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Le geocaching, chasse au trésor mondiale, a des adeptes de tous les âges en Alsace

Chercher des caches, et trouver comment les ouvrir, c'est le plaisir du geocaching / © Philippe Dezempte / France télévisions
Chercher des caches, et trouver comment les ouvrir, c'est le plaisir du geocaching / © Philippe Dezempte / France télévisions

Le geocaching, vous connaissez ? C'est un jeu qui se pratique au niveau planétaire, avec des millions de fans de 7 à 97 ans, ou presque. Le principe est tout simple : certains cachent, d'autres cherchent et trouvent grâce à des coordonnées GPS.

Par Sabine Pfeiffer

Créé voici une vingtaine d'années, le geocaching fait de plus en plus d'adeptes à travers le monde. Apparenté à une chasse au trésor, ou à un jeu de piste, il se pratique en plein air : ville, campagne, montagne, bord de mer, île déserte, peu importe.

Pour jouer, il suffit de s'inscrire (gratuitement) sur le site international du geocaching, qui donne immédiatement accès à d'innombrables données GPS indiquant des caches. Une cotisation annuelle de 30 euros confère le statut de joueur "premium", et révèle l'intégralité des données des caches répertoriées dans le monde : plus de 3 millions recensés dès 2017, dans plus de 180 pays, dont l'une dans la station spatiale internationale.

Dans chaque cache, un logbook, petit carnet ou papier, à signer pour attester de son passage / © Philippe Dezempte / France télévisions
Dans chaque cache, un logbook, petit carnet ou papier, à signer pour attester de son passage / © Philippe Dezempte / France télévisions

Les "trésors" à trouver sont des boîtes de toutes tailles et de toutes les matières possibles, car les cacheurs rivalisent d'ingéniosité. A l'intérieur, éventuellement, des petits bibelots sans valeur. Mais surtout, un mini-carnet à signer, pour attester de son passage – passage qu'il faut ensuite confirmer sur le site web

En Alsace, des fans de tous les âges

En Alsace comme partout, le geocaching fait de plus en plus d'émules. Une bonne centaine s'est fédérée dans l'association Alsace Geocaching, afin de s'encourager et de partager trucs et astuces. Marcel (11 ans), sa sœur Océane (8 ans) et leur père Denis Adam se sont lancés en famille, il y a trois ans. "Chez nous, à La Wantzenau, c'est un peu la Mecque du geocaching" précise Denis. "On a commencé, et depuis, on cherche de plus en plus."

Marcel, Océane et leur père, en pleine quête près de Haguenau / © Philippe Dezempte / France télévisions
Marcel, Océane et leur père, en pleine quête près de Haguenau / © Philippe Dezempte / France télévisions

Pourquoi un tel engouement ? "Parce qu’on explore des endroits, et tout…" explique Marcel, passé maître dans l'art de la quête, nez sur le GPS de son portable. Le jeu lui permet de concilier sa passion pour les écrans et des balades au grand air. "Le trésor à trouver, c'est la nature, les paysages" renchérit son père. "Et quand on cherche en ville, il y a des églises, des monuments, des choses qu'on n'aurait pas connues autrement."

Pour dénicher une cache, outre les coordonnées GPS, le chercheur a souvent droit à des indices, textes ou photos, qui s'affichent sur son téléphone. Tout en s'amusant, il peut ainsi en apprendre davantage sur l'histoire d'un lieu, sa géologie ou son patrimoine. Sympa, quand on veut découvrir une ville, ou une région. Mais d'autres types de caches donnent plus de fil à retordre. "Il y a les 'mystery', pour lesquelles il faut d'abord trouver des dates ou des noms, afin de pouvoir calculer les coordonnées GPS" explique Denis Adam. "D'autres caches sont à débusquer en série, avec des énigmes à résoudre au fur et à mesure."

Louise, 12 ans, Paul, 9 ans et leurs parents ont découvert le geocaching grâce au confinement. Ils cherchaient une activité à faire près de chez eux, lorsque les déplacements étaient limités. Et ils ont adoré. "C'est super, on a passé beaucoup de temps dehors, avec le chien, à faire des balades. Parfois trois heures d'affilée pour se faire plaisir" sourit Catherine Roehry, la maman.

Louise, Paul et leur maman devant une cache compliquée de Papy 67 qu'ils ont réussi à ouvrir / © Philippe Dezempte / France télévisions
Louise, Paul et leur maman devant une cache compliquée de Papy 67 qu'ils ont réussi à ouvrir / © Philippe Dezempte / France télévisions

Et depuis quelques mois, ils sont passés maîtres dans l'ouverture de caches complexes, avec tiroirs secrets, clés de cadenas à trouver et combinaisons de toutes sortes. En effet, dans leur secteur, la forêt d'Ohlungen, "sévit" un cacheur hors normes, connu sous le pseudo de "Papy 67" : René Dauphin, 83 printemps, dont le grand plaisir est de créer des caches toutes plus complexes les unes que les autres. Et qui en a déjà installé une bonne cinquantaine.

Papy 67, un véritable cacheur

"Je n’aime pas faire simple quand on peut faire compliqué" explique-t-il, tout sourire, dans son atelier. Sur son établi, plusieurs boîtes en cours de finition. Certaines ont un aspect de faux nichoirs et contiennent une autre petite boîte, parfois équipée d'un double fond, qu'il s'agit également d'ouvrir avant de pouvoir accéder au "logbook", le fameux carnet à signer.  

René Dauphin passe d'innombrables heures à bricoler, à inventer de nouveaux systèmes d'ouverture, toujours plus ingénieux, et des thèmes pour ses caches, dont chacune porte un nom. Il a ainsi créé une série "trois petits cochons" et une autre dédiée aux schtroumpfs. Par la suite, il doit aussi passer énormément de temps à  vérifier que ses caches ont bien été remises en place par les derniers chercheurs, et n'ont été ni abîmées, ni vandalisées.

René Dauphin dans son atelier, avec son complice René Ott / © Philippe Dezempte / France télévisions
René Dauphin dans son atelier, avec son complice René Ott / © Philippe Dezempte / France télévisions

"Mon plaisir, c'est aussi de voir les commentaires que les geocacheurs inscrivent sur le site, après avoir trouvé" précise-t-il. "Il y en a qui font 200 kilomètres pour trouver toute ma série de caches. Ensuite, moi, je peux lire leurs messages sur internet, et certains sont super sympas."

Le jour du tournage de notre reportage, René Dauphin et son complice René Ott sont partis en forêt installer une nouvelle cache, officiellement baptisée "Rund Um", et activée ce même jour à 11 heures. "Le cacheur inscrit sa nouvelle création sur le site international du geocaching, avec toutes les informations nécessaires" explique René Ott. "Puis un vérificateur régional – le "reviewer" – contrôle si tout est conforme." En effet, le geocaching a des règles précises : certains lieux, principalement privés, ne sont pas autorisés. Et une nouvelle cache doit maintenir au minimum 161 mètres de distances avec celles déjà existantes.

La nouvelle cache "Rund Um" / © Philippe Dezempte / France télévisions
La nouvelle cache "Rund Um" / © Philippe Dezempte / France télévisions

Mais si rien ne s'y oppose, à l'heure prévue, le "reviewer" active la cache sur internet. Au même moment, les joueurs "premium" reçoivent une alerte. Et il n'est pas rare que ceux se trouvant à proximité débarquent rapidement sur les lieux. Car il n'y a pas de plus grande fierté pour un geocacheur que d'être le FTF – "first to find" - le premier à trouver.

Effectivement, vingt minutes à peine après l'activation de la nouvelle cache "Rund Um", une jeune femme est apparue à l'orée de la forêt. "Je dois bientôt partir au boulot" a-t-elle confié. "Mais il n'y a rien de plus important que les caches. Et puis, souvent, quand on est FTF, on croise du monde, on peut échanger, chercher ensemble, c'est chouette."

Chercher et cacher, deux plaisirs complémentaires

René Ott, lui-même secrétaire d'Alsace Geocaching, part toujours en vacances en camping car. Car ses destinations, il les choisit en fonction de l'intérêt des caches qui s'y trouvent. Dans toute sa carrière de joueur, il en a déjà découvert plus de… 17.000. Une bagatelle, comparée à d'autres : "Je connais un Français qui en a trouvé 60.000" précise-t-il, modeste. Son plaisir ? "L'attrait de la découverte : nouvelles régions, lieux méconnus, grottes, châteaux, endroits reculés… J'ai trouvé des grottes totalement isolées, à l'étranger, sur l'île de Crête. Un site où aucun touriste ne met le pied, seulement des geocacheurs."

En ville, chaque petit espace peut abriter une cache. Ici un poteau creux. / © Philippe Dezempte / France télévisions
En ville, chaque petit espace peut abriter une cache. Ici un poteau creux. / © Philippe Dezempte / France télévisions

Mais avec ce jeu, l'expression galvaudée "il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir" reprend aussi ses lettres de noblesse. Car généralement, un bon chercheur devient à son tour cacheur. Avec l'envie de faire toujours mieux, et plus original. En ville, les caches doivent être plus petites, plus discrètes. Et peuvent prendre la forme de faux cailloux évidés, de boulons fictifs apposés sur des plaques d'égouts, ou de fausses branches.

Marcel, son père et sa sœur, en ont fait l'expérience. Et René Ott, lui, a créé plus de 150 caches qu'il doit bien sûr continuer à entretenir. En effet, après plusieurs signalements d'une cache introuvable ou défectueuse, le "reviewer" contacte le cacheur et lui pose un ultimatum : si la cache n'est pas réparée et opérationnelle dans un délai d'un mois, elle est définitivement rayée du site.

Le TB-grenouille en route vers de nouvelles aventures / © Philippe Dezempte / France télévisions
Le TB-grenouille en route vers de nouvelles aventures / © Philippe Dezempte / France télévisions

De son côté, Marcel affectionne encore une autre spécialité : "le TB, travel bug, un objet voyageur, en français." Un petit objet équipé d'une étiquette avec un code. Son propriétaire le place dans une première cache et donne des indications précises sur internet, du genre : "doit traverser dix pays" ou "doit atteindre le Japon"… Et en fonction, d'autres chercheurs le font voyager de cache en cache, jusqu'à destination.

Ce jour-là, Marcel a récupéré dans une cache une petite grenouille de plastique, qui a pour consigne d'être déposée "dans des beaux lieux de nature." Il la replace donc dans une boîte aménagée par Papy 67 : une sorte de mini-téléphérique, hissé dans un arbre à l'aide de cordes. En attendant que le prochain chercheur reprenne ce TB pour le faire voyager vers ailleurs.