Fête des libraires indépendants : au "chat de gouttière" à Reims, l'indépendance est une force

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Écrit par Colette Aubert

A l'occasion de la vingt-quatrième édition de la fête des libraires indépendants, samedi 23 avril, nous avons rencontré les libraires du "chat de gouttière" à Reims. Seule librairie spécialisée jeunesse de la ville, son indépendance est une vraie plus-value.

Dès que l’on pousse la porte… On ne sait plus où regarder. Dans tous les recoins de la pièce, des jeux, des cartes, mais aussi des centaines de livres, des pop-ups, des albums, des BD… De toutes les couleurs, de toutes les formes. "On a près de 10.000 livres, destinés aux enfants du plus jeune âge jusqu’aux ados et jeunes adultes", explique Marie Morin, qui travaille ici comme libraire.

"Le chat de gouttière" a d’abord vu le jour à Troyes, en 2006. Puis sa créatrice, Inès Champion, libraire d’origine marnaise et passionnée "de la diversité" et "des formats" qu’offre la littérature jeunesse, a décidé d’implanter sa boutique à Reims. "Il y a une librairie spécialisée dans ce domaine dans à peu près toutes les villes, mais il n’y en avait pas à Reims. La boutique à Troyes marchait bien, alors que la ville est beaucoup plus petite, je me suis dit qu’il y avait une place à prendre" explique-t-elle.

Des "conseils personnalisés"

Ouverte en juin 2021, la boutique compte désormais deux employées à plein temps. "Je n’ai pas eu de difficultés particulières pour ouvrir" déclare Inès Champion. "Les autres libraires ont été accueillants, et puis c’est un métier pour lequel on n’a pas besoin d’aller chercher les clients, les gens qui sont là viennent parce qu’ils lisent de la jeunesse." La difficulté principale est surtout "de garder les clients". Mais pour cela, l’indépendance de la librairie est une vraie plus-value. "Ici, les libraires sont spécialisés" affirme la fondatrice. "ll y a une réelle force de conseil". Une idée partagée par les lecteurs: ce samedi 23 avril 2022, à l'occasion de la 24e édition de la fête des libraires indépendants, Anne Pérard, qui habite Reims, est venue flâner dans la librairie. Elle se réjouit de trouver "aussi bien des grandes maisons d’éditions" que "des plus petites", et apprécie "le fait que les libraires connaissent leurs produits."  "Il y a une vraie sélection pour les livres ici", sourit-elle. "Les gens nous demandent souvent, quand ils passent en caisse, si on est indépendant. Ils ont l’impression de faire une bonne action en venant acheter chez nous, et pas dans les grandes enseignes", affirme Clémentine Schockmel, qui gère le rayon jeux et jouets de la boutique.

Une identité propre à la librairie indépendante

Etre indépendant, c’est aussi pouvoir choisir les livres proposés à la vente, un critère d’autant plus important en littérature jeunesse, selon Marie Morin. Au "chat de gouttière", il y a des nouveaux arrivages deux fois par semaine et elle est responsable de la sélection. "On n’a pas de pression pour le choix des ouvrages. Les représentants viennent nous proposer des livres deux mois avant leur sortie environ. Moi je refuse beaucoup de collections pour ne pas me transformer en grande chaîne, et je vais privilégier les beaux livres, ou ceux qui m’inspirent."  Si, "pour satisfaire la demande" et parce que "a librairie est un commerce", les grandes maisons d’éditions sont également représentées, la priorité est surtout donnée "aux éditeurs moins connus comme Les Fourmis rouges, Belles Lettres, Agrume", mais aussi aux auteurs locaux. Dans les rayons, on retrouve d’ailleurs des noms de la région Grand Est, comme Emilie Vast, illustratrice originaire d’Epernay, ou encore Séverine Gauthier, autrice rémoise.

Des choix d’autant plus importants en littérature jeunesse, alors que le public visé "est en phase d’apprentissage, de construction". Pour la libraire du "chat de gouttière", "les jeunes lecteurs sont plus dépendants du regard des autres, ou des tendances". Diversifier l’offre permet donc aux jeunes "d’élargir leur vocabulaire et leur ouverture d’esprit". Mais aussi de toucher davantage de lecteurs. "Les adultes aiment souvent un seul genre littéraire : policier, fantastique, biographique… Les enfants, en fonction des âges et des personnalités, aiment des genres extrêmement variés" explique-t-elle.

Une fréquentation abondante

Aujourd’hui, la boutique a trouvé son public. Le chiffre d’affaires "est conforme et même au-delà du prévisionnel", se réjouit la fondatrice Inès Champion. Chaque jour, selon Marie Morin, la librairie enregistre "entre 30 et 50 ventes". Un succès dû "à la complémentarité des rayons livres et jouets", à l'identité de la ville, "plutôt familiale", et au pass culture. "On a de plus en plus de jeunes qui viennent. Ils peuvent même commander tranquillement chez eux et venir directement en caisse ici, on leur met les livres de côté." La crise sanitaire a aussi amplifié le phénomène. "Avec les confinements, il y a eu une vraie campagne en faveur des librairies indépendantes, des commerces de proximité."

L’objectif est désormais, pour la boutique, de continuer de se renouveler. "Au début de l’année on a mis en place le rayon mangas" explique Marie Morin. A l’avenir, les employées de la librairie veulent aussi "accueillir des auteurs et organiser des dédicaces". Elles projettent aussi de travailler davantage avec les collectivités. Dans tous les cas, Inès Champion le rappelle : "la librairie, avant un lieu de commerce, c’est d’abord un lieu de culture."