Grève du 5 décembre : en Haute-Marne, “beaucoup font grève pour la première fois”

Les manifestants contre la réforme des retraites se sont retrouvés à 15 h devant la mairie de Chaumont ce jeudi. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne
Les manifestants contre la réforme des retraites se sont retrouvés à 15 h devant la mairie de Chaumont ce jeudi. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne

Plusieurs centaines de manifestants sont descendus dans la rue ce jeudi 5 décembre en Haute-Marne. Des rassemblements étaient organisés à Langres, Chalindrey et Chaumont avant un dernier rendez-vous à 17 h à Saint-Dizier. Ils espèrent maintenant que le mouvement va durer dans le temps.

Par Maxime Meyer

Ils se sont donné rendez-vous à Chaumont dès 6 h 30 ce jeudi 5 décembre, malgré le froid et le brouillard. Ils sont une petite dizaine aux abords du square Boulingrin, autour d’un rond-point, pour accueillir les automobilistes avec leurs tracts syndicaux. Ces militants de la CGT, de Force Ouvrière et de la FSU sont déjà convaincus que cette journée de mobilisation sera réussie. 

« Les automobilistes sont plutôt contents de nous voir dans l’ensemble. On sent de l’adhésion à notre mouvement, explique Amandine Verger, professeur de français au collège Louise Michel de Chaumont et secrétaire départementale de la CGT Éducation. L’avenir de nos retraites inquiète les gens. On en a rencontré beaucoup qui nous disent faire la grève pour la première fois. Le mouvement est en train de prendre. »
 
Ce matin, des barrages filtrants ont été installées à différentes entrées de la ville de Chaumont. L'occasion pour les grévistes de distribuer leurs tracts. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne
Ce matin, des barrages filtrants ont été installées à différentes entrées de la ville de Chaumont. L'occasion pour les grévistes de distribuer leurs tracts. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne

À Chalindrey, les cheminots se sont installés très tôt, eux aussi, devant l’entrée des ateliers SNCF. Ce jeudi, comme attendu, la grève est massive parmi les agents du rail. « Au niveau conduite, au niveau contrôleurs, dans les postes d’aiguillage, à l’escale, il n'y a aucun agent qui travaille, détaille Michel Blanchon, secrétaire de la CGT pour les cheminots de Chalindrey. On se bat contre la réforme des retraites mais aussi contre ce que subissent les cheminots depuis des années. Ils préparaient l’entreprise à la privatisation et ça ne peut pas continuer comme ça. Le mal-être est très profond pour tous les salariés. Il faut revenir à un vrai service public ».
 
Michel Blanchon (CGT) et Maxime Gerosa (Sud Rail) représentent l'intersyndicale des cheminots en grève à Chalindrey. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne
Michel Blanchon (CGT) et Maxime Gerosa (Sud Rail) représentent l'intersyndicale des cheminots en grève à Chalindrey. / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne


On a des missions essentielles, des responsabilités, on transporte des voyageurs. C’est compliqué de me dire qu’à 60 ans je serai encore là, à me lever à 4 h du matin… C’est pas simple.
- Maxime Gerosa, militant Sud Rail


À ses côtés, près du feu de bois entretenu par les grévistes, Maxime Gerosa du syndicat Sud Rail tient le même discours. « On vit une époque difficile, on a subi beaucoup de réformes à la SNCF depuis de nombreuses années. On n’écoute pas les remontées de la base, on n'écoute que les financiers. Les agents vivent mal. Là, c’est la réforme des retraites, il y a eu les allocations chômage aussi… ça fait beaucoup de choses. Quand je suis rentré à la SNCF, je devais sortir à 50 ans. Maintenant, je vais devoir sortir à 61, 62 ans. On a des missions essentielles, des responsabilités, on transporte des voyageurs. C’est compliqué de me dire qu’à 60 ans je serai encore là, à me lever à 4 h du matin… C’est pas simple. »
 

« C’est une remise en cause du contrat dans lequel on s’était engagé »


À 11 h, les syndicats du sud de la Haute-Marne avaient appelé à un rassemblement à Langres. Le cortège s’est réuni place Bel Air avant de se rendre place Diderot, à quelques mètres du collège. C’est ici que Jean-Luc Cornesse, secrétaire adjoint du syndicat SNES-FSU, enseigne les sciences économiques et sociales. 

« Cette réforme des retraites ne se basera plus sur les six derniers mois d’activité mais sur l’ensemble de notre carrière. C’est une remise en cause du contrat dans lequel on s’était engagé. On pouvait éventuellement accepter une rémunération très faible en début de carrière, mais pour terminer avec une rémunération plus décente pour la retraite et la fin de carrière. Il y a des enseignants qui ont 20 ou 30 ans de carrière et qui aujourd’hui font grève et manifestent, et ça c’est du jamais-vu à Langres, où les enseignants se mobilisent peu habituellement. »
 
Slogans, discours et soupe populaire ce matin à Langres / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne
Slogans, discours et soupe populaire ce matin à Langres / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne


200 personnes se sont mobilisées à Langres et les manifestants sont encore beaucoup plus nombreux en début d’après-midi à Chaumont. Devant la mairie, des représentants de tous les syndicats grévistes, quelques gilets jaunes et des salariés venus les soutenir. Le cas de Didier Blanchet, conducteur de car à Chaumont. « Je travaille aujourd’hui, mais je suis solidaire avec eux. Il y a un ras-le-bol de tout. Le pouvoir d’achat qui baisse, le gaz, l’électricité, l’essence qui augmentent. Je ne sais pas si il faut tout rebloquer comme l’an dernier mais le gouvernement aurait pu prévoir et écouter les manifestants plus tôt. » Un peu plus loin, Marie-Jeanne Jeandon, agent du Centre hospitalier de Haute-Marne et militante à la CGT, veut aller jusqu’au bout. « Il faut que ça dure. Il faut que le gouvernement comprenne qu’on en a ras-le-bol. On ne baissera pas les bras là ».
 
Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Chaumont ce jeudi 5 décembre / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne
Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues de Chaumont ce jeudi 5 décembre / © Maxime Meyer, France 3 Champagne-Ardenne


Faire durer le mouvement, c’est toute l’ambition des syndicats descendus dans la rue ce jeudi 5 décembre. Demain, vendredi, à Chaumont, une assemblée générale sera ouverte à tous dès 17 h pour organiser la suite de la mobilisation.
 

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