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Pays Thur Doller : Mobilité Mod'emploi, l'association qui (re)met en route

Des cours de conduite assurés par des bénévoles / © Odile Barthélémy / France télévisions
Des cours de conduite assurés par des bénévoles / © Odile Barthélémy / France télévisions

A Vieux-Thann, l'association Mobilité Mod'Emploi aide des demandeurs d'emploi en situation de précarité à mieux pouvoir se déplacer. Elle propose, entre autres, des ateliers d'apprentissage du code de la route et des leçons de conduite adaptées.

Par Sabine Pfeiffer

A l'origine de la création de Mobilité Mod'Emploi, un constat : le frein principal pour trouver du travail dans le pays Thur Doller, c'est la mobilité. En effet, dans ce territoire semi-rural de 46 communes et près de 70.000 habitants, beaucoup de demandeurs d'emploi peinent à trouver ou retrouver un emploi, faute de moyens de déplacement.

"Il y a très peu de transports en commun" explique Noël Knibihler, le président de Mobilité Mod'Emploi, excepté le tram-train de la vallée de la Thur. "Masevaux n'a aucun train et les bus sont rares. Depuis que les usines ont fermé, les personnes en situation de précarité ont de gros problèmes pour se rendre sur un lieu de travail." Et ce, d'autant plus que de nombreux emplois proposés, dans la restauration par exemple, impliquent des horaires décalés, souvent incompatibles avec les transports en commun existants.
 
La vallée de Masevaux / © Mathieu Lerch / MaxPPP
La vallée de Masevaux / © Mathieu Lerch / MaxPPP

A ces difficultés se rajoutent, pour beaucoup de personnes, des problèmes financiers qui les empêchent de pouvoir se payer des cours de conduite en nombre suffisant, ou d'acheter une voiture. Mais aussi, parfois, des problèmes cognitifs, psychologiques ou socio-culturels.

Sur la base de ces constats, dès 2013, la Maison de l'Emploi et de la formation de Mulhouse Sud Alsace a mis en place une série de dispositifs et d'accompagnements adaptés. Et dès l'année suivante, l'association Mobilité Mod'Emploi a vu le jour, afin de prendre le relai. Parmi les aides proposées: un accompagnement personnalisé, des ateliers de préparation au code, des cours de conduite accompagnée, et bien d'autres choses encore.

Des ateliers mieux adaptés pour apprendre le code de la route

L'atelier d'apprentissage du code de la route à Vieux-Thann / © Odile Barthélémy / France télévisions
L'atelier d'apprentissage du code de la route à Vieux-Thann / © Odile Barthélémy / France télévisions

"Le fameux feu de détresse : vous l'avez repéré sur le tableau de bord ?" Au-dessus des masques, les regards des participants à l'atelier de préparation au code de la route sont sérieux, attentifs. Comme dans une véritable auto-école, les problèmes sont posés par le biais de petites vidéos projetées sur un écran. Mais l'ambiance est différente. L'animateur reprend les questions, et la douzaine de participants recherche ensemble la bonne réponse. Concentrés, mais sans stress. Car ici, la pédagogie s'adapte à tous, et l'animateur prend le temps nécessaire pour expliquer, et vérifier que chacun ait bien compris.
 

J'ai découvert cet atelier par ma conseillère pour l'emploi. Je vais acquérir beaucoup de choses, ici.

Brigitte Folk, participante

Les participants arrivent ici par le biais de travailleurs sociaux, de Pôle emploi ou d'associations d'entraide comme Emmaüs. Tous sont en recherche d'emploi, mais freinés parce qu'ils n'ont pas le permis. "J'ai découvert cet atelier par ma conseillère pour l'emploi. Je vais acquérir beaucoup de choses, ici. Mais c'est plus détendu qu'en ville" estime Brigitte Folk, l'une des participantes. Mobilité Mod'Emploi propose ce type d'ateliers dans ses locaux à Vieux-Thann, mais également à Thann, Altkirch, Guebwiller, et dans plusieurs Esat, à l'attention de travailleurs en situation de handicap.

Les participants peuvent y prendre part aussi longtemps qu'ils le souhaitent, sans limites financières, puisqu'il ne leur est demandé que 10 euros d'adhésion annuelle à l'association. "D'un point de vue tarifaire, c'est plus bénéfique. Pour des personnes qui ont des difficultés, c'est beaucoup plus avantageux" reconnait Patricia Keller, une autre participante.

Cette quasi-gratuité est rendue possible par des subventions, et par le bénévolat des animateurs – généralement des travailleurs sociaux retraités, comme Bernard Schellenberger. Pour lui, malgré les apparences, ce service n'est en rien concurrent à la mission des auto-écoles. Bien au contraire : "Les personnes que nous accueillons ici préparent le code avec nous" explique-t-il. "Mais quand elles sont prêtes, elles retournent à l'auto-école pour passer leur examen avec un inspecteur. Au contraire, nous sommes complémentaires." En permettant à des personnes fragiles, qui ont souvent connu des situations d'échec, de finir par réussir malgré tout, grâce à des leçons-ateliers moins anxiogènes et mieux adaptés à leur niveau.  

Des leçons de conduite complémentaires et moins chères

Code de la route en poche, les participants aux ateliers de Mobilité Mod'Emploi doivent, comme tout un chacun, suivre les vingt heures de leçons de conduite obligatoires dans une auto-école. Mais très souvent, celles-ci s'avèrent insuffisantes. C'est là que l'association intervient à nouveau, en proposant des cours complémentaires, autant que nécessaire. Ils ont également assurés par des animateurs bénévoles qui, parfois, vont jusqu'à chercher et raccompagner leurs élèves à domicile.
 
En pleine leçon de conduite : Patricia et son animateur Patrick / © Odile Barthélémy / France télévisions
En pleine leçon de conduite : Patricia et son animateur Patrick / © Odile Barthélémy / France télévisions

Dans l'un des deux véhicules à double commande de l'association, Patricia Zimmermann prend justement une heure de conduite avec son animateur, Patrick Pernot. Cette jeune femme, en situation de handicap, travaille dans un Esat de Cernay. Elle a déjà raté son permis à deux reprises, mais n'abandonne pas. "C'est pour la vie de tous les jours et même le travail", explique-t-elle. C'est mieux que prendre le train, car c'est compliqué. Faire les courses, emmener ma fille… que toujours demander à mes parents de m'emmener partout." Et elle ajoute, les yeux pétillants : "J'ai un collègue de travail qui me dit toujours : Tu l'auras, un jour !"
 

A la fin, on y arrive toujours. On n'a pas beaucoup d'échecs.

Patrick Pernot, animateur

"Avec Patricia, on arrive à 100 heures de conduite en accompagnement" précise Patrick Pernot. Un nombre d'heures rendu possible puisque chacune n'est facturée que 10 euros, et certains bénéficiaires peuvent en outre obtenir des subventions pour alléger la facture. Comme ses quatre collègues bénévoles, Patrick Pernot a dû, lui, suivre une formation spécifique en auto-école pour accomplir cette tâche, qui demande autant de patience que de concentration : "Il faut être très vigilant, ça demande de l'attention. Il y a du piquant, du piment" sourit-il. Mais en bout de course, même après 150 heures de conduite voire plus, chaque réussite est une véritable victoire : "A la fin, on y arrive toujours, on n'a pas beaucoup d'échecs." L'an dernier, sur 20 inscrits, 17 ont réussi leur permis.
 
Mobilité Mod'Emploi, plusieurs modes d'action pour favoriser la mobilité / © Odile Barthélémy / France télévisions
Mobilité Mod'Emploi, plusieurs modes d'action pour favoriser la mobilité / © Odile Barthélémy / France télévisions


Pour éviter les échec, l'association Mobilité Mod'Emploi tient aussi compte d'autres facteurs. Aux personnes particulièrement sensibles qui perdent leurs moyens devant un examinateur, elle propose quelques séances avec un psychologue. "On organise des stages anti-stress" raconte Noël Knibihler "pour qu'elles s'habituent à parler, à prendre de l'assurance. Et ça les aide beaucoup à affronter l'examen." L'association fait aussi des formation auprès des assistantes sociales du Haut-Rhin, afin de mieux les sensibiliser à toutes ces questions liées au déplacement.
 
En six années d'existence, Mobilité Mod'Emploi a déjà accompagné près de 700 personnes. Chaque nouvel arrivant bénéficie d'un bilan personnalisé, réalisé par l'une des deux conseillères en mobilité insertion (les deux seules salariées de l'association). "Celui qui vient, on doit tout d'abord comprendre quel est son véritable problème" explique Noël Knibihler. Il peut aussi arriver à l'association d'aider certains bénéficiaires à mieux trouver et utiliser les transports en commun existants. Ou de les soutenir dans l'achat d'un véhicule, grâce à un partenariat avec une banque.

Par ailleurs, l'association souhaite aussi développer la mobilité douce. En partenariat avec Emmaüs, elle propose des vélos aux bénéficiaires en attente de l'obtention du permis. Et elle réfléchit à développer l'usage de vélos électriques et, pourquoi pas, de trottinettes.