Haut-Rhin : à Rouffach, pour compenser le pass sanitaire obligatoire, le festival Musicalta devient gratuit

Le festival Musicalta, dont la 25e édition démarre vendredi 23 juillet à Rouffach et dans les communes alentour, sera entièrement gratuit pour compenser la gestion du pass sanitaire. Faire l'impasse sur la billetterie pour que la fête puisse avoir lieu malgré tout.
La 25e édition du festival Musicalta à Rouffach démarre le 23 juillet, et elle sera entièrement gratuite
La 25e édition du festival Musicalta à Rouffach démarre le 23 juillet, et elle sera entièrement gratuite © Jean-Jacques Schneider

Vendredi 23 juillet, à l'ouverture du festival Musicalta, personne ne sera chargé de vérifier les billets d'entrée. L'équipe qui était dévolue à cette tâche aura une tout autre mission : contrôler le pass sanitaire de chaque festivalier, mesure obligatoire depuis mercredi dans les lieux culturels accueillant plus de 50 personnes. "Nous vérifierons le pass sanitaire, mais a priori on ne demandera pas les cartes d'identité, sauf si un décret l'exige explicitement", précise le directeur opérationnel Nicolas Duroy.

Ceux qui ne seront pas munis du précieux sésame, c'est-à-dire une attestation de vaccination complète ou une preuve récente de test PCR ou antigénique négatif, devront malheureusement rebrousser chemin. "Nous ne pouvons pas mobiliser des infirmiers ou des laboratoires pour réaliser ces tests sur place", explique Nicolas Duroy. "De plus, l'idée c'est vraiment que chacun prenne ses responsabilités face à ces procédures qui vont s'imposer à nous quelque temps encore."

On ne peut pas s'accrocher à des billets

Florence Lab, directrice de Musicalta

Florence Lab est la fondatrice de ce festival qui a pris la clé des champs dans les années 1990, faisant le pari d'une offre culturelle exigeante loin des centres urbains. Pari gagné : aux Trois-Epis, puis à Labaroche, et aujourd'hui à Rouffach (Haut-Rhin), Musicalta draine en moyenne 5.000 festivaliers, ainsi que des musiciens reconnus internationalement et qui sont devenus des habitués.

En marge de ces spectacles, Musicalta propose par ailleurs des master class qui attirent des stagiaires venus des quatre coins du monde, séduits par la qualité de l'enseignement et le cadre bucolique. C'est tout cet écosystème qui fait la spécificité et la réputation de ce rendez-vous musical au cœur de l'été. 

Pour Florence Lab, la directrice de Musicalta, l'enjeu n'est pas de gagner ou perdre de l'argent. L'enjeu est d'exister
Pour Florence Lab, la directrice de Musicalta, l'enjeu n'est pas de gagner ou perdre de l'argent. L'enjeu est d'exister © Jean-Jacques Schneider

L'édition 2020 a été annulée. Il fallait donc coûte que coûte maintenir l'édition 2021 qui se tiendra jusqu'au 9 août. "La gratuité nous semble normale. Nous l'avons décidée suite aux annonces du président Macron sur le pass sanitaire. Aussitôt, on a constaté une chute des réservations. Or, nous voulons que les mélomanes puissent profiter de cette 25e édition, qu'ils ne partent pas en courant. On ne peut pas s'accrocher à des billets dans cette période de difficulté d'accès à la culture", argumente Florence Lab. L'intégralité du festival sera donc gratuite, ceux qui ont déjà acheté leur billet seront remboursés. 

Évidemment, l'absence de billetterie sera un manque à gagner pour le festival : "Entre 8 et 12.000 euros de pertes, calcule Nicolas Duroy, sans compter 4 à 5.000 euros de frais supplémentaires pour appliquer l'ensemble du protocole sanitaire. Mais on n'est pas en position de se plaindre sur cet effort que l'on fait".

"C'est embêtant, mais on devrait survivre", résume Florence Lab qui observe que, fort heureusement, les master class n'ont été que peu impactées par le contexte difficile. Deux-cent-soixante stagiaires inscrits, c'est tout à fait satisfaisant au vu des circonstances. 

L'Asie est absente cette année

L'organisation de cette 25e édition fut un véritable casse-tête. D'ailleurs, la programmation n'a été finalisée qu'à la fin avril. Impossible de faire venir des musiciens de Corée ou du Japon, pourtant très présents ces dernières années. L'Asie est totalement absente cette saison. "Nous avions notamment prévu un orchestre originaire du Kazakhstan en Asie centrale. Finalement, ils n'ont pas pu venir. Ils étaient certes vaccinés, mais avec le vaccin russe Sputnik qui n'est pas reconnu par les autorités européennes. Bizarrement ils ont pu se rendre en Italie, mais pas en France", raconte-t-elle.

En marge du festival, entre 300 et 400 stagiaires viennent assister à des master class
En marge du festival, entre 300 et 400 stagiaires viennent assister à des master class © Jean-Jacques Schneider


"C'est difficile pour les musiciens", reconnaît le directeur artistique et violoniste Francis Duroy. "On fait un métier particulier où on voyage beaucoup, en tournée ou pour jouer avec d'autres orchestres. Et tout ça devient très compliqué, à cause de cette épidémie, mais aussi avec les questions écologiques en toile de fond. On essaie de faire comme avant, mais la normalité sera sans doute différente."

Un monde dont les contours sont encore flous, et qui semble jalonné d'obstacles, de barrières, de distanciation. Pourtant, le propre de la musique, c'est de réunir les gens. "On trouvera forcément une autre façon de faire", conclut-il. Et en attendant ce "monde d'après", le festival Musicalta s'est fixé un objectif : celui de continuer à exister. 

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