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Le musée français du Pétrole organise un récolement de ses collections avant son futur déménagement

Un musée regorgeant de trésors, mais trop exigu / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Un musée regorgeant de trésors, mais trop exigu / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Le musée français du Pétrole de Merkwiller-Pechelbronn, trop à l'étroit, déménagera d'ici quelques années dans une halle de l'ancien site industriel dont il raconte l'histoire. En attendant, il procède au récolement de ses collections, et fait l'inventaire d'un fonds Elf qui vient d'être acheté.  

Par Sabine Pfeiffer

A Merkwiller-Pechelbronn, en Alsace du Nord, le petit musée français du Pétrole raconte l'histoire passionnante de l'or noir alsacien, exploité depuis le 18e siècle jusqu'à 1970. Ses trois salles minuscules, aménagées dans une ancienne école et une petite annexe, débordent d'objets et de photos. Impossible d'y exposer davantage, alors que les deux tiers de sa collection dorment dans des réserves. Et pas de local pour accueillir correctement des groupes scolaires, ni de lieu digne de ce nom pour des expositions temporaires.

Le musée, aménagé dans l'ancienne école / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Le musée, aménagé dans l'ancienne école / © Guillaume Bertrand / France télévisions

D'où ce projet ambitieux : déménager le musée à Preuschdorf, dans le dernier bâtiment encore intact de l'ancien site industriel pétrolier qui comptait jusqu'à 3.000 salariés à l'orée de la Seconde guerre mondiale. En attendant la concrétisation de ce projet, qui pourrait mettre plusieurs années, les collections du musée font l'objet d'un récolement.

Le pétrole alsacien, connu au moins depuis le Moyen Age     

"Voici le pétrole de Pechelbronn" ("Pechelbrunner Ehl") annonce Denise Weinling, présidente des Amis du musée, en ouvrant un pot de confiture rempli d'une mélasse noirâtre. "On en trouve dans la forêt où il y a des sources de pétrole qui affleurent. Depuis le Moyen Age, les gens venaient en chercher, pour s'en servir comme médicament ou lubrifiant."

Le pétrole de Pechelbronn, une mélasse noirâtre / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Le pétrole de Pechelbronn, une mélasse noirâtre / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Dans le secteur, l'exploitation du pétrole a commencé au 18e siècle, plus d'un siècle avant ses débuts aux Etats Unis. Au départ, les ouvriers descendaient par des puits pour aller chercher le sable bitumineux, remonté dans des seaux. Dès le 19e siècle, on a installé des pompes, et au début du 20e siècle, on a creusé des galeries jusqu'à 400 mètres de profondeur. Là, tous les quinze mètres, on creusait un puisard où le pétrole visqueux se concentrait, ce qui permettait ensuite de le pomper. Jusqu'à la découverte de pétrole dans l'Hérault, en 1924, puis en Haute-Garonne et dans les Landes, Pechelbronn reste aussi la seule source connue sur le sol français. 

Pour évoquer cette épopée, l'exposition permanente du musée présente une incroyable collection de documents : casque et outils du 18e siècle, têtes foreuses des 19e et 20e siècles, maquettes, photos… Des instruments et des flacons rappellent que beaucoup de techniques ont été inventées sur place, "pour le forage, la distillation et la formation" précise Denise Weinling.

La marque Antar née en 1927 pour commercialiser les produits de Pechelbronn / © Guillaume Bertrand / France télévisions
La marque Antar née en 1927 pour commercialiser les produits de Pechelbronn / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Dès 1919, l'Institut français du pétrole est né ici, dans le but de former des ingénieurs à maîtriser ce produit spécifique. Des bidons évoquent la marque Antar, née à Pechelbronn en 1927, puis rachetée par Elf quelques décennies plus tard. Les objets les plus volumineux se trouvent à l'extérieur : pompes entières de plusieurs tonnes, ou wagonnets qui servaient à descendre dans les galeries.

A l'extérieur du musée, les objets les plus lourds, comme ces wagonnets qui descendaient dans les galeries / © Guillaume Bertrand / France télévisions
A l'extérieur du musée, les objets les plus lourds, comme ces wagonnets qui descendaient dans les galeries / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Lorsqu'en 1970, la SAEM (Société anonyme d'exploitation minière) a dû fermer, faute de rentabilité, "le dernier directeur, Alfred Michel, a compris qu'il y avait là un tel patrimoine qu'il ne pouvait pas tout laisser disparaître" raconte Denise Weinling. "Il a donc rassemblé tout ce qu'il pouvait : "archives, photos, outils, grands tableaux suspendus dans les bureaux" ce qui a permis d'ouvrir ce petit musée.

Mais aujourd'hui, celui-ci atteint ses limites. Spatiales, évidemment, mais aussi humaines. "L'équipe qui a constitué la collection du musée est associative, et au fil du temps, les gens prennent de l'âge et la mémoire s'altère" précise Isabelle Vergnaud-Goepp, conservatrice référente pour le musée du Pétrole, et chargée de coordonner le pôle Culture et Médiation au sein du Parc naturel régional des Vosges du Nord. "Il faut aider les acteurs locaux à formaliser les connaissances pour pouvoir les transmettre et les pérenniser."

Récolement des collections, et inventaire des fonds récents

D'où la nécessité d'avoir, pour commencer, une vue d'ensemble exhaustive de l'ensemble des collections, dont la communauté de communes de Sauer Pechelbronn est propriétaire. Le musée en présente un petit tiers, le reste est stocké ailleurs, dans des réserves. Beaucoup de ces objets ont déjà été inventoriés entre 1997 et 2000 : ils ont été marqués d'un code, et ont fait l'objet d'une notice avec leur description (dimensions, matériau, etc.), leur provenance (achat ou nom du donateur…) et leur localisation.

D'innombrables objets des collections dorment dans les réserves / © Guillaume Bertrand / France télévisions
D'innombrables objets des collections dorment dans les réserves / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Mais aujourd'hui, il s'agit de réaliser un véritable récolement, auquel tout musée doit se soumettre tous les dix ans : reprendre toutes ces notices d'inventaire, vérifier l'état de conservation de l'objet ainsi que sa localisation, et remettre la main dessus s'il ne se trouve plus à l'endroit indiqué. C'est aussi le moment d'actualiser la base de données, commune à tous les musées du Parc des Vosges du Nord, car d'autres objets des collections du musée n'ont encore jamais été inventoriés. Ainsi, ceux d'un fonds provenant de la raffinerie de Reichstett. Et ceux d'un fonds Elf, racheté en 2019.   

Le fonds Elf en cours d'inventaire

Ce fonds Elf était la collection privée de Jean Legrand, "un chargé de communication qui avait participé à toute la compagne de communication de la marque Elf" lors de son lancement en 1967, explique Isabelle Vergnaud-Goepp. "C'est sa fille, après son décès, qui est venue vers nous pour nous le proposer."

Un faux bidon d'huile de la marque Elf, rempli de chocolats... de 1967 / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Un faux bidon d'huile de la marque Elf, rempli de chocolats... de 1967 / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Le fonds est constitué de plusieurs séries : d'innombrables objets publicitaires (tee shirts, piscines gonflables, boîtes de chocolat, lampes, objets offerts aux clients dans les stations services…). Mais également des objets en lien avec les voiliers sponsorisés par Elf-Aquitaine (dont un blouson porté par le skipper Marc Pajot), etc.

Chacun de ces objets est photographié par Mathieu Taraud, un stagiaire en charge de cet inventaire. Ensuite, ce dernier crée une fiche numérique et réalise un marquage de l'objet : si possible à l'encre de chine, sur une base de vernis. Mais pour les tee shirts et blousons, il faudra coudre une étiquette.

Chaque objet doit être photographié, parfois sous différents côtés / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Chaque objet doit être photographié, parfois sous différents côtés / © Guillaume Bertrand / France télévisions

A première vue, les courses de voilier semblent assez éloignées de l'univers du site pétrolier nord-alsacien, même si l'on sait qu'Elf a absorbé la marque Antar. Néanmoins, pour la communauté de communes, acquérir ce fonds Elf pour compléter les collections du musée avait tout son sens. "Les questions qu'on se pose, c'est à quel moment on arrête l'histoire, comment on considère le contemporain et ce qui va faire sens" explique Isabelle Vergnaud-Goepp. Mais dans ce cas, la filiation paraissait évidente. Et ce fonds permet d'envisager de nouvelles expositions temporaires, avec "des objets marketing qui nous sortent du côté technique, et parlent aux gens, car ils ravivent des souvenirs" précise la conservatrice référente.   

Le futur emplacement du musée sur un site chargé d'histoire

Si tout va bien, d'ici quelques années, ces futures expositions se tiendront donc dans le village voisin de Preuschdorf, dans le dernier bâtiment encore debout de l'ancien site pétrolier : une grande halle, dont la partie supérieure qui donne sur la route a longtemps servi de garage, et que la communauté de communes de Sauer Pechelbronn vient de racheter.

Côté route, l'étage supérieur de la halle du futur musée servait de garage / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Côté route, l'étage supérieur de la halle du futur musée servait de garage / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Une fois réhabilité, ce bâtiment sur trois niveaux, de près de 300m2 chacun, permettra d'offrir un beau cadre aéré au musée, mais également d'accueillir l'ensemble de ses collections, et de créer une belle salle pour les animations et les expositions temporaires. Un projet que Denise Weinling appelle de ses vœux : "Ce serait bien plus attractif que le musée actuel. Je pense que ça lui donnerait une nouvelle vie."

L'un des trois niveaux du futur musée / © Guillaume Bertrand / France télévisions
L'un des trois niveaux du futur musée / © Guillaume Bertrand / France télévisions

D'autant plus que ce grand bâtiment offre une vue directe sur le "carré Clémenceau", la superbe friche industrielle avec ses autres bâtiments ruinés, qui s'étend en contrebas. Témoin poétique d'une époque révolue, et trésor patrimonial que la communauté de communes entend sécuriser autant que possible. Dangereux en accès libre, le site pourra rester accessible par le biais de visites guidées.     

"On peut aussi se promener sur les deux terrils" précise Lysiane Dudt, vice-présidente de la communauté de communes, chargée du tourisme. "Le plus grand (une colline partiellement boisée), offre une vue superbe sur tous les alentours. Et le second pourrait servir de lieu à diverses animations."

Tout à côté, la friche industrielle / © Guillaume Bertrand / France télévisions
Tout à côté, la friche industrielle / © Guillaume Bertrand / France télévisions

Après de longs mois de latence, le projet de l'évolution du musée du Pétrole semble donc réellement sur les rails. "On voudrait avancer, déplacer le musée ici, pour pouvoir soutenir l'association des bénévoles, espérer créer une nouvelle dynamique et trouver d'autres forces vives", assure Lysiane Dudt. "L'ensemble du lieu se prête admirablement à tout cela. C'est notre histoire, il ne faut pas l'oublier. On se réjouit. Ce sera notre écomusée du pétrole."

Dans un second temps, le projet pourrait s'élargir à une véritable "Cité des énergies" délibérément tournée vers le futur pour présenter, à côté de l'histoire du pétrole, les énergies renouvelables à l'étude dans le secteur, comme la géothermie et la méthanisation.