Charles de Gaulle en NFT : les produits dérivés désormais dématérialisés

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Ce mercredi 20 avril 2022, on s’étonnait de voir apparaître une NFT représentant Charles de Gaulle sur Twitter. On vous explique ce qu’est une NFT, une œuvre numérique dématérialisée, la valeur de celle-ci et ce qu’elle pourrait éventuellement devenir.

Autrefois, les produits dérivés autour du personnage du général de Gaulle étaient matériels : tirs-bouchons, casse-noix, chausse-pieds, cloches, et même boîte de "Vache qui rit". Aujourd’hui, internet a pris le relai et les "objets" sont désormais dématérialisés.


Des collections complètes de NFT représentant le général de Gaulle, dont un portrait actuellement aux enchères, qui pourrait être vendu au minimum 4 300 dollars. Pas vraiment une surprise pour les spécialistes.

"Je n’étais pas vraiment étonnée de voir apparaître une NFT Charles de Gaulle, on en entend de plus en plus parler. Et de Gaulle est cité quasiment tous les jours sur les réseaux sociaux, et je ne parle pas des citations par les hommes et femmes politiques. Son nom a été prononcé trois ou quatre fois pendant le débat d’entre deux tours ce mercredi 20 avril. Florian Philippot a même une coque d’iPhone à l’effigie du Général," détaille Diane de Vignemont, historienne connue sur les réseaux sociaux pour sa spécialisation sur les questions ayant trait à de Gaulle.

"Il y a des bots sur Twitter qui reprennent les actualités du quotidien en inspirant des mots de François Fillon : « Peut-on imaginer le général de Gaulle… » À toutes les sauces. On a fait de De Gaulle une figure dématérialisée très présente dans le monde d’aujourd’hui sur Internet. Tout simplement, car il est facile de s’en dire proche soit en tant que gaulliste, soit en tant que gaullien. Donc soit en s’appuyant sur ses convictions politiques et son œuvre, soit en s’appuyant sur sa personnalité (son franc parlé, son amour pour la France, etc) et l’année De Gaulle n’a fait qu’augmenter sa présence dans notre vie quotidienne," rajoute-t-elle.

Qu'est ce qu'une NFT ? 

Concernant l’apparition de NFT (Non-Fungible Token, en français : jeton non-fongible) Diane de Vignemont s’y attendait depuis quelque temps. Mais peut-être ne savez vous pas précisément ce qu’est une NFT concrètement.

Hellmouth Banner, rédacteur en chef du Journal du Coin, nous a accordé un entretien pour nous éclairer au mieux sur cette tendance.

"Une NFT, c’est une œuvre dématérialisée présente sur la Blockchain. Qu’est-ce que la Blockchain ? C’est une technologie qui permet de stocker et de transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. Les œuvres d’art en NFT ont donc une authentification forte impossible à remettre en question. Le plus souvent, elles sont assorties à des privilèges comme des invitations à des soirées privées par exemple ou encore la possibilité d’acquérir les œuvres matérielles auxquelles elles sont parfois rattachées," explique Hellmouth Banner.

Les NFT ont fait leur apparition dans la continuité de l’apparition des cryptomonnaies. Très décrié, leur système de fonctionnement est surtout : "Méconnu" d’après le rédacteur en chef du Journal du Coin.

"Les NFT, la Blockchain et les cryptomonnaies font peur aux gens actuellement. Elles sont associées systématiquement au dark web, aux trafics, aux blanchiments d’argent. Ce qui est concrètement faux puisque toutes les transactions financières sont traçables d’un bout à l’autre. Et l’argent le plus utilisé pour les différents trafics reste le dollar," détaille-t-il.


Cette peur est légitime pour quelqu’un de non-renseigné. Elle a été connue à chaque étape d’internet.

Hellmouth Banner - Rédacteur en chef du Journal du Coin

Avant d’ajouter : "Les NFT font partie de ce qu’on appelle le web 3. Une nouvelle façon de consommer Internet. Mais lorsque dans les années 90 internet est apparu, les peurs étaient exactement les mêmes. Dans les médias, on prévenait des dangers d’Internet, on parlait de "réseau des réseaux" qui finançait la criminalité, permettait aux trafiquants et aux pédocriminels de sévir. Le côté "outil d’information" était totalement laissé de côté. Ce n’est qu’à l’usage que le web 1 a été reconnu comme utile possédant des dérives, certes. Mais des dérives qui ne concernaient absolument pas la majorité de ses utilisateurs."

Ensuite, est arrivé le web 2 avec l’apparition des réseaux sociaux : "A leurs débuts, c’était pareil, on critiquait. Les gens se targuaient d’avoir des amis dans la vraie vie et de ne pas avoir besoin d’un écran pour les voir. On avançait l’argument qu’on pouvait déjà s’envoyer des mails. Beaucoup ne croyaient pas à leur développement. Aujourd’hui, les gens qui ne possèdent pas de réseau social ne sont pas nombreux. Les créateurs des plateformes comme Facebook, Twitter, etc sont devenus des géants digitaux et économiques."

Se réapproprier ses données ? 

Et c’est justement l’aspect économique d’Internet qui conduit à l’émergence du web 3 dont font partie les NFT : "Aujourd’hui, les données des gens, ce qu’ils consomment sur Internet, leurs photos, leurs publications ne leur appartiennent plus. Toutes les datas sont détenus par les géants économiques d’Internet. Le plagiat est d’autant plus simple que tout ou presque est en libre-service. C’est pour récupérer une forme de liberté, la possession de ses droits d’auteur que cette nouvelle façon de consommer Internet peut être intéressante."

Concernant la création de NFT autour de De Gaulle, Hellmouth Banner et Hardisk, influenceur spécialiste en cryptomonnaies ne sont pas surpris de leur émergence.

"Aujourd’hui, on trouve tout et n’importe quoi en terme de NFT. Il faut donc se montrer prudent. Et se renseigner sur la source à l’origine de l’œuvre. S’il s’agit d’un simple portrait de De Gaulle ou un filtre croquis a été ajouté, ou un dessin rapide effectuer sur un coin de table. La valeur de l’œuvre ne sera pas forcément importante. C’est comme dans le monde l’art matériel en somme", explique Hardisk, influenceur tech et crypto.

Même discours chez Hellmouth Banner qui rajoute : "Aujourd’hui, 90 % des NFT qui sortent, n’auront pas de valeurs dans quelques mois et finiront peut-être même à la poubelle, y compris celle du portrait de De Gaulle. Ce qui pourrait être intéressant en revanche concernant le Grand Charles, c’est qu’un jour le mémorial de Colombey-les-Deux-Églises sorte des NFT, comme certains musées le font en France et dans le monde. Les musées manquent de revenus. Si sur une exposition qui va sortir, le mémorial crée une série de 20 NFT. Cela peut créer une rentrée d’argent immédiate, mais aussi future. On a vu des artistes et des musées créent des événements privés où seuls les possesseurs de NFT étaient conviés. Ils continuent alors d’investir et cela devient un cercle vertueux."

Concernant l’œuvre numérique représentant De Gaulle actuellement aux enchères à 1,444 ethereum (une cryptomonnaiesoit 4 340 dollars, le spécialiste en cryptomonnaie reste septique et appelle à la prudence l’éventuel acheteur. Mais ne serait pas surpris que d’autres portraits du Général fleurissent sur les sites de vente de NFT.