Violences dans les quartiers à Reims : “un jour il y aura un mort, et je ne veux pas que ce soit mon fils”

Le groupe des "Mamans en colère" sur les marches du parvis de l'hôtel de ville de Reims manifestent contre les violences dans les quartiers le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang
Le groupe des "Mamans en colère" sur les marches du parvis de l'hôtel de ville de Reims manifestent contre les violences dans les quartiers le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang

Une soixantaine de mamans, quelques papas et quelques enfants issus du quartier Orgeval ont défilé dans les rues de Reims ce samedi 1er février pour dénoncer l'escalade des violences entre bandes rivales. La rixe du 24 janvier dernier entre jeunes de deux quartiers rémois a fait exploser la colère.

Par Céline Lang

Elles sont en colère, et surtout, elles ont peur pour leurs enfants. Une soixantaine de mamans, accompagnées de papas, de leurs enfants, mais aussi d'enseignants ou de travailleurs sociaux ont manifesté ce samedi 1er février dans les rues de Reims. Trois kilomètres à pied au départ de la maison de quartier Orgeval jusqu'à l'hôtel de ville pour dire leur angoisse de "voir les choses se finir mal". "Pour le moment, il n'y a que du sang, des blessés, raconte une maman qui souhaite rester anonyme. Mais un jour, il y aura un mort, et je ne veux pas que ce soit mon fils".
 
Le groupe des "Mamans en colère" marchent contre les violences dans les quartiers rémois, ici à Orgeval, le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang
Le groupe des "Mamans en colère" marchent contre les violences dans les quartiers rémois, ici à Orgeval, le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang

Du sang, des blessés, il y en a régulièrement dans les quartiers rémois. Le 24 janvier dernier, une rixe a impliqué une cinquantaine de jeunes des quartiers Croix-Rouge et Orgeval. Trois semaines plus tôt, une autre agression massive a eu lieu dans le tramway, près de la gare de Reims, entre deux bandes rivales des mêmes quartiers. Le fils de cette autre maman, qui elle aussi, ne souhaite pas donner son identité, a été blessé. 

Tout en marchant, elle nous raconte les coups de marteau, les coups de couteau, les tirs, parfois, avec arme à feu, qui entrent petit à petit dans le quotidien des adolescents et de leurs familles, et avec eux, la peur d'une fin tragique. "J'ai peur de laisser sortir mon fils, mais on ne peut pas l'enfermer, c'est un adolescent !"

Elle marche donc, avec les autres mères, pour se sentir plus forte face à cette situation que personne ne semble plus maitriser. Malgré tout, elle conserve l'espoir d'un apaisement. 

J'espère la paix ! Qu'on puisse vivre ensemble, Croix-Rouge et Orgeval. On devrait s'entraider. On est déjà dans une époque où la vie est dure, on subit beaucoup de discrimination... C'est déjà compliqué. Il y a déjà beaucoup de problèmes. Rajouter les agressions, c'est salir notre image des deux côtés. 
- une "Maman en colère"-

Un panneau de revendication, marqué "halte à la violence", lors d'une manifestation de mamans en colère, quartier Orgeval à Reims, le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang
Un panneau de revendication, marqué "halte à la violence", lors d'une manifestation de mamans en colère, quartier Orgeval à Reims, le 1er février 2020. / © France 3 Champagne-Ardenne / Céline Lang

Les revendications des manifestantes sont assez simples. Plus de sécurité et plus de médiation. "J'aimerais que la ville de Reims prenne ses responsabilités, explique l'une d'entre elles. Nous avons besoin de plus de médiateurs, dans chaque secteur de la ville : Croix-Rouge, Orgeval, Châtillons, Pont de Witry. Il faut qu'ils s'unissent afin de trouver des solutions pour les jeunes, parce qu'ils les connaissent personnellement. Après, on pourra travailler ensemble, main dans la main".

Une police trop peu présente ? 


Beaucoup, dans le cortège, parlent aussi des patrouilles de police, qui ne sont plus aussi nombreuses qu'avant, des caméras de vidéo-surveillance installées à Orgeval, qui semblent inefficaces. Et des activités pour les adolescents, qui font défaut dans les maisons de quartier. Arrivées devant l'hôtel de ville, les slogans se font plus personnels : "Monsieur Robinet, réveillez-vous, les enfants sont en danger" crient les mamans et leurs filles sur les marches du perron de la mairie. Arnaud Robinet, le maire (LR) de Reims, les a reçues le matin même, promettant plus de moyens. Sur l'esplanade Simone Veil, c'est l'adjointe au maire déléguée à la politique de la ville, Fatima El Haoussine, qui vient à leur rencontre. 

Il faut multiplier la proximité de l'autorité, la présence de la police municipale, de la police nationale. Et puis, aujourd'hui, il faut anticiper, et donc travailler sur la prévention".
- Fatima El Haoussine, adjointe au maire (LR) de Reims, déléguée à la politique de la ville -  

Difficile de savoir, néanmoins quelles mesures concrètes seront mises en place pour faire baisser le degré de violence dans les quartiers rémois et endiguer l'engrenage des vengeances. Le groupe des "Mamans en colère" compte bien, en tout cas, se faire entendre et peser, pourquoi pas, dans la campagne électorale qui s'annonce pour les élections municipales. 

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