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Les horticulteurs alsaciens tentent de surmonter la crise : “On se dit que ça aurait pu être pire”

Les clients au rendez-vous dans les horticultures d'Alsace / © Thierry Sitter / France Télévisions
Les clients au rendez-vous dans les horticultures d'Alsace / © Thierry Sitter / France Télévisions

Après quelques semaines totalement à l'arrêt en début de confinement, puis de la vente en drive, les horticulteurs alsaciens sont plébiscités par leurs clients depuis que leurs magasins ont pu rouvrir. Mais cela ne suffit pas à éponger toutes les pertes. Témoignages.

Par S.Pfeiffer

Après plusieurs semaines de fermeture complète en début de confinement, puis quelques semaines de vente en drive, les horticulteurs alsaciens ont pu rouvrir leurs portes en mai. Et les clients étaient au rendez-vous, plus que jamais. Pourtant, malgré ces très belles ventes de fin de printemps, les pertes subies sont très fortes, et ils espèrent que la crise aura vraiment donné envie à tous de continuer à consommer - mais aussi à planter - local. 

Horticulture Walther à Preuschdorf : "La demande de plants de légumes a été explosive"

Dans l'horticulture Walther de Preuschdorf, ce mois de juin est redevenu plus calme. Normal, car tous les ans, à cette période, la vente des produits d'été touche déjà à sa fin. Mais en mai, au moment du déconfinement, ça a été le rush. "La demande de légumes a été explosive. On n'a jamais vendu autant de plants de légumes que cette année, 50% de plus que d'habitude", raconte Pascal Walther. Et pareil pour les fraisiers : 2.000 plants écoulés en deux semaines.

Un parcours fléché pour les clients, et les plants de légumes vendus à l'extérieur / © Thierry Sitter / France Télévisions
Un parcours fléché pour les clients, et les plants de légumes vendus à l'extérieur / © Thierry Sitter / France Télévisions

Pascal Walther et son épouse Véronique ont repris le flambeau de cette entreprise familiale de 5.000 m2 de surface, dont un tiers en extérieur. Et les parents de Pascal, retraités, continuent à les seconder. Comme tous leurs collègues, ils ont subi de plein fouet la fermeture complète de leur magasin durant les premières semaines du confinement. Mais vers la mi-avril, dès qu'ils ont été autorisés à vendre des plants de légumes en drive, ils ont dû se réorganiser et installer une seconde ligne téléphonique, tant les commandes affluaient. 

Avec notre nouveau parcours, certains clients se croyaient dans une file d'attente à Europa-park.

Liliane Walther, horticultrice

Avec le déconfinement, comme tous leurs collègues, ils ont pu rouvrir leur magasin. En proposant les plants de légumes à l'extérieur, et en organisant un nouveau circuit, distance de sécurité oblige. Les clients étaient heureux de pouvoir revenir, mais un peu désorientés. "Certains étaient perdus avec ce parcours, ils avaient l'impression d'être dans une file d'attente à Europa-park, sans trouver l'entrée ni la sortie" sourit Liliane Walther, la mère de Pascal. Mais ils se sont adaptés."

Masque sur le visage, un fidèle client approuve : "Il faut un peu de discipline (…) Chacun devrait refaire son petit jardin pour redevenir autonome, et ne plus dépendre du système. Car si les grandes surfaces ferment, on meurt de faim."

Vu les bons résultats du mois de mai, les Walther s'en sortent relativement bien. Mais entre les trois semaines de fermeture totale, et la vente des fleurs interdite jusqu'au déconfinement, ils estiment avoir perdu près de 45.000 euros. Ils doivent malheureusement raccourcir les contrats de leurs saisonniers. Et espèrent que bon nombre de leurs clients ne partiront pas trop loin cet été, et penseront à revenir acheter des fleurs pour leur jardin.   

 

Horticulture Schwarz de Geudertheim : "La crise était peut-être un mal pour un bien."

Stéphane Schwarz, horticulteur à Geudertheim, estime lui aussi avoir limité les dégâts. Une partie de sa production qu'il réalise dans 11.000 m2 de serres est destinée au fleurissement de quarante communes du Bas-Rhin. Mais suite à la crise, ces commandes-là ont diminué de 10%. En revanche, dès le mois d'avril, sa vente aux particuliers par le biais du drive a très bien marché. "Les clients nous ont vraiment soutenus", se réjouit-il. Avec quelques collègues, il a aussi organisé une vente en ligne, et "le bouche à oreille a parfaitement fonctionné : sans pub, dès le premier jour à 8h du matin, dix véhicules attendaient déjà."

Stéphane Schwarz et ses grands bacs de fleurs pour les communes / © Thierry Sitter / France Télévisions
Stéphane Schwarz et ses grands bacs de fleurs pour les communes / © Thierry Sitter / France Télévisions

Et au moment du déconfinement, il n'a vu que des visages heureux dans son magasin – malgré les masques. "Beaucoup disaient : "Ah, maintenant, on peut à nouveau planter. Vous nous soulagez vraiment d'un grand poids."

Ce qui est perdu est perdu. Ce qu'on n'a pas pu vendre en mars nous fait un gros trou. Mais on a assuré nos arrières avec cette saison.

Stéphane Schwarz, horticulteur

Stéphane Schwarz a aussi constaté que, soudain, il avait beaucoup de nouveaux clients. "Les gens veulent soutenir les horticulteurs de proximité. Ils ont aussi remarqué qu'on offre davantage de qualité et de conseils que les grandes surfaces (…) La vie a un peu changé, les gens réagissent autrement."

Vu les réactions rencontrées, il en est persuadé : ces nouveaux clients reviendront. Il en arrive presque à dire que la crise du coronavirus était un mal pour un bien. "C'est du négatif pour du positif. Les gens ont compris que s'ils achètent local, chez nous, la qualité est là." Son défi, dorénavant, est de continuer à miser sur une qualité irréprochable, et un excellent accueil.

Les serres fleuries de Niederroedern : "Tout jeter, ça a fait très mal."

L'horticulture de Thierry Schmitt, Les serres fleuries de Niederroedern, 14.000m2 de surface, approvisionne les fleuristes et jardineries tout comme les particuliers. En ce mois de juin, les couleurs éclatent dans les serres, et les clients sont bien présents. "On est heureux d'admirer les fleurs, même si on ne peut pas les humer" précise un couple de clients, dûment masqué – car ici, le masque est obligatoire. Ceux qui ont oublié le leur peuvent en acheter sur place, et ceux qui ne veulent pas le mettre… restent dehors. Ici, on ne tergiverse pas avec la sécurité.

Des couleurs éclatantes dans les Serres fleuries de Niederroedern / © Thierry Sitter / France Télévisions
Des couleurs éclatantes dans les Serres fleuries de Niederroedern / © Thierry Sitter / France Télévisions

Mais la splendeur de ces milliers de fleurs estivales vendues depuis le déconfinement ferait presque oublier qu'ici, en mars et avril, des milliers de fleurs de printemps ont abouti sur le compost. Les salariées, elles, s'en souviennent. Jeter des fleurs a été pour elles une tâche totalement contre nature. Certaines en ont pleuré. "Toutes ces belles primevères, ces pâquerettes, ces viola cornuta, ces pensées… Ça faisait mal au cœur, se souvient Sandrine Patou, l'une des salariées. "C'était notre production, le fruit de notre travail. Nous nous réjouissons toujours de les préparer pour les clients. C'était tellement dur de devoir tout jeter."

Thierry Schmitt estime ses pertes du printemps à près de 200.000 euros, il n'a pas encore réussi à tout chiffrer. Lui aussi gardera en mémoire cette période si particulière : "D'un jour à l'autre, on était là sans savoir quoi faire. On ne pouvait plus rien vendre, et nos serres étaient pleines de marchandises en pleine floraison. Ça a fait très mal."

Grâce au courage de mes salariés, on a choisi de prendre le risque de continuer... et ça a payé.

Thierry Schmitt, horticulteur

Et au moment de tout jeter, il fallait également décider de lancer, ou non, la production estivale, sans aucune certitude de pouvoir la vendre en mai. Un pari extrêmement risqué. Finalement, soutenu par tout son personnel, Thierry Schmitt – comme les autres horticulteurs alsaciens - a fait le choix de continuer, coûte que coûte. "Toutes les fleurs que vous voyez maintenant devaient être plantées ou transplantées." Un choix qui s'est avéré être le bon. "Grâce au courage de mes salariés, on a choisi de prendre le risque… et ça a payé."

"C'était dur, les pertes subies ne seront pas compensées. Mais aujourd'hui, on se dit que ça aurait pu être pire", estime Thierry Schmitt. "Et là, on repart optimistes." Car ici comme ailleurs, à l'aube de l'été, tous pensent déjà à la production des fleurs d'automne. Avec l'espoir que, désormais, le "planter local" va entrer dans les habitudes.