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Chaux Boehm, une histoire de famille centenaire

Longtemps délaissée au profit du ciment, la chaux connaît un petit retour en grâce. A Dahlenheim, elle est toujours produite par l'entreprise familiale "Chaux Boehm et Cie". Et cela dure depuis 125 ans.

Par Carine Feix

Sur un chantier, dans la maison de l’un de ses clients, Patrice Holler nous montre la préparation qu’il applique au mur avec une lisseuse. « Il s’agit de chaux, de talc, de poudre de marbre et de pigments minéraux. Pas d’éléments chimiques dedans, pas de COV (composés organiques volatils) qui polluent nos intérieurs. Et puis, la chaux ne laisse pas d’odeur, elle régule même l’humidité d’une pièce », détaille ce peintre professionnel. Il est tellement convaincu par la chaux qu’il a choisi de ne travailler qu’avec ce produit. C’est même après l’avoir découverte, suite aux travaux de rénovation de sa maison alsacienne, que l’ancien chimiste s’est reconverti, il y a une vingtaine d’années.


La chaux, résultat d’une réaction chimique


La matière première vient de l’entreprise Chaux Boehm et Cie, à Dahlenheim, l’un des derniers producteurs de chaux dans la région. « Une entreprise familiale et indépendante depuis 125 ans », nous dit fièrement Emmanuel Boehm, descendant du fondateur de l’entreprise, Michel Boehm, son arrière grand-père. Aujourd’hui, il co-gère l’usine de quatre salariés avec son beau-frère, Mathieu Fent. Ils produisent quelques 2500 tonnes de chaux par an, avec leur gigantesque four d’une dizaine de mètres de haut.

En permanence, de mars à décembre, de la fumée s’échappe de la cheminée. Des pierres calcaires, extraites de leur carrière privée, sont chauffées à 1000 degrés - cela devient alors de la chaux vive, puis éteinte une fois refroidie -  avant d’être mises en contact avec de l’eau. Les pierres commencent alors à craqueler, de la vapeur s’en échappe, puis elles se transforment en poudre. « Et c’est cela qu’on utilise pour travailler », explique Patrice Holler. Une réaction chimique plutôt simple, connue d’ailleurs depuis l’Antiquité... Et utilisée, notamment, sur les chantiers de restauration de bâtiments historiques, comme les châteaux d’Ottrott.


Un matériau d’avenir ?


Dans un bâtiment qui sert de showroom, Mathieu Fent fait le tour de toute la palette de pigments proposés à la clientèle : « D’un côté, l’ocre rouge, traditionnelle, déjà utilisée par les hommes préhistoriques dans leurs cavernes... De l’autre, un bleu outremer très prononcé, qui plaît aujourd’hui. On ne peut utiliser que des pigments minéraux avec de la chaux, mais il y a un choix chromatique extrêmement vaste. » Y compris de couleurs tendance, qui plaisent aux particuliers désireux de (re)découvrir ce matériau naturel et bon marché (en moyenne 5 euros du mètre carré).

En 1897, à la création de l’entreprise, la chaux était bien plus utilisée. Les volumes produits étaient cinq à six fois plus importants, les dix fours tournaient à plein régime. Un seul suffit à présent. A partir des années 1950, le ciment et le béton ont volé la vedette à ce mortier naturel. Mais l’an dernier, peut-être un effet de la crise sanitaire, l’entreprise Boehm a connu une hausse d’activité de  20%. Et les gérants sont optimistes, face à l’entrée en vigueur de nouvelles normes de construction en 2022, faisant la part belle aux matériaux naturels et bio-sourcés. La chaux, produit naturel, est mis en avant pour ses propriétés d'assainissement des maisons et son respect du patrimoine. 

 

"Chaux Boehm et Cie" à Dahlenheim