Covid-19 : le rendez-vous pour la vaccination de ses parents est annulé, il saisit le Défenseur des droits

Un habitant de Paris a effectué une saisine auprès du Défenseur des droits pour lui faire part de la mauvaise expérience qu'ont vécue ses parents. Il avait fini par trouver un rendez-vous à Reims. Mais il a été annulé une fois sur place. 3 heures de route, pour rien ! Explications.

La galère d'un couple de personnes âgées pour obtenir un rendez-vous pour la vaccination. (photo d'illustration)
La galère d'un couple de personnes âgées pour obtenir un rendez-vous pour la vaccination. (photo d'illustration) © Damien Meyer - AFP

Est-ce un dysfonctionnement dans la campagne de vaccination contre la Covid-19 ? La mésaventure que vient de vivre cette famille est quelque peu désagréable. C'est pourquoi le fils d'un couple de personnes âgées qui vit en région parisienne a décidé de saisir le Défenseur des droits à la suite de cette expérience "fort désagréable", avec copie à la préfecture de la Marne et à l'agence régionale de santé.   

"Mes parents font partie des personnes à haut niveau de risque concernant la Covid, ils sont normalement prioritaires pour la vaccination", explique-t-il. Ils cochent toutes les cases : ils sont tous les deux âgés de plus de 75 ans, et la vieille dame est suivie depuis plusieurs années, avec chimiothérapie, pour un myélome qui la prive de toute défense immunitaire. "Ils observent en conséquence un strict confinement depuis le début de l'épidémie, bien évidemment", ajoute le fils.

 
Le parcours du combattant

Tous les critères sont donc remplis. Il appelle les centres de vaccination à proximité du domicile de ses parents dans les Hauts-de-Seine, puis il élargit sa recherche à toute la région parisienne. En vain, impossible d'obtenir un rendez-vous. "Après plusieurs jours d'échecs, j'élargis encore la zone" explique-t-il. "J'ai fini par obtenir un rendez-vous pour chacun d'entre eux le 5 février au centre de vaccination du Grand Reims-le Cellier ... le centre le plus proche pour lequel j'ai enfin pu trouver des créneaux disponibles."

Ce rendez-vous a été pris grâce à la plateforme gouvernementale qui précise "Si vous êtes concerné, vous pouvez vous faire vacciner dès à présent dans un des centres de vaccination ouverts."
"J'ai donc pris les rendez-vous via le lien internet proposé en précisant l'âge et l'adresse de mes deux parents, ajoute-t-il. Ces rendez-vous ont été validés et on fait l'objet d'envoi de confirmation, puis de rappels de rendez-vous."


3 heures de routes inutiles

Ses parents se sont donc déplacés à Reims le 5 février pour leur rendez-vous de 10h40. Mais une fois sur place, après 3 heures de trajet, ils se sont vus refuser le vaccin, au motif qu'ils ne sont pas de la Région Grand Est. "Au-dire de l'établissement, cette position résulterait d'une directive préfectorale" rapporte le fils des deux personnes âgées. 

"Cette information n'est pourtant indiquée ni sur le site du gouvernement, qui oriente vers l'ensemble des centres de vaccination en France, ni sur le site de l'ARS, ni dans aucune communication de l'Etat sur le dispositif de vaccination qu'il a mis en place. Les rendez-vous ont par ailleurs été validés en connaissance du lieu de résidence qui avait été rempli dans le formulaire Doctolib. Les rendez-vous ont été annulés a posteriori vers 11H30 ce même jour (5 février 2021) et effacés de Doctolib" écrit-il au Défenseur des droits.

En plus du trajet effectué pour rien, ses parents ont perdu trois semaines dans le processus de vaccination. Il a donc relancé ses recherches pour des places en Ile-de-France. Toujours au point mort à l'heure actuelle. 

Le Défenseur des droits a été saisi.
Le Défenseur des droits a été saisi. © capture d'écran

Le principe d'égalité en France ? 

Pierre est un homme en colère et même "furieux", précise-t-il. Au-delà du temps perdu, il se pose de nombreuses questions : "depuis quand les droits des citoyens français dépendent-ils de leur région d'appartenance ? Sommes-nous dans un état fédéral ? Et comment une vaccination prévue, avec des doses réservées, peut-elle être annulée pour des personnes en grande fragilité ?"

Il va même plus loin et écrit au Défenseur des droits "qu'il va sans dire qu'une action en justice sera intentée en cas de conséquence sur la santé de mes parents du fait de l'absence de vaccination." Et il conclut : "je vous remercie donc de l'attention que vous porterez à ma requête afin qu'ils puissent avoir accès sans délais à la vaccination qui aurait dû avoir lieu."

 

Peut-on se faire vacciner dans une autre région ? 

Est-il possible de prendre un rendez-vous dans un autre département que le sien ? C’est possible sur Doctolib, l’une des trois plateformes privées sélectionnées par le gouvernement. La preuve avec cette exemple étonnant. 

"Le gouvernement a choisi de laisser libre accès aux personnes de se faire vacciner là où elles le souhaitent" indique la direction générale de santé. Mais délocaliser la vaccination "n’est pas souhaitable, car les doses allouées aux centres sont faites en fonction d’une évaluation des personnes prioritaires sur le territoire" nous répond-on. Se faire vacciner, ailleurs, désorganiserait la stratégie élaborée localement. 

"Les livraisons de vaccins sont territoriales, elles correspondent à la population locale. Le nombre de doses est réparti en fonction des bassins de population." Mais pourquoi ne trouve-t-on rien dans les textes officiels ? Qu'en est-il effectivement du principe d'égalité ? Et pourquoi l'inscription a-t-elle été validée avant d'être annulée a posteriori ? Une fois sur place, les personnels de santé avaient-ils le droit de dire "non" à ce couple, pourtant prioritaire ? Pouvaient-ils les refuser au motif qu'ils ne sont pas de la région Grand-est. Des questions légitimes auxquelles personne ne peut ou ne veut répondre. 

Il existe 28 structures où se faire vacciner en Champagne-Ardenne, notamment à Reims, Cernay-lès-Reims ou encore Fismes (Marne). La campagne de vaccination se poursuit bon gré, mal gré avec des retards de livraisons. Mais c'est le cas dans toute la France. 

Au 9 février 2021, nombre de personnes ayant reçu au moins la première dose (tous âges) :

- Marne : 17.002, soit 3% de la population

- Aube : 11.148, soit 3,6% de la population

- Ardennes : 9.424, soit 3,5% de la population

- Haute-Marne : 6.103, soit 3,6% de la population

 

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