Reims : après l'ouverture du Furet du Nord, y a-t-il de la place pour toutes les librairies ?

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Écrit par Matti Faye
Le magasin Furet du Nord, installé au dernier étage des Galeries Lafayette de Reims (Marne), a été inauguré mercredi 17 novembre 2021.
Le magasin Furet du Nord, installé au dernier étage des Galeries Lafayette de Reims (Marne), a été inauguré mercredi 17 novembre 2021. © Matti Faye / France Télévisions

Depuis le 17 novembre, Reims compte une nouvelle libraire, le Furet du Nord. Quelques mois plus tôt, un magasin indépendant spécialisé jeunesse avait ouvert ses portes. Nous avons interrogé plusieurs libraires sur cette nouvelle configuration du marché du livre à Reims.

1.200 mètres carrés dédiés à la culture. Le troisième étage des Galeries Lafayette dans le centre-ville de Reims, rue de Vesle, est désormais occupé par l'enseigne Le Furet du Nord. C'est la première fois que le groupe nordiste installe une de ses boutiques dans la région Grand Est. 

En superficie et en nombre de références, c'est la plus grande librairie de Reims.

Didier Lanscotte, directeur du Furet du Nord

Le magasin, qui propose des livres mais aussi de la papeterie, des disques ou encore des jeux, a ouvert ses portes aux clients le 10 novembre. Une semaine plus tard, il a été officiellement inauguré. "Le projet est mûri par le Furet du Nord depuis deux ans et demi. Avec le Covid, ça a été un peu décalé", confie Didier Lanscotte, le directeur du magasin. Il promet le plus large choix à Reims. "En ce moment, on a 60.000 références. Sachant qu'on va augmenter au fur et à mesure pour arriver probablement à 70.000, dont plus de 35.000 de livres."

C'est la première fois que le Furet du Nord choisit un emplacement de "shop in shop", de magasin à l'intérieur d'un magasin. Un choix qui rend peut-être moins visible et moins accessible la librairie aux clients. Mais selon le directeur, cela ne les rebute pas pour autant. "Il y a un très bon accueil des clients, affirme-t-il. J'avais ce questionnement au départ effectivement avec le troisième étage. Mais je m'aperçois que ce n'est pas du tout un frein. Il y a un ascenseur, il y a les escalators."

Déjà l'ouverture d'une librairie en juin

Le centre de Reims compte déjà plusieurs librairies. En juin dernier, le magasin Le Chat de gouttière s'est lancé, rue Trudaine, à quelques centaines de mètres de là. La gérante, Inès Champion, a appris l'arrivée du Furet alors qu'elle allait ouvrir. "Je n'étais pas super contente, je me suis dit que c'était pas de bol d'ouvrir en même temps qu'un énorme truc. Et puis des gens m'ont dit que ça n'avait rien à voir, donc je ne me suis pas inquiété bien longtemps avec ça", nous explique-t-elle. 

"On touche une clientèle qui cherche un conseil, du commerce de proximité. Je passe énormément de temps à me demander si tout est bien. Pour moi, c'est comme si tout le magasin était une vitrine. Chaque rayon est une petite vitrine. J'essaye de faire en sorte que le lieu soit agréable. Et sur ça, c'est évident qu'on n'a pas du tout la même approche", poursuit la gérante.


Son magasin, à la décoration soignée, se concentre sur la jeunesse, avec des livres bien sûr, mais aussi des jouets ou encore des loisirs créatifs. Son ressenti est que Reims ne fait que rattraper son retard. "Je pense que les livres étaient un peu sous-représentés dans une ville comme Reims, affirme-t-elle. 

Inès Champion a depuis quinze ans un autre magasin, à Troyes dans l'Aube, une ville où la densité de librairies est plus importante selon elle. Et malgré la concurrence de grandes enseignes, elle parvient à y travailler convenablement. 

Je pense que Reims rattrape son retard et profite aussi un peu de la période post-Covid où la librairie en général se porte très bien.

Inès Champion, gérante du Chat de gouttière

Didier Lanscotte, le directeur du Furet du Nord à Reims, estime de son côté qu'il y a de la place pour tout le monde. "Il y a certaines libraires qui sont assez spécialisées, d'autres plus généralistes. Mais elles ont toutes leur public. Plus il y aura de points de vente de livres et mieux ce sera", dit-il.

"Chacun peut trouver sa place"

C'est finalement aussi le sentiment d'autres patrons de librairies que nous avons interrogés. L'ouverture d'un point de vente important comme le Furet du Nord ne les inquiètent pas outre mesure.

Déjà, au niveau national, le secteur se porte bien. "2020, ça a été une superbe année pour la librairie. 2021, ça reste encore une très bonne année. Donc tout va très bien", confie Bertrand Watelet, le gérant de la librairie Amory, installée sur 120 m² installée au début de l'avenue Jean-Jaurès.


Concernant le Furet du Nord, "chacun peut trouver sa place", affirme-t-il. "C'est à moi de travailler correctement pour conserver ma clientèle. Je ne vous dis pas que ça me réjouit complètement, ce n'est pas vrai. Le marché n'est pas extensible. Mais chacun a la possibilité de travailler je pense."

Je suis un commerce hyperlocal. Ma zone de chalandise, c'est une partie de Reims. Je pense qu'il y a possibilité de travailler tout en étant en concurrence, mais en conservant de bonnes relations.

Bertrand Watelet, gérant de la librairie Amory

Antoine Flasaquier, le gérant de La Procure, librairie de 250 m² installée sur deux niveaux au 13 de la rue Carnot, prend ces deux arrivées en quelques mois comme un signe très positif. 

"Quand Guerlain a fermé il y a trois ans, ça a envoyé un signal extrêmement négatif. Le lendemain, il y avait une double page dans L'Union qui disait entre les lignes 'le livre papier est mort'. C'était absolument dramatique. Ça donnait aux gens l'idée que de toute façon les librairies fermaient et qu'on allait sur Amazon, détaille-t-il. Là, qu'il y ait Le chat de gouttière et Le Furet du Nord qui ouvrent, ça renvoie exactement le message inverse." Pour lui aussi, "il y a de la place pour tout le monde".


"Je pense que le meilleur exemple, c'est le 5e arrondissement de Paris, où il y a une librairie tous les trois mètres et visiblement, ça marche",
indique Antoine Flasaquier.

Alors qu'il le redoutait un peu, l'ouverture du Chat de gouttière en juin ne l'"a pas impacté particulièrement". Il pense que ce sera également le cas avec l'arrivée du Furet. "Le Furet du Nord, ce n'est pas notre clientèle. On a une clientèle de gens qui veulent des petits mots, qui veulent un accueil personnalisé […] une proximité humaine qu'on ne peut pas retrouver au Furet."

"Ils ont un truc en plus, c'est la capacité d'avoir une offre beaucoup plus importante", poursuit-il. Un avantage majeur alors que la période de Noël, toujours propice aux achats de livres, débute.

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