Mort du petit Tony à Reims : le voisin jugé pour non dénonciation de mauvais traitements

Le palais de justice de Reims / © MT - France 3 Champagne-Ardenne
Le palais de justice de Reims / © MT - France 3 Champagne-Ardenne

Ce mardi 22 octobre, le voisin du petit "Tony", mort en novembre 2016 à Reims, comparait pour non dénonciation de mauvais traitements. Des associations dénoncent un procès exemplaire contreproductif, qui n'inciterait pas d'éventuels témoins à signaler des cas de maltraitances.

Par Florence Morel

Il a vu, entendu et tenté d'alerter. A sa manière. Peut-être pas la bonne selon les enquêteurs. Jonathan L., comparait devant le tribunal correctionnel de Reims ce mardi 22 octobre. En novembre 2016, le petit garçon âgé de trois ans dont il était le voisin, Tony Alves, mourrait des suites de maltraitances à Reims. Un procès rarissime, qui pourrait servir d'exemple, ou au contraire de contre-exemple selon les parties civiles.
 

"Il est déjà stigmatisé"

"Je ne cherche pas à défendre ce voisin. Mais rien qu'en le traînant devant les tribunaux, il est déjà stigmatisé", pointe Caroline Rémond, avocate de l'association l'Enfant bleu, qui vient en aide aux enfants maltraités. "On a un voisin pour l'exemplarité, ça ne fera pas poser les bonnes questions, souligne Olivier Chalot, avocat du père biologique et de la grand-mère de Tony, eux aussi parties civiles. Cela va peut-être freiner certains voisins qui pourraient avoir envie de dénoncer de tels actes. Avoir l'effet inverse que celui escompté. Un procès exemplaire pour la justice mais qui terrorise les gens."

Les associations craignent que ce procès ne dissuade d'autres voisins de dénoncer des sévices. Jonathan L. avait tenté d'alerter à plusieurs reprises, "à sa manière", relève l'avocate de l'association l'Enfant bleu. Et d'ajouter :

Ce voisin a averti. Pas avec les bons outils mais il faut continuer à sensibiliser les gens à cela.
- Caroline Rémond, avocate de l'association l'Enfant bleu, portée partie civile.


Le voisin, seul accusé à la barre

"Sans doute a-t-il été maladroit dans sa manière d’aider, mais il a essayé de le faire en avertissant d’autres voisins ou en laissant des notes dans l’immeuble", renchérit Martine Brousse, présidente de la Voix de l'enfant.

Beaucoup regrettent également que le voisin soit le seul à la barre des accusés. "On ne va pas dire que personne n'entendait, que les organismes n'étaient pas au courant (…) C'est un débat où sont exclus les principaux protagonistes [la mère, le beau-père, les autres voisins et le bailleur social]", assène Olivier Chalot.

Sans oublier que pour l'instant, le procès de la mère et du beau-père de Tony n'a pas encore eu lieu, laissant encore beaucoup de questions en suspens. L'avocat du père biologique et de la grand-mère de la victime estime que ce procès risque de "créer beaucoup de frustrations". "C'est un procès dans le procès, dit-il, catégorique. J'aurais préféré qu'il comparaisse aux assises, en même temps que la mère et le conjoint, qu'il n'y ait qu'un dossier. Juridiquement, le voisin et la mère encourent la même peine." Pour l'heure, la date du procès des deux inculpés reste inconnue. L'accusé encourt jusqu'à trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.
 

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