Interdiction des encres colorées dans les tatouages : pourquoi les professionnels et les clients s’insurgent

La fin d’année approche et avec elle, l'interdiction pour les tatoueurs d’utiliser certaines encres colorées pour cause de "toxicité de certains addictifs et pigments présents dans la composition des encres". Une hérésie, d’après le syndicat national des artistes tatoueurs et de nombreux tatoués.

Les mouvements sont nombreux sur les réseaux sociaux, du côté des artistes tatoueurs comme des tatoués, depuis les annonces de la future interdiction par l'Union européenne, de certaines encres colorées dont plusieurs rouges, jaunes et oranges à partir du 4 janvier 2022, puis les pigments bleu et vert à partir de janvier 2023. Ce qui réduirait fortement la palette de couleurs utilisées par les artistes tatoueurs. Et ce qui signifierait pour certains la cessation de leur activité.


En Haute-Marne, les tatoueurs n’échappent pas à la règle et manifestent leurs désaccords face à ces décisions qu’ils estiment prises : "par des personnes sans compétences dans le domaine du tatouage."

"Le tatouage existe depuis la nuit des temps 
(Ndlr : les premiers tatouages connus datent de 5.300 ans avant Jésus Christ et ont été découvert dans la glace par des archéologues, sur les corps momifiés d’anciennes tribus.) Aujourd’hui, et encore plus dans les pays de l'Union Européenne, les normes sanitaires autour du tatouage sont extrêmement développées. Les trois-quarts des encres utilisées aux Etats-Unis sont interdites chez nous par exemple, et pour quelques risques d’allergie, on veut nous interdire d’utiliser certains pigments. Ça n’a pas de sens ! Au vu du nombre de personnes tatouées et les allergies dénombrées, cette mesure est disproportionnée", explique David D'sign Tattoo, basé à Saint-Dizier en Haute-Marne.

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D’après les chercheurs missionnés par la Commission européenne, et notamment concernant les pigments verts et bleus, les risques ne se limiteraient pas à quelques allergies, mais pourraient provoquer des cancers. Un argument que réfute David D'sign Tattoo : "Il n’y a aucune preuve scientifique qui lie l’utilisation de ces pigments avec le développement de cancers chez les personnes tatouées!"

Un argument avancé également par le SNAT (Syndicat National des Artistes Tatoueurs) qui se base lui-même sur les réponses données par la commission européenne le 23 mars 2021. En effet, suite à l’annonce de l’interdiction de l’utilisation de certains pigments, une pétition a été lancée au niveau européen pour le maintien de ces couleurs dans la palette des différents tatoueurs.


Plus de 50.000 personnes l’avaient signée à l’époque. De quoi interpeller l’institution qui avait alors convié les pétitionnaires à s’exprimer sur la question. Le chimiste allemand Michael Dirjs et le tatoueur autrichien Erich Mähnert ont échangé avec les commissaires et suite à plus de 35 minutes de débat, il n’était pas possible pour les commissaires de prouver la dangerosité des pigments vert et bleu, comme il était impossible pour les tatoueurs de prouver leur caractère inoffensif. "Il s’agit de mesures de prévention pour protéger le consommateur", avaient expliqué les commissaires en charge du dossier.


"Si ces interdictions passent, cela ne changera absolument rien à l’envie de la population de se faire tatouer. Il y a de plus en plus de tatoués, ils iront juste se faire tatouer de façon tout à fait illégale par des gens malhonnêtes qui se procureront les encres de façon toute aussi illégale. Ou qui les achèteront sur Amazon et Wish, puisque c’est la mode chez certains de commander des encres de mauvaise qualité sur ces sites, elles sont moins chères et aussi moins vérifiées. Finalement, cette interdiction ne protégera pas le consommateur, elle le rendra plus à même de faire les choses mal et de prendre des risque pour sa santé" s’insurge David D'sign Tattoo.

Tatoueurs désemparés


L’artiste de Saint-Dizier constate déjà une augmentation du nombre de cover dans son shop. Soit de tatouages recouverts par ses soins ou par ceux de ses collaborateurs. "La vente de matériel et d’encres, sur des sites de grandes distributions donne lieu à des désastres d’amateurs, qui tatouent sur une table de cuisine sans respecter les règles d’hygiène. Prohiber l’utilisation de certaines encres ne fera que faire augmenter ce type de dérives dans le milieu du tatouage", déplore-t-il.

Mis à mal par la crise sanitaire, de nombreux tatoueurs se sentent désemparés face à ces mesures de prévention de la Commission européenne. Dans des territoires ruraux comme la Haute-Marne, les shops sont rares et leur survie ne serait pas assuréé en cas d’applications de cette règle. "Nous serions encore plus limités en terme de création si une partie de notre palette de couleurs nous était enlevée", conclue David D'sign Tattoo.

Suite au débat du 23 mars 2021, la Commission européenne a laissé la pétition pour le maintien de ces couleurs ouverte, face au succès qu’elle avait déjà rencontrée. À la date du 7 octobre 2021, elle rassemblait plus de 112.000 signatures, un chiffre important pour un tel sujet. Le SNAT comme les artistes tatoueurs de Haute-Marne et d’ailleurs, se mobilisent à l’unisson pour appeler les tatoués à signer et partager cette pétition, dans l’espoir de ne pas perdre pour certains, leur fonds de commerce. 

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