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Cyclisme : La dernière échappée de Roger Hassenforder, légende qui a marqué l’Alsace sur et à côté de son vélo

Parmi toutes les victoires de Roger Hassenforder, celles qu'il a remportées sur le Tour de France à Colmar en 1955 (sur la photo) et 1957 figurent assurément parmi les plus belles. / © AFP
Parmi toutes les victoires de Roger Hassenforder, celles qu'il a remportées sur le Tour de France à Colmar en 1955 (sur la photo) et 1957 figurent assurément parmi les plus belles. / © AFP

Vainqueur de huit étapes et ancien maillot jaune sur le Tour de France dans les années 1950, le cycliste alsacien Roger Hassenforder est mort le 3 janvier 2021, à 90 ans. L’Alsace perd l’un de ses plus grands champions, connu aussi pour ses pitreries, un « clown sur le vélo ».

Par Noémie Gaschy

Affaiblie depuis plusieurs mois, la légende du cyclisme Roger Hassenforder s'est éteinte au Centre départemental de repos et de soins de Colmar le dimanche 3 janvier 2021, à 90 ans. Le Haut-rhinois laisse derrière lui un impressionnant palmarès et le souvenir de ces innombrables facéties. Son audace dans le sport et dans la vie a profondément marqué en Alsace. 

Les passionnés de vélo le voient encore, entrer dans le vélodrome du Ladhof à Colmar et franchir la ligne d'arrivée en tête. Roger Hassenforder a réussi la performance à deux reprises sur le Tour de France, en 1955 et 1957. Prophète en son pays.

"Le vélodrome était plein. Quand il est arrivé, la foule hurlait « hourra », se remémore Fernand Grossheny, ancien coureur cycliste dans la cité de Bartholdi, en mimant les gestes. C’était notre vedette, tout le monde était sûr qu’il allait gagner et il a gagné à chaque fois à Colmar. Lors des grosses compétitions organisées après le Tour de France et le Vendredi saint à Colmar, il était toujours la grande star. 3000 spectateurs se déplaçaient. Il était très populaire, pas seulement pour ses qualités sur le vélo, mais aussi parce qu'il faisait toujours son numéro."

 

Un cycliste qui déplaçait les foules

L'Alsacien fascinait aussi le grand public. "Tout le monde criait « Rogi, Rogi  ». Il faisait le show, un vrai cinéma. Mais il avait la classe pour le faire", sourit Maurice Koehler, ancien président du comité d'Alsace de cyclisme (2001-2017). Ses grands-parents maternels étant les gardiens du stade du Ladhof, Maurice Koehler y passait tous ses étés. "Tout jeune, j'ai pu rouler sur la piste avec Roger. Il m'avait donné une photo de son équipe, Mercier, et me l'avait dédicacée : « A mon petit camarade Maurice, en souvenir de Colmar »".

Il a toujours gardé la même admiration pour "Hassen" : "Tout le monde se l'arrachait. En Bretagne, ils ne voulaient que Bobet et Hassenforder. Roger était payé autant que Bobet sur les critériums. Mais il dépensait tout l'argent aussitôt, plaisante-t-il. C'était un bon vivant. Un jour, il a fait le buzz en déclarant : « J’ai un Bobet dans chaque jambe ». Bobet l’a très mal pris. Mais ils se sont réconciliés. Il était comme ça, Roger."

Très vite, le natif de Sausheim s'est fait un nom, il est devenu "Hassen le magnifique" lorsque sur son premier Tour de France, à 23 ans, il a porté le maillot jaune durant quatre jours. Une énorme surprise pour celui qui n'avait commencé le vélo qu'à 18 ans, presque par hasard.

 

Un destin incroyable

"Un jour, j'ai assisté à une course amateurs à Mulhouse. Je me suis moqué de leur niveau. Et l'un d'entre eux m'a dit : « Vas-y, toi, avec ta grande gueule, montre-nous ce que tu sais faire ». J'étais en pantalon et chaussures du dimanche. Je suis monté sur le vélo et j'ai foncé autour de la place du 14 Juillet. Ils n'y croyaient pas quand ils ont vu le chronomètre, j'avais fait le meilleur temps", avait expliqué Roger Hassenforder lors d'une interview. 

Il menait sa vie avec panache, un jeu permanent. Il aimait rappeler ses réussites, toujours sur le fil du rasoir : "En 1956, je ne devais pas participer au Tour, mais je suis quand même allé au départ dire au revoir à mes coéquipiers. Le directeur sportif m'a dit que si j'avais été plus sérieux, il m'aurait emmené parce que l'un des coureurs était tombé malade pendant la nuit et qu'ils n'étaient plus que 11. Je lui ai promis d'être sérieux. Je n'avais pas mes tenues, pas de vélo. Ils ont dû me prêter des affaires. Et devinez qui gagne quatre étapes ? Moi !"

Entre 1953 et 1959, il en a décroché huit au total sur la Grande Boucle. ll a aussi remporté le Tour du Sud-Est (1953), le Critérium national (1954, 1956, 1958), les Boucles de la Seine (1959) et s'est offert plusieurs titres de champion de France de poursuite.

 

Légendaire, jusqu'au bout

Après sa carrière de coureur cycliste, il passait son temps à la chasse et à la pêche. Il s'était établi à Kaysersberg, où il a longtemps tenu un restaurant avec sa femme Rolande. "Beaucoup de gens disaient que ça ne marcherait pas longtemps et pourtant, cela a duré près de 50 ans", confie Jean-Paul Weibel, qui avait en 1965 appris à connaître celui qu'il admirait jusque-là à travers les journaux lorsqu'il s'était occupé avec son entreprise de l'installation électrique dans l'établissement.  

Aujourd'hui président de l'association des anciens coureurs cyclistes d'Alsace, il revit avec émotion les moments vécus dans le restaurant : "Les jeunes cyclistes, comme moi, allaient tous jouer au baby-foot chez Roger. Il avait aussi un juke-box. Beaucoup de touristes venaient à Kaysersberg et demandaient à rencontrer Roger. Ils allaient donc au restaurant. Roger a vraiment attiré des touristes à Kaysersberg."

Et cela a continué, même lorsque Roger et Rolande Hassenforder ont vendu l'affaire. Le magnifique est éternel.