Lor'Story : la vie secrète d'Hortense la nuit au fond des parcs

Une mystérieuse noctambule sévit dans les parcs de Nancy. / © Illustration Florence Houvet
Une mystérieuse noctambule sévit dans les parcs de Nancy. / © Illustration Florence Houvet

Certains osent. D'autres pas. Hortense -c'est le petit nom que nous lui avons choisi- Hortense, donc, ose. À la tombée du jour, elle se soustrait à la vue des gardiens de parc et se paie le luxe de passer la nuit dans les jardins publics. Seule ou accompagnée.

Par Sophie Gueffier

Et c'est encore l'Est Republicain qui nous fournit la petite histoire cocasse à illustrer. 

Cocasse n'est peut-être pas le mot juste. Coquine est plus de circonstance. 
Car c'est l'histoire d'un petit plaisir coupable.
Du genre que l'on avoue, en fin de soirée entre intimes. Lorsque la lumière, tamisée, ne laisse plus filtrer les variations rosées que prennent nos joues.
Ou selon le tempérament, et c'est probablement plutôt le style de notre héroïne, du genre que l'on déclare crânement pour épater la galerie et susciter attention et questions. 
Car ce plaisir-là a le petit goût piquant de l'interdit. 
 

Le parc fermera ses portes à 23h30. Veuillez vous rapprocher des issues avant la fermeture.

Les promeneurs noctambules connaissent bien ce genre d'appel, fait à intervalles réguliers, les incitant à quitter squares et autres jardins publics avant leurs fermetures. Sur les grilles extérieures, les horaires d'ouverture et de fermeture s'affichent, nous laissant déduire que la nuit, notre présence y est interdite et indésirable. Parfois, les amendes encourues sont mentionnées, pour finir de brider les éventuels aspirants. 
Mais Hortense n'en a cure. Elle ne s'est jamais fait prendre. Ou si, juste une fois, où elle a su jouer de son sourire et  de son charme pour mettre les policiers dans sa poche. 

Sa toute première fois a eu lieu juste avant les épreuves du bac. A l'âge où les goûts s'éveillent, où l'autonomie pointe. Avec trois amis, ils se cachent et se laissent enfermer dans le parc Sainte-Marie. Impression de mise en danger, sans grand risque réel. Impression de liberté et de respirer. Enfin.
Cette nuit-là a eu un petit goût de reviens-y.
La jeune fille, puis la jeune femme et même la maman, va réitérer l'expérience. Seule, souvent. En compagnie parfois. Platonique ? Pas toujours.

Hortense n'a pas besoin de développer plus ses confidences auprès de la journaliste qu'elle a rencontrée. On se prend au jeu et on imagine ses découvertes nocturnes. Avec elle, on parcourt les allées, on trébuche sur des graviers. On voit Hortense retirer ses talons de camouflage et on court pieds nus avec elle, à travers les zones engazonnées. On hume les senteurs des tilleuls, des roses et des chèvre-feuilles. On tend l'oreille aux bruissements, frottements, et autre hululements. Le vent, comme souvent entre chien et loup, est tombé. Les parfums nous entourent et nous enivrent. Les herbes qui commencent à se couvrir de rosée, nous enlacent. Les feuilles nous carressent. Elle est bien. Nous aussi. Si le coeur nous en dit, et si la compagnie est bonne, on se plaît à imaginer les plus et les affinités...

Hortense les a tous essayés. Elle a fait son classement. Le parc de son coeur restera Sainte-Marie. Celui des découvertes : le jardin botanique. Elle n'aime guère Blondlot et Olry lui reste inaccessible. Désormais, elle s'émancipe. Les jardins de Nancy ne lui suffisent plus. Elle s'est laissée tentée par le Palais de Papes. Après un pape, elle se laissera peut-être tenter par un roi. Versailles attention tiens toi prêt à accueilir une citoyenne libre !
 

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