt que sa vie personnelle. Avec son autobiographie Ma vie en rouge et blanc, sortie le 7 octobre 2020, il brise la glace et se confie. Sur son parcours de joueur, sa carrière de coach obsédé par la performance au point de se rendre littéralement malade après chaque défaite, et ses origines alsaciennes, là où ses ambitions ont pris corps.

Aujourd’hui, j’ai d’autres rêves que les matchs à venir. Ce sont les rêves de l’enfance, dans cette Alsace où je suis toujours chez moi et qui a façonné ma personnalité. Ce sont des rêves où je n’entends parler qu’alsacien.
 

- Arsène Wenger

"Aujourd’hui, j’ai d’autres fantômes que ceux de mes anciens joueurs et d’autres rêves que les matchs à venir. Ce sont les rêves de l’enfance, dans cette Alsace où je suis toujours chez moi et qui a façonné ma personnalité. Ce sont des rêves où je n’entends parler qu’alsacien. Ce sont des rêves qui me ramènent là où tout a commencé", raconte-t-il tôt dans son livre.
 

Une enfance marquée par la religion, l'agriculture et...un bistrot

Arsène Wenger admet avoir été surpris de se rendre compte, au fur et à mesure de son écriture, de l'impact qu'a eu l'Alsace sur sa vie. "J’ai toujours subi l’intensité de mes désirs mais j’en ignorais la source. Elle est sans doute là, dans ce village d’Alsace où j’ai grandi : Duttlenheim, à quelques kilomètres de Strasbourg. C’est un village qui n’existe plus aujourd’hui".

Dans ce petit coin du Bas-Rhin, où "le curé était le chef du village", "le football était réservé au dimanche" : "C’est là que j’ai tout appris : à bien me comporter, à être honnête avec les autres, à travailler dur", se souvient l'entraîneur légendaire d'Arsenal. Petit garçon puis adolescent, Arsène Wenger aidait à labourer et traire les vaches. Mais surtout, son quotidien était marqué par la Croix d'or, le bistrot tenu par ses parents. Elle a cimenté sa passion dévorante pour le football et, même, sa vocation. 

Si j’ai aimé les joueurs, les entraîneurs, tous les passionnés, si j’aimais les écouter et deviner quelle sorte d’hommes ils étaient, je le dois aux clients de ce bistro, aux hommes de mon village.
 

- Arsène Wenger

La Croix d'or était aussi le club-house des footballeurs de Duttlenheim. "J’écoutais les conversations, je repérais l’homme qui parlait le plus fort, celui qui mentait, le prétentieux et l’effacé, leurs pronostics et leurs colères, leurs analyses. […] Si j’ai aimé les joueurs, les entraîneurs, tous les passionnés, si j’aimais les écouter et deviner quelle sorte d’hommes ils étaient, je le dois aux clients de ce bistro, aux hommes de mon village", explique-t-il dans Ma vie en rouge en blanc

Arsène Wenger a joué très tôt avec ses copains du village. "Je crois que j’ai fait mes premiers matches à 13-14 ans sous une fausse licence. Parce que bien sûr, à 13-14 ans, je n’avais pas encore le droit de jouer avec les adultes. Mais dans le temps, ça passait plus facilement", sourit-il, en foulant le terrain de ses débuts. Un terrain sur lequel il explique avoir à l’époque coupé l’herbe à l’aide de chevaux. "Maintenant, on dirait un terrain de professionnels, ça n'a plus rien à voir, c'est Wembley", plaisante-t-il encore. 

Une influence biculturelle décisive

Il s'est ensuite envolé vers un autre monde, tant sportivement que dans sa vie de citoyen : il a découvert le haut niveau et la grande ville. À Strasbourg, d'abord, où il a été - en tant que joueur - champion de France avec le Racing en 1979. Comme entraîneur ensuite, à Cannes, à Nancy, à Monaco, et même au Japon puis en Angleterre.

J'ai pu voyager et m'adapter assez facilement parce que je n'ai jamais pensé que ma culture était la seule qui valait.
 

- Arsène Wenger

Une soif de découvertes qu'il estime devoir, là encore, à son enfance alsacienne. "J'ai eu une influence biculturelle au départ, à la fois allemande et française", détaille Arsène Wenger, né en 1949, quatre ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qui n'a parlé qu'alsacien jusqu'à ses six ans. "J'ai pu voyager et m'adapter assez facilement parce que je n'ai jamais pensé que ma culture était la seule qui valait. Cela crée un esprit d'ouverture. Sans qu'on s'en rende compte, on a cet avantage en Alsace d'être confronté très jeune à deux cultures différentes".

"En Angleterre, on appelle ça être open-minded. C’est-à-dire ne pas être borné. On essaye de comprendre le point de vue des autres", poursuit celui qui, lorsqu'il était à la tête d'une équipe, a toujours été persuadé qu'"on ne peut aider un joueur à évoluer que si on le connaît très bien".

Arsène Wenger est reconnaissant et toujours attaché à sa terre d'origine. En avril 2020, en plein cœur de la crise sanitaire, il a fait deux dons de 30.000 euros chacun aux hôpitaux de Mulhouse et Strasbourg depuis sa maison du nord de Londres où il était confiné. Côté football, il continue à suivre les résultats du Racing Club de Strasbourg et dit se réjouir de le voir à nouveau au plus haut niveau.

Le Racing reste mon club. Peut-être que je reviendrai un jour. Zurich, ce n’est pas si loin de Strasbourg…
 

- Arsène Wenger

De là à l'interroger quant à un éventuel retour sur les bords du Krimmeri, il n'y a qu'un pas que les nombreux journalistes venus assister à la présentation de son livre ont évidemment franchi : "Le Racing reste mon club. Peut-être que je reviendrai un jour. Zurich, ce n’est pas si loin de Strasbourg…", a lâché Arsène Wenger, aujourd'hui directeur du développement du football mondial à la FIFA, sourire en coin. L'enfant de Duttlenheim est décidément passé maître dans l'art de la communication.