Mort de Robert Badinter : le journaliste lorrain Alain Morvan a partagé son combat contre la peine capitale

L'ancien ministre de la Justice de François Mitterrand est mort vendredi 9 février 2024 à l'âge de 95 ans. Il avait présenté le 17 septembre 1981 le projet d'abolition de la peine de mort, qui constituait le combat de sa vie. Le journaliste lorrain Alain Morvan l'a bien connu, il revient pour nous sur ses nombreuses rencontres avec Robert Badinter.

Aujourd'hui documentariste, Alain Morvan est reporter au Républicain Lorrain lorsqu'il rencontre pour la première fois Robert Badinter. "C'était à Oslo en 2016, lors du congrès mondial contre la peine de mort" raconte le journaliste lorrain, "je me retrouve à sa table. J'ai en face de moi une figure mondiale du combat abolitionniste. J'ai alors encore en tête son discours d'octobre 1981... qui consitue les éléments de l'engagement que je vais prendre quelques années plus tard". 

Vous savez, au terme de ma vie, je me dis que l’abolition est une des grandes victoires que l’homme peut remporter sur lui-même (…) C’est Victor Hugo qui le dit: "Heureux celui dont on dira qu’en s’en allant il emporta la peine de mort". Ça valait pour lui, je le retiendrais comme épitaphe pour moi

Robert Badinter à Alain Morvan le 5 octobre 2020

Alain Morvan travaille alors sur l'affaire Serge Atlaoui. Ce Français né à Metz est alors dans le couloir de la mort en Indonésie. En 2005, il a été interpellé dans l'usine où il travaillait, qui cachait un laboratoire de production d'ecstasy. Le 27 mai 2007, il est condamné à mort par la justice indonésienne. "Mon rédacteur en chef m'avait demandé d'écrire sur cette affaire. Le soutien à Serge Atlaoui reposait sur quelques manifestations" se souvient le journaliste, qui change de casquette : "je rencontre la famille, dont sa femme Sabine. Je m'investis dans le comité de soutien, et en 2016 je rentre au conseil d'administration de l'association Ensemble contre la peine de mort". 

Elu président de l'association en 2019, Alain Morvan rencontre Serge Atlaoui dans le couloir de la mort : "Robert Badinter était au courant de notre combat, il a participé à la campagne de soutien". Le 5 octobre 2020, Alain Morvan rencontre pour la dernière fois l'ancien garde des Sceaux, "à son domicile 38 rue Gambetta à Paris, exactement là où les gens déposent des roses en ce moment".

Il doit préparer avec lui les 40 ans de l’abolition de la peine de mort, et recueillir son témoignage en vidéo :"on était inquiet de son grand âge, il y avait la nécessité de recueillir sa parole. Ce que je ne savais pas, c'est que j'allais alors recueillir son épitaphe..."

Robert Badinter lui glisse alors les mots suivants : "vous savez, au terme de ma vie, je me dis que l’abolition est une des grandes victoires que l’homme peut remporter sur lui-même (…) C’est Victor Hugo qui le dit: "Heureux celui dont on dira qu’en s’en allant il emporta la peine de mort". Ça valait pour lui, je le retiendrais comme épitaphe pour moi".

Le journaliste, qui réalise aujourd'hui des documentaires, travaille actuellement à un projet de film sur les femmes et la peine de mort. Serge Atlaoui est toujours dans le couloir de la mort en Indonésie.

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