Ils ont changé de vie : en Alsace, deux frères, directeur administratif et banquier, ont créé une bambuseraie

Deux frères alsaciens, l'un directeur administratif et financier, l'autre banquier, ont changé de vie. Ils se sont lancés dans la création d'une entreprise plutôt originale en Alsace : le bambou. Et ils en sont heureux.

Pierre et Marc Steinmetz dans leur bambuseraie à Mommenheim dans le Bas-Rhin.
Pierre et Marc Steinmetz dans leur bambuseraie à Mommenheim dans le Bas-Rhin. © Thomas Kuchel /Atelier Thomas K

Ils voulaient une vie plus … zen et ils l’ont trouvée tous les deux. « Tout en travaillant parfois beaucoup plus qu’auparavant» assure Marc Huber Steinmetz, « sauf que là, ce n’est plus pour un  patron, mais pour nos clients et nous-mêmes. Et ça change tout. » Aujourd’hui Marc et son frère Pierre ont la plus grande pépinière de bambous décoratifs de France, à Mommenheim, dans un village à 20 kilomètres de Strasbourg, et ils sont devenus une référence dans le domaine.

Les frères Steinmetz n'ont rien d'hurluberlus, mais ils ont osé se lancer dans une aventure un chouia insolite en plaine d'Alsace. Il y a une douzaine d'année, ils avaient chacun un métier bien payé à des postes de cadres. Pierre était chargé de clientèle grands comptes dans une banque, Marc était directeur administratif et financier pour un grand groupe allemand. Chacun se sentait pourtant à un moment charnière de sa vie professionnelle. Pierre se souvient : « J’avais un bon poste, mais cette escalade pour réussir à progresser et monter en grade, je n’y trouvais pas mon compte ». Marc, lui, a compris que le groupe qui l’employait allait se séparer de certains secteurs d’activités, dont les siens. Dès qu'il s'est retrouvé au chômage, il s'est lancé dans la création de sa propre entreprise. Il y a en fait trouvé l'occasion de devenir indépendant.

Capter l’air du temps et saisir la bonne occasion

Bien avant de penser au bambou, Pierre participait pendant ses loisirs, à des bourses aux disques et aux livres. « En 2005, j’ai fait un grand salon à Strasbourg. J'étais frappé par le nombre important de bd japonaises, les mangas. A l'époque, je m’intéressais déjà aux cosplay, ces fêtes où on se costume en personnage de mangas. A ce moment-là j’ai compris l’attrait grandissant pour la culture asiatique, et je me dis qu’il fallait que je trouve un créneau dans ce domaine.»

Peu de temps après il est parti faire un voyage en Chine, où il a découvert les forêts de  bambou et leur exceptionnelle vitesse de croissance. En rentrant, il en a parlé à son frère Marc. Ils se sont renseignés, ont compris qu’il y avait une demande en Alsace, mais pas d’offre. Ils ont fait le tour des quelques plantations de bambous existant en Europe, ont appris à connaitre la plante, ses exigences, ses besoins et ils se sont lancés. D’abord dans la vente par correspondance.

« On a procédé à l’envers de ce que font les autres entreprises en général » explique Marc dont la vente par correspondance était une des spécialités «d’abord on a tout fait sur le web et ça marchait bien, mais les clients voulaient voir le produit avant de l’acheter. J’ai alors sacrifié mon verger à côté de ma maison, et au bout d’un an et demi, on a décidé d’ouvrir un vrai lieu de vente. »

Dix ans plus tard, ils les vendent, mais les cultivent aussi et sont devenus des spécialistes du bambou non traçant (qui n’envahit pas tout).

Ils ont créé un jardin d'exposition suite à la demande des clients qui souhaitent voir les bambous sur pied.
Ils ont créé un jardin d'exposition suite à la demande des clients qui souhaitent voir les bambous sur pied. © Thomas Kuchel / Atelier Thomas K

« On n’a jamais regretté notre choix »

Conseil et services sont devenus les maîtres mots des deux frères dans leur entreprise de bambous made in Alsace. « Nous aidons les clients à choisir la bonne variété, qui correspond au terrain et à l'espace dont ils disposent. Ils viennent pour avoir un beau jardin, une clôture qui les sépare visuellement des voisins. Ils arrivent avec des problèmes et des questions et ils repartent avec des solutions et une idée précise de ce qu’ils veulent faire, ça les rend heureux et nous aussi.»

Aujourd’hui dans leur village de Mommenheim, Marc et Pierre couvrent 40 ares avec leur pépinière, serres chaudes et le jardin de présentation pour le public, qui peut s'y projeter et voir comment rend le bambou, une fois qu'il a grandi. Ils vendent une cinquantaine d'espèces de bambous sur toute la France et même ponctuellement la Belgique, le Luxembourg la Suisse et l'Allemagne.

Des conseils pour ceux qui voudraient se lancer?

« Il faut vraiment aimer ce dans quoi on va se lancer » avertit Marc, « car s’il y a des aspects très agréables dans une nouvelle entreprise, il y a aussi forcément ce que l’on aime moins faire. Il faut être prêt à travailler beaucoup et vraiment tenir compte du client. Le relationnel demande des efforts dans certains cas, mais la satisfaction est grande quand on réussit à rendre les gens heureux. »

« Quand j’étais chargé d’affaires auprès des chefs d’entreprises, je les voyais faire et ça m’a donné envie de me lancer aussi.» raconte Pierre. « J’ai souvent posé la question aux dirigeants pour savoir comment ils avaient fait. Et 9 fois sur 10, ils n’en sont pas exactement à l’objectif de départ ; mais en se lançant, ils ont découvert d’autres opportunités et alors il faut avoir l’esprit ouvert et savoir les saisir. »

Certains leur disent parfois que ça a dû être facile pour eux, parce que l’un était déjà spécialisé dans la vente en ligne et l’autre banquier. S’ils ont exploité leurs acquis, ils ont quand-même dû tout apprendre, assurent-ils tous les deux.

Et le covid dans tout cela ?

« Au début, quand les jardineries et magasins de plantes ont dû fermer, on a eu peur de ne pas y arriver. Fin mai, on déprimait.» se souvient Marc « Heureusement nous étions équipés avec notre site de vente en ligne. J'ai donc fait du "click et livraison" et ça nous a tiré d'affaire, jusqu'à ce que nous puissions rouvrir. Notre site internet nous a sauvé.» assure Marc Huber Steinmetz. Et finalement le confinement a donné des idées à beaucoup de monde. Ce qui a tout changé pour les producteurs de bambous de Momenheim.  «Comme tous les Français, les Alsaciens qui ont un jardin ou une terrasse, ont voulu embellir leur maison, où ils passaient plus de temps que jamais auparavant. Ils se font construire des piscines et ont besoin de brise-vue. le bambou qui pousse de trois à quatre mètres en trois-quatre ans  est idéal pour cela. Alors les commandes ont afflué et il fallait être partout à la fois. C'était de la folie. Fin 2020 nous a permis de rattraper le retard du début d'année. Et début 2021 est encourageant.» 

Pierre et Marc ont changé de vie quasiment au même moment, il y a une douzaine d'année aujourd'hui. Ils ont fait ce pas auquel beaucoup rêvent. Ils avaient besoin de vivre autrement, donner un sens à leur investissement et être reconnus pour cela. Ils ont senti, et su répondre avec un seul produit, à des besoins renforcés récemment dans nos sociétés : le besoin d'immédiateté, de conseil et de service, l'envie d'être bien chez soi, et la recherche d'un environnement plus zen. 

 

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