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Comment dit-on CEA en alsacien?

© Guillaume Bertrand
© Guillaume Bertrand

Une semaine après la naissance de la Collectivité européenne d'Alsace, les façades des anciens conseils départementaux affichent un bretzel stylisé choisi pour logo. Mais que faut-il attendre des nouvelles compétences de cette institution, notamment, dans le domaine de la langue régionale?

Par Régine Willhelm

"Jetzt geht's los!", c'est par cette phrase (qui est aussi le slogan historique du Racing) que le premier président de la CEA, Frédéric Bierry, a clôturé la séance d'installation des 80 conseillers départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin rebaptisés conseillers d'Alsace. Quelques mots en alsacien, venant d'un homme politique non dialectophone c'est peu mais c'est déjà ça. Avant lui, le conseiller d'Alsace, Pierre Bihl (canton de Sainte-Marie-aux-Mines) avait appelé ses collègues au travail: "D'Elsassa zählen uf uns!", "les Alsaciens comptent sur nous!".

L'alsacien a donc tenu une place plus que discrète durant cette cérémonie. Les différents intervenants (beaucoup d'hommes, une seule femme en la personne de Brigitte Klinkert) ont évoqué le consensus qui a acompagné l'élection du premier président de la CEA, la place prépondérante que prendra la santé dans ses attributions, rien ou presque sur ses autres nouvelles compétences: l'alsacien et le bilinguisme.

Pourtant en coulisse, le vice-président en charge de ce domaine, Rémi Bertrand, l'affirme: "la volonté politique est là, elle est forte. Nous voulons faire plus que ce qui a été fait par le passé et qui n'a pas permis d'empêcher la baisse de la pratique de l'alsacien". 

La volonté politique certes mais concrètement? Aucun budget n'a été affecté pour l'heure, on sait tout juste qu'un directeur de service est recherché et que les 5 chargés de missions qui travaillaient dans le Haut-Rhin et dans le Bas-Rhin vont être réunis au sein de cette nouvelle direction.

D'autres élus évoquent le besoin de développer les enseignements immersifs (uniquement en alsacien), d'apporter aux mairies et communautés de communes des moyens pour animer des ateliers de langue...

Il faudra aussi se pencher sur le sort de l'Olca (Office pour langue et la culture d'Alsace et de Moselle). Cette institution est financée essentiellement par la région Grand Est à hauteur de 500 000 euros. Les deux conseils départementaux apportent à eux deux 130 000 euros chaque année. L'Olca rejoindra prochainement le giron de la CEA. Mais cette dernière pourra-t-elle prendre en charge l'intégralité du budget alloué par le Grand Est, voire plus? Le président de la CEA se serait engagé en ce sens auprès du président de l'Olca, le conseiller régional Justin Vogel.

Pas de budget, pas de feuille de route...le tableau laisse pour l'heure perplexe. Pourtant les attentes sont grandes.

Jean-Georges Trouillet, président du parti autonomiste Unser Land,  demande que l'alsacien devienne la langue officielle de cette nouvelle collectivité comme les autonomistes corses ont pu demander la co-officialité de la langue corse au moment de la création de la collectivité territoriale de Corse. Il avance également que la CEA ne pourra rien entreprendre dans le domaine scolaire si elle ne dispose pas de plus de pouvoirs:."C'est l'Etat qui nomme les professeurs, rappelle-t-il. C'est l'Etat qui décide d'ouvrir ou de fermer des classes. Si la CEA n'a pas ces pouvoirs, elle ne pourra rien entreprendre sur le terrain de l'enseignement bilingue".