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Marsal : la dernière vigne familiale de Moselle

A Marsal (Moselle), la famille Calcatera exploite 20 ares de vignes / © J.-C. Panek. France 3 Grand Est
A Marsal (Moselle), la famille Calcatera exploite 20 ares de vignes / © J.-C. Panek. France 3 Grand Est

C'était une tradition au début du siècle dernier en Moselle. Quasiment chaque famille exploitait sa vigne pour produire son propre vin. Un lointain souvenir sauf dans le petit village de Marsal où une famille perpétue cette tradition. 20 ares pour se faire plaisir et produire un petit vin de pays.

Par Jean-Christophe Panek

En cette mi-juillet 2019, sur les hauteurs de Marsal, des champs à perte de vue mais une petite parcelle qui se distingue : 20 ares de vignes.
Un ilot de résistance qui témoigne d'un passé glorieux. Celui qui faisait de ce petit village Mosellan un vignoble réputé. Mais la Seconde Guerre Mondiale donne le coup de grâce à ce terroir. Tous les paysans locaux lui tournent le dos excepté Paul Calcatera qui décide même de replanter de la vigne.
Paul est aujourd’hui le dernier témoin privilégié de ce glorieux passé. "De mon temps, à Marsal, tout le monde avait une vigne! 5 ares ou 10 ares! C’est disparu tout ça! Moi, j’ai planté une partie de cette vigne à mon retour du régiment en 1949. Tout était en friche car pendant la Seconde Guerre Mondiale, personne n’a pris soin de tout ce vignoble. Mon père avait déjà initié ce travail, je n’ai fait que continuer. Vous savez, boire un petit coup, c’est pas désagréable (rires)".

Les enfants ont pris le relais

Aujourd’hui, Paul à 91 ans et il ne peut plus s’occuper de la vigne. Cette passion et ce travail, ses enfants en ont hérité et restent toujours à l'écoute des conseils du patriarche. « Il ne faut pas trop couper les feuilles, ça peut protéger en cas de grêle ! »

Paul a passé la main et ses fils Bernard et Jean ont repris le flambeau. Eux seuls s'occupent de la vigne familiale située sur la côte St Jean... Toute proche. Et sur place, le travail ne manque pas. La vigne a beau être minuscule, il faut l'entretenir en faisant notamment la chasse aux mauvaises herbes.
C'est la mission de Jean. L'ancien mécanicien ajusteur aujourd'hui à la retraite a même spécialement conçu un engin pour s'acquitter de cette tâche... Parfois ingrate. "J’ai tout fait moi-même ! J’ai acheté les roues, le moteur… Et ça fait 24 ans qu’il tourne !"

"On entretient la vigne et le bon dieu fait le reste avec le temps"

Et pour le travail à la cisaille, c'est Bernard qui s'y colle aujourd'hui. Le geste n'est pas toujours très pro. Mais l'important est bien ailleurs. Dans la satisfaction de se faire plaisir, de perpétuer l'histoire... A défaut de se la jouer dans la cour des grands. Car le vin de Marsal ne sera jamais un grand cru, tout le monde en est convaincu. Ca fait bien longtemps qu'ici, on n'y pense plus…
"On entretient la vigne et le bon dieu fait le reste avec le temps", explique Bernard, par ailleurs maire du village "De temps en temps, on a un beau résultat et quand on le partage avec les amis, ça n’a pas de prix!"

Quel avenir pour la vigne familiale?

Le problème, c'est l'avenir. Qui pour prendre la relève? Une quatrième génération pour succéder à Bernard et Jean? Pas si évident.
"Malheureusement ça va disparaitre… Faute de temps! Hélas!", admet Bernard. "Nos jeunes n’auront plus la possibilité de s’occuper de la vigne avec leur travail. Même en hobby, c’est compliqué!"

En attendant, tout le monde se prépare pour la prochaine vendange programmée fin septembre.
Il faudra à peine trois heures de travail dans les vignes pour produire environ 1.000 bouteilles. Comme chaque année, ce sera surtout l'occasion de faire la fête avec la famille et les amis. Ici, cette tradition porte un nom " L'esprit Marsal" : Tant qu'il y aura de la vigne, il y aura de la vie.

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