VIDÉO. "Le Covid m'a tué", le dernier commerce de ce village du Haut-Rhin ferme ses portes

Publié le
Écrit par Flavien Gagnepain .

À Niederhergheim (Haut-Rhin), la boucherie familiale que tient Francis Mann va bientôt baisser le rideau. La crise sanitaire a précipité la décision de ce boucher, qui n'a pas trouvé de repreneur. Le village perd ainsi son dernier commerce.

Au sud de Colmar, la petite commune de Niederhergheim perd son seul commerce de proximité. Le boucher du centre du village Francis Mann ferme son entreprise, faute de repreneur. Une décision difficile, rendue inévitable par le Covid.

"Merci, et bonne retraite!". En ce début de novembre 2022, les visites de clients à la boucherie ont un ton d'au revoir, d'adieu même. D'ici quelques jours, les 1.000 habitants de Niederhergheim vont perdre un commerce qu'ils auront connu toute leur vie.

C'est en 1931 que les grands-parents de Francis Mann ouvrent cette boucherie, en face de l'église du village. Une aventure qui aura duré 89 ans, pas plus : "Personne ne reprend, pour plusieurs raisons. D'abord, les normes sont trop importantes. Ensuite, si je veux revendre, ça serait à un prix qui serait très bas. Et j'ai décidé de ne pas vendre à un prix si faible."

On n'a pas eu d'aides de l'État. Ils ont parlé de "quoi qu'il en coûte", mais ce n'est pas vrai.

Francis Mann

Boucher à Niederhergheim

Derrière son comptoir, tablier noir rayé autour du cou, le boucher accuse le coup : "Forcément, ça fait mal au cœur. Je pourrais continuer jusqu'à 90 ans pour qu'il y ait un commerce dans le village." Mais les choses se sont accélérées en 2020.

"Le Covid m'a un petit peu tué, et m'a pris toute ma trésorerie. On n'a pas eu d'aides de l'État. Ils ont parlé de 'quoi qu'il en coûte', mais ce n'est pas vrai. Des entreprises n'ont rien reçu comme moi, et sûrement plusieurs autres petites entreprises aussi", se désole Francis Mann.

Le futur retraité ne comprend pas pourquoi il n'a pas bénéficié d'aides : "Aucune petite structure comme nous qui perd 120.000 euros de chiffre d'affaires en l'espace de neuf mois ne peut survivre sans aide. Je trouve ça vraiment regrettable. Parce que sans le Covid, j'aurais pu continuer."

En effet, le boucher comptait partir à la retraite à 62 ans. Ce sera deux ans plus tôt : "Dans les conditions actuelles, ce n'est pas possible. Quand vous avez une perte de pratiquement 50.000 euros la première année, puis de 30.000 l'année suivante, vous ne pouvez pas suivre. Plus personne ne faisait plus rien, donc notre activité de traiteur a été stoppée. C'était notre plus grande source de revenus."

J'ai quand même passé 45 ans de ma vie derrière ce comptoir.

Francis Mann

Boucher à Niederhergheim

Francis Mann voit la fin de son activité s'approcher, lui qui travaille depuis l'âge de 14 ans : "Le moment où je vais fermer cette porte pour de bon, forcément ça me travaille. J'ai quand même passé 45 ans de ma vie derrière ce comptoir, d'abord avec mes parents puis tout seul."

Des clients obligés de s'adapter

Pour les clients, la nouvelle est accueillie avec émotion : "Ça fait mal au cœur, confie l'une d'elles. J'avais l'habitude de venir régulièrement ! Ça va forcément nous manquer. Maintenant, il faudra prendre la voiture..."

"J'habite à deux pas, c'était bien pratique de venir chez monsieur Mann. Je vais regretter la boucherie. Donc désormais j'irai à Colmar, ou à Sainte-Croix-en-Plaine", explique une habituée.

De son côté, Francis Mann espère tout de même qu'un miracle arrive : "On verra d'ici quelques temps, si les conjonctures sont meilleures, si quelqu'un se manifeste...", lâche-t-il sans grande conviction.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité