Reims : la friche de la polyclinique Saint-André va renaître de ses cendres

Comment réhabiliter la friche de la polyclinique Saint-André, située au centre-ville de Reims ? C'est la question sur laquelle va plancher le cabinet d’architecture qui vient juste d’être choisi par Agencia, société propriétaire du site. L'idée principale : un programme immobilier peu dense et haut de gamme.

Il reste encore des albums photo ouverts sur les bureaux. Quand on les ouvre, on y trouve des clichés jaunis par le temps, où figurent des médecins en blouse blanche, portant de grandes lunettes d'un autre âge. Quelques bouteilles de champagne vides témoignent aussi d'un au revoir un peu précipité à cette grande maison de maître, située au numéro 1 du boulevard de la Paix à Reims, qui a accueilli pendant des décennies les services administratifs de la polyclinique Saint-André de Reims.

Le bâtiment est superbe, avec ses moulures au plafond et son escalier monumental. Deux ans après le déménagement de la polyclinique vers son nouveau site, sorti de terre à Bezannes en 2018, la question se pose donc de savoir ce qu'il va devenir, au même titre que les 25 000 autres mètres carré de cette friche hospitalière en plein centre-ville de Reims.

"On va repenser le logement individuel qu'est la villa rémoise, décrit Martin Duplantiers, architecte dont le cabinet a été retenu pour travailler sur le projet. C'est un cas d'école : une maison très verticale, avec un côté sur l'espace public, très minéralisé, en pierres, et un arrière très végétalisé avec de grandes qualités." Aucun grand ensemble de logements collectifs n'est donc prévu à la place de l'ancienne polyclinique, mais plutôt des maisons individuelles, dotées de beaux extérieurs, qui s'intégreront dans le quartier environnant.

Quand on vient insérer un certain nombre de programmes immobiliers sur 1,4 ha dans un quartier déjà constitué, il faut du donnant-donnant : il faut pouvoir faire quartier, faire ville, et avoir des intérêts communs entre le neuf et l'ancien.

Martin Duplantiers, architecte

Ce programme immobilier se veut donc un résumé du rêve pavillonnaire, très français, du fantasme de la maison de centre-ville avec jardin, extrêmement demandée sur un marché immobilier modelé par la crise sanitaire.

 

Attirer de nouveaux propriétaires au centre-ville de Reims

Car l'objectif, c'est bien de faire venir, sur ce nouveau programme immobilier, de nouveaux propriétaires qui vont, dans les faits, occuper leur logement. "A Reims, nous n'avons que 27% de propriétaires, et 45 % de logements sociaux, constate Catherine Vautrin, présidente LR du Grand Reims. L'idée, c'est d'élargir l'offre en matière d'acquisition dans la ville, pour les Rémois, les habitants de l'agglomération mais aussi pour ceux qui souhaiteraient s'installer dans notre ville". Pas d'investisseurs donc, mais des particuliers plutôt fortunés, de catégories sociales supérieures, ayant par exemple quitté la capitale pour une province plus abordable financièrement. 

La collectivité, comme les architectes en charge d'étudier le projet, souhaitent aussi se tourner vers ce qu'ils appellent "la ville du quart d'heure". Un concept urbanistique développé par le scientifique colombien Carlos Moreno, qui veut que tout habitant puisse accéder à ses besoins essentiels de vie en un quart d'heure à pied ou à vélo de chez lui. Plutôt facile pour cette friche hospitalière située en hyper-centre, sauf pour un besoin, devenu essentiel aujourd'hui : l'accès à la verdure.

La volonté d'un chantier éco-responsable, de bout en bout

Les espaces verts et l'absence de voiture seront donc au cœur de ce nouvel îlot d'habitation. De quoi répondre au réchauffement des centre-ville en été mais aussi au programme électoral d'Arnaud Robinet, le maire (Horizons) de Reims, qui promet un parc à 300 mètres de chaque Rémois d'ici la fin de son mandat. 

Nous voulions désartificialiser les sols et remettre de la terre végétale, avoir des conditions de vie tout à fait particulières sur ce projet, en tenant compte de l'habitat qui est tout autour.

Catherine Vautrin, présidente LR du Grand Reims

Plus en amont, c'est tout le chantier de réhabilitation de l'ancienne clinique, qui se veut éco-responsable. D'ici le mois de janvier 2022, les travaux de désamiantage et de curage des bâtiments, qui consistent à retirer cloisons et plafonds, devraient avoir commencé. "Cela se fera dans une logique d'économie circulaire, explique Grégory Genet, chef de projet chez Agencia, société propriétaire des bâtiments, détenue en majorité par le Grand Reims. On travaillera en filière courte de recyclage. On organisera par exemple des ventes éphémères à destination des particuliers ou de professionnels qui pourraient être intéressés par le réemploi des menuiseries ou des faux-plafonds déjà présents sur le site". Des entreprises locales devraient donc également travailler sur le chantier, les matériaux de construction seront écologiques. 


"Nous allons aussi réhabiliter tout ce qui est possible de réhabiliter", poursuit Martin Duplantiers, l'architecte. Bien sûr, les bâtiments "patrimoniaux" des numéros 1, 3 et 5 du boulevard de la paix seront conservés. Il s'agit de l'ancienne maison de maître, qui abritait les services administratifs, mais aussi de l'ex-bâtiment de consultations, historiquement ancien siège de l'automobile club de Champagne. Plus étonnamment, l'ancienne maternité restera elle aussi debout, bien que datant de 2002 et n'ayant pas d'intérêt patrimonial particulier. "Tout est en bon état à l'intérieur, explique Grégory Genet. Cela constitue une bonne base pour la réhabilitation".  Une philosophie d'aménagement urbain qui entre dans une logique directe de développement durable. 

Reconquérir des friches urbaines, c'est aussi limiter l'étalement urbain, c'est un enjeu important dans notre société. 

Grégory Genet, chef de projet chez Agencia

Et Martin Duplantiers de conclure : "Faire la ville sur mesure, c'est aussi faire une ville qui puisse se renouveler sur elle-même, sans avoir besoin de démolir pour reconstruire".

 

Le chantier de désamiantage et de curage devrait durer un an sur la friche hospitalière de l'ancienne polyclinique Saint-André. Le temps pour le cabinet d'architecture Debarre Duplantiers Associés de réfléchir et d'élaborer un projet en cohérence avec les demandes de la collectivité. 

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