Hésope, Hébergeurs solidaires et parrains engagés de Châlons–en-Champagne : un canapé vaut mieux que la rue

L’association Hésope est née en novembre 2018 à Châlons-en-Champagne. Son objectif : porter assistance aux jeunes mineurs et majeurs étrangers isolés sous la forme d’un parrainage ou d’un hébergement solidaire... pour ne plus voir dormir à la rue ces jeunes sans familles.

Shérif considère Enguerrand, 7 ans, comme son petit frère.
Shérif considère Enguerrand, 7 ans, comme son petit frère. © Document remis

"Avec mon mari, on y pensait depuis assez longtemps, explique Léa Rémy, présidente de l'association Hésope. C’est le conflit en Syrie qui a déclenché tout cela. On voyait ces familles syriennes arrivées sans rien, sans accueil. Nous avons cherché comment nous pouvions faire pour accueillir et en fait c’était très compliqué. Nous ne savions pas où chercher, à qui nous adresser. Le peu que nous ayons trouvé ce sont des associations à Paris, mais elles demandaient des conditions très particulières. Nous n’étions pas du tout dans les clous". Léa et Arnaud son mari laissent alors tomber. Et un beau jour la presse locale relaye l’histoire de Shérif, jeune égyptien, à la rue depuis ses 18 ans. Le couple compose le numéro de portable qui était celui de Marie-Pierre Barrière, membre du réseau éducation sans frontières RESF de la Marne.

"Les conditions d’hébergement étaient moins strictes, poursuit Léa. Les gamins, ils préfèrent même dormir par terre sur un tapis dans le salon que dans la rue…" Léa, son mari et leurs trois enfants n’ont pas de chambre individuelle à proposer à Shérif mais un accueil chaleureux. "On a trois enfants qui n’ont déjà que deux chambres pour trois. Un ado que nous avons laissé tout seul. Et puis les deux plus jeunes qui ont partagé leur chambre avec Shérif"

Hésope permet le retour au sein d’une famille

Il a suffi d’un coup de fil à Léa pour pouvoir enfin venir en aide à une personne démunie. Alors en créant l’association Hésope ce fut l’idée.

Les gens, s’ils veulent héberger, il suffit d’appeler ou d’envoyer un mail et dire moi je veux. Voilà c’est facile. Parce que nous, nous avons vraiment galéré avant d’aider Shérif.

Léa Rémy, présidente de l'association Hésope

L'association Hésope est donc créée en novembre 2018 quelques mois après la fin du délit de solidarité. Le 6 juillet 2018, le Conseil Constitutionnel décide que venir en aide à un migrant n’est plus punissable par la loi et reconnaît même le principe de fraternité. Les hébergeurs solidaires existent depuis quelques années dans la région marnaise. Là, ils peuvent enfin se constituer en association pour être plus forts et venir en aide plus efficacement auprès des jeunes étrangers isolés. Leur permettre de retrouver une vie de famille et ainsi préserver leurs droits et leur intégrité. "C’est la première chose que nous avions mis dans nos fascicules de présentation au moment de la création de l’association, précise encore Léa. Héberger une personne exilée n’était plus un délit, nous n’étions pas hors-la-loi et il ne fallait pas que les gens aient peur de cela".

Hésope est aussi née de l’engagement, depuis de nombreuses années, de Marie-Pierre Barrière, membre du réseau éducation sans frontière de la Marne. "Tout part de Marie-Pierre. Elle avait cette idée de créer une association qui fédérerait les hébergeurs pour essayer d’élargir le réseau, raconte Léa". Ils sont un petit groupe à adhérer au projet. Léa devient donc la présidente mais "nous avons décidé d’avoir un fonctionnement collégial car nous ne sommes pas du tout des professionnels du secteur. Aujourd’hui Marie-Pierre connaît les jeunes, leurs besoins. Elle nous contacte et on essaye de trouver des nouveaux parrains, marraines ou de nouveaux hébergeurs. C’est un lien indissociable". 

La famille, un socle pour se construire

Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine de jeunes étrangers mineurs ou majeurs à être parrainés ou hébergés grâce à Hésope. Une quarantaine de parrainages sont en cours et 20 familles d’accueil reçoivent, à leur domicile, ces exilés en manque de repères familiaux. Certains sont déboutés de leur demande de minorité et sortent très vite ou n’entrent jamais dans le système de prise en charge de l’aide sociale à l’enfance.

 

Très souvent les gens nous disent, je n’ai pas de place je n’ai qu’un canapé… J’ai envie de leur dire, on est mieux sur un canapé que dans la rue.

- Léa Rémy, présidente de l'association Hésope -

 

Abdel et Shérif avec Tristan, Léonore et Enguerrand, leurs frères et soeur de coeur.
Abdel et Shérif avec Tristan, Léonore et Enguerrand, leurs frères et soeur de coeur. © Document remis

 

"Shérif fait clairement partie de la famille" dit en souriant Léa. Une famille qui l’héberge depuis début 2018. S’il a été six mois à temps plein au sein du foyer, "Shérif a la bougeotte !" Il vit désormais par intermittence dans sa famille de coeur. "Il a trouvé un contrat d’apprentissage. Il est parti vivre à Paris en co-location avec un copain et revenait les week-ends et les vacances. Mais il a joué de malchance avec un patron qui ne lui faisait pas de fiche de paye et ensuite qui ne le payait plus du tout… Il a continué la partie école de son apprentissage tout en essayant de retrouver un patron, mais c’est extrêmement compliqué. Après un peu plus d’un an, il est revenu à la maison".

 

Parfois je l’entends lorsqu’il est au téléphone et que ses copains lui demandent où il est, il répond : je suis chez moi… en parlant de chez nous.

- Léa Rémy, Présidente de l'association Hésope -

 

La famille de Léa est aujourd’hui le socle, la base solide pour Shérif. Le point d’accroche familiale nécessaire pour se construire et revenir lorsque l’on en a besoin. "Je pense que c’est ça. Pour lui nous sommes sa famille d’ici. Avec les enfants, il est comme si c’était ses petits frères et sœur".

 

Parrains et marraines : un soutien moral important

Le parrainage est aussi une démarche importante. Il est demandé par les jeunes, par Abdel par exemple, le grand copain de Shérif. "A ses 18 ans il a bénéficié d’une mise à l’abri en foyer, raconte Léa. Il ne s’est jamais retrouvé à la rue. Mais il avait quand même ce besoin d’avoir un soutien, des gens qui seraient un peu sa famille quand même ici. Nous lui avons présenté des copains qui ne voulaient absolument pas héberger. Ils l'ont parrainé". Des liens forts se sont tissés entre eux. "Si Abdel se retrouvait à la rue demain, c’est une évidence qu’il irait habiter chez eux". Les parrains et les marraines ce n’est pas juste  "je t’aide en te donnant un petit billet. C’est vraiment un soutien moral important. C’est quand même des gamins qui se retrouvent isolés, loin de leurs familles et parfois ça fait du bien d’avoir quelqu’un à qui on peut confier tous ses problèmes".

Les jeunes sont souvent timides. Pas simple pour eux d’être d’emblée à l’aise. Alors aux parrains, marraines de faire l’effort d’aller vers eux, de demander des nouvelles pour que le lien se noue et la confiance avec.

 

Mais quand ça marche bien, c’est génial comme relation. Les gens qui hésitent à héberger, je leur conseillerai de commencer par parrainer et après, ça se fait tout seul.

- Léa Rémy, présidente de l'association Hésope -

 

"Je veux dire aux familles qu’il ne faut pas avoir d'appréhension à se lancer parce que nous serons là pour les épauler, prendre des nouvelles et si cela ne va pas, trouver des solutions".

 

Shérif et Abdel partagent de jolis moments avec lLéa, son mari et ses enfants... comme une seconde famille.
Shérif et Abdel partagent de jolis moments avec lLéa, son mari et ses enfants... comme une seconde famille. © Document remis

 

Un appel pour trouver des familles d’accueil

Les demandes sont là. Six à huit jeunes devenus majeurs et sans contrat jeune majeur  avec le département pourraient se retrouver sans hébergement dans un délai assez court. Et puis il y a les jeunes en apprentissage ou en études qui sont en internat pour qui des familles d’accueil de week-ends et de vacances sont recherchées. "C’est compliqué. On fonctionne beaucoup avec le bouche à oreille, explique Léa. Il y en a qui hésitent encore. Et au bout d’un moment c’est difficile. Il y a forcément des gens qui veulent le faire".

Et pas de critères particuliers "si on a envie d’accueillir, d’aider, même si c’est en mettant un matelas par terre dans le salon, les gamins sont mieux là que dans la rue", insiste la présidente de l'association. Alors les membres d’Hésope lancent un appel aux bonnes volontés. Des volontés et un engagement fort pour devenir parrains, marraines ou familles d’accueil. Voire même faire un don et adhérer à l’association. "Nous sommes une association humanitaire, reconnue d’utilité publique et nous avons le droit de faire des reçus fiscaux. Les frais engagés pour les jeunes sont aussi considérés comme des dons. Cela permet quand même un allégement de la charge financière pour les familles d’accueil".

Hésope ne vit aujourd’hui que de cotisations et de dons. "Nous avons pu payer un titre de séjour l’an dernier, payer quelques billets de train, quelques transcriptions de dossiers administratifs, des passeports. Dès que l’association peut aider et peut financer on fait le maximum, pour que cela ne soit pas un frein supplémentaire à l’hébergement".

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