Haut-Rhin : la vallée de Guebwiller recherche désespérément des médecins

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Le secteur du Florival, dans le Haut-Rhin, souffre d’une pénurie de médecins. Les structures médicales, récemment créées pour attirer les médecins généralistes, n'ont pas remporté le succès escompté.

C’est une belle vallée, agréable à vivre, avec tout ce qu’il faut pour s’y installer. Les élus locaux martèlent ce message depuis des mois, voire des années. Et pourtant. Le Florival (voir carte plus bas), l’autre nom de la vallée de la Lauch, n’arrive pas à attirer de nouveaux médecins.

 A Guebwiller, les quelques 12.000 habitants ne peuvent compter que sur quatre médecins encore en exercice, soit un médecin pour 4.000 patients. Un taux largement inférieur à celui du Haut-Rhin, qui se situe aux alentours de un pour 750 (140 médecins pour 100.000 habitants selon les chiffres du conseil de l’Ordre des médecins).

Opération attraction à Guebwiller

Pour recruter de jeunes généralistes, l’adjointe au maire déléguée aux actions solidaires, Hélène Cornec, dit ne pas ménager ses efforts : "Je suis allée à deux reprises, avec un représentant de la MSA (mutuelle sociale agricole), à la rencontre des jeunes diplômés de la faculté de médecine, à Strasbourg, pour leur présenter le centre de santé du Florival".  

La structure toute nouvelle, portée par la ville et gérée par la MSA, doit abriter des médecins généralistes salariés, une formule censée attirer les jeunes médecins. Mais pour l'instant les candidats ne se sont pas bousculés au portillon du centre de santé. "Les jeunes ne sont pas forcément prêts à s’installer. Beaucoup préfèrent faire des remplacements pour commencer, certains veulent souffler un peu après des études très longues", explique Hélène Cornec.

Même le pôle médical libéral ouvert par le médecin Denis Kuentz au centre-ville a du mal à recruter.

La seule perspective d’évolution positive à court terme se dessine grâce à l’arrivée d’une stagiaire. Un médecin local a accepté de devenir maître de stage et un logement meublé est mis à sa disposition. "La ville met tout en œuvre pour accueillir les stagiaires dans les meilleures conditions", affirme l’adjointe, prête à faire tous les efforts pour rendre sa ville attractive.

Des élus mobilisés

Plus haut dans la vallée, Il y a un an, le 16 janvier 2021, les élus et les habitants du Haut-Florival manifestaient pour sommer les pouvoirs publics de les aider face à la pénurie de médecins. Les communes avaient même conçu une campagne de communication pour vanter les mérites de la vie à la campagne, comme en témoigne ce clip ci-dessous publié sur les réseaux sociaux.

C'est que la situation devenait urgente. Sur le secteur de Buhl et de Lautenbach, un bassin de population de 7500 habitants, il n’y avait alors plus qu'un seul médecin actif. Le Docteur Anne Schreiber, médecin généraliste à Buhl, déclarait à une équipe de France 3 lors de la manifestation, "devoir se débrouiller comme elle peut et répondre aux besoins des patients dans la limite du possible". La plupart d’entre eux, étant obligés de consulter dans les communes voisines, d’aller aux urgences ou de reporter leur prise en charge.  

Deux nouveaux médecins arrivés en janvier

Les efforts ont, semble-t-il, fini par payer. Tout récemment, au début du mois de janvier, un médecin généraliste s’est installé à Buhl, au centre médical. Le nouveau médecin, Philippe Millet, n’aura pas à chômer: avec le retard accumulé, les consultations devraient largement remplir son calendrier dans les semaines et les mois à venir. Pour ce médecin expérimenté de 51 ans, ces grosses journées de travail font partie du job: "Dans le Pas-de-Calais, d'où je viens, il n'était pas rare de commencer à 6h30 et de finir à 20h".

Un peu plus bas dans la vallée, le docteur Hélène Maginot, qui exerce depuis 2013, a rallié la maison de santé de Merxheim, à peu près à la même date, le 3 janvier. Après plusieurs mois de réflexion, la jeune femme a décidé de quitter son poste de médecin salariée à Ensisheim, la commune voisine: "Les locaux à Merxheim me plaisent, ils sont bien adaptés à la patientèle et je m’entends bien avec les collègues que je connais depuis sept ans".

S’installer à plusieurs est primordial selon elle. "Commencer tout seul, sans expérience, c’est rébarbatif et compliqué. Les jeunes médecins ont besoin d’être soutenus et encadrés à leur début"

Ce que confirme le président du conseil de département de l’Ordre des médecins du Haut-Rhin, Jean-François Cerfon: "Les jeunes médecins ne s’installent plus, ou rarement, dans les cabinets tout seul. Ils cherchent plutôt à être regroupés." A cela s'ajoute une baisse du nombre de médecins généralistes: "C’est une situation préoccupante pour l’ensemble de la médecine générale. Sur les dix dernières années on a perdu dix pour cent de médecins généralistes au niveau national".

C’est une conséquence, notamment, du numerus clausus, dont les élus réclament une hausse. A la pénurie structurelle de médecin s'ajoute le problème d'attractivité du territoire dans le secteur de Guebwiller et les communes de la vallée. Le défi à relever pour juguler la désertification médicale promet d'être long et ardu.