Nancy Jazz Pulsations : première sous le grand chapiteau pour Walid Oumer, le trompette prodige de Vandoeuvre

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Écrit par Emmanuel Bouard .

Dimanche 9 octobre 2022, le Big Band de Vandoeuvre formera avec son homologue de Saint-Dié le Big Fat Band, un orchestre éphémère de 38 musiciens qui ouvrira la soirée du Nancy Jazz Pulsations sous le chapiteau. Parmi eux, un trompettiste de 16 ans, Walid Oumer, qui rêve de Nouvelle-Orléans à l’ombre des tours de Vandoeuvre.

Il arrive le dernier, écouteurs sur les oreilles. "Un peu comme une rockstar" chambre son collègue de pupitre. Mais en fait Walid avait cours jusqu’à 18h30 à Loritz, à l’autre bout de l’agglomération. Le trompettiste suit l’option musicale dans son lycée du centre-ville de Nancy. Ensuite comme tous les mardis soir, il file répéter avec le Big Band de Vandoeuvre : "j’ai déjà joué, je suis chaud".

Menée par Youssef Essawabi depuis sa création il y a deux ans, la formation compte une vingtaine de membres. Ce soir-là, c’est filage avant le premier concert de la saison, un gros morceau : sous le chapiteau de la Pépinière dimanche 9 octobre 2022, les amateurs de la banlieue nancéienne ouvriront la soirée du Nancy Jazz Pulsation. Avec leurs homologues de Saint-Dié, ils formeront le Big Fat Band, un super orchestre de 38 musiciens, versé dans la musique de la Nouvelle-Orléans.

La salle Mozart de l’école de musique est pleine à craquer. Les musiciens sont amateurs, éclairés, et enthousiastes à l’idée de jouer dans le temple du jazz nancéien. Youssef taquine : "ne faites pas la fête jusqu’à sept heures du matin ! Pour la tenue, t-shirt, une veste, comme vous le sentez". Walid réplique : "on sera payé Youssef ?", le chef le rassure en riant : "bien sûr ! Tu auras toute la reconnaissance du public".

Walid enchaine le filage, décontracté. A l’aise dans ses baskets, avec une assurance non feinte : "je ne sens pas de pression particulière avant ce concert, je sais ce que j’ai à faire". Pendant le set, il aura trois solos à exécuter, face au public. "Je connais Walid depuis qu’il a commencé la musique en CE2, dans le cadre de l’orchestre à l’école. Il jouait du saxhorn alto, mais ensuite il s’est dirigé vers la trompette" se rappelle Youssef.

Objectif La Nouvelle-Orléans

Le fondateur du Big Band de Vandoeuvre a vu Walid grandir, et progresser à la vitesse de l’éclair : "il est aux portes des orchestres professionnels". Le tromboniste et professeur de musique loue son goût pour l’improvisation.  A Bulligny le samedi 2 juillet 2022, ils s’étaient tous les deux lancés dans une battle trompette versus trombone. Le jeune homme avait stupéfait les spectateurs, avec son aisance presque nonchalante : "c’était pas prévu du tout. Je l’ai senti, je me suis levé, et avec Youssef on se répondait par des impros" s’amuse Walid.

Youssef glisse en fin de répétition que "Walid a une forte personnalité, même s’il est très discret. Il a de la confiance en lui. J’essaye de le calmer un peu parfois. Il est dans son monde, avec une maturité profonde, et une très grande marge de progression".

Celle qui croit également en lui depuis toujours, c’est Lamia, sa maman. Au cinquième étage de sa tour face à la mairie de Vandoeuvre, elle reçoit avec simplicité et attention. Sur la table, café, makrouds au miel, et bassboussa, un délicieux gâteau à base de semoule, noix de coco, citron et fleur d’oranger. "C’est moi qui ai poussé Walid à prendre des cours de trompette. Je lui en ai payés. On a trouvé un instrument d’études à 120 euros, et il a joué avec jusqu’à cet été !" raconte la maman.

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Walid Oumer est un grand espoir de la trompette jazz française ©Emmanuel Bouard/France 3 Lorraine

Lamia élève seule son fils de seize ans. Elle se souvient de son enfance algéroise, entre les cours de derbouka et de danse, une période heureuse : "j’adore Ibrahim Maalouf et la trompette dans nos mariages. Alors j’ai sans doute un peu influencé Walid". La maman suit de près son fils cadet : "c’est un adolescent, il doit vivre sa vie, mais c’est un bon garçon, nous sommes très complices. Je le surveille, je le pousse à travailler, je lui dis qu’il peut toujours faire mieux, même s’il a 17 de moyenne partout".

Le jeune homme se livre peu. Il oscille entre timidité et assurance bravache, sans doute étonné qu’on s’intéresse à lui. Il nous emmène dans sa chambre où il a le droit de jouer entre 18 et 20h, "on a convenu ça avec les voisins, parce qu’on ne veut pas les déranger". Sur les murs, des posters de Soprano et Maitre Gims : "plus forcément ce que j’écoute aujourd’hui, mais j’aime jouer de tout".

A six ans, grâce à internet il découvre Chet Baker et Miles Davis. Pour nous il se lance dans son interprétation de S3ns d’Ibrahim Maalouf. Le conservatoire ? "C’est pas pour moi, je veux jouer de tout, et ne pas me figer dans un style, d’ailleurs je viens de monter un groupe avec un bassiste, un batteur, un pianiste et trois chanteuses".

Dix heures de musique par semaine

S’il consacre une dizaine d’heures à la musique chaque semaine, entre le Big Band, l’option musique, l’Harmonie municipale et les répétitions quotidiennes, Walid se passionne également pour les échecs : "la trompette c’est pour les émotions, les échecs c’est pour la compétition". Les trophées s’entassent dans sa petite chambre bleue. Depuis quelques semaines, il a une nouvelle trompette, un instrument à son niveau, payé par sa maman 1500 euros, une fortune pour la mère de famille "mais il lui faut ça pour progresser, c’est normal alors je me serre la ceinture". Lamia fouille dans son téléphone et nous montre une vidéo prise pendant le Covid : chaque soir, Walid jouait à sa fenêtre pour tout le quartier : "les gens applaudissaient, surtout quand il jouait la Marseillaise, j’étais si fière…"

Le jeune homme, qui a choisi les mathématiques, la physique-chimie et les sciences de la vie et de la terre en classe de première, veut devenir chirurgien. A moins qu’il n’intègre un orchestre professionnel. "Tout est possible" sourit Walid. Lamia place les études avant tout : "la musique c’est un loisir, d’abord l’école".

Son fils acquiesce, respectueux. Mais le cœur du jeune homme bat aux rythmes de la Nouvelle-Orléans : "j’économise pour y aller, tout se passe là-bas. Je veux y aller avec ma trompette, rentrer dans un club et jouer avec les musiciens qui s’y trouvent. J’irai, c’est sûr".

Le Top 5 de Walid :

  • Coldplay "Something just like this": "l'intru est incroyable, le message et le chant correspondent très bien au style de la chanson".
  • Miles Davis "All blues" : "un classique du jazz, les improvisations sont phénoménales et le style me convient parfaitement".
  • Eminem "Stan" : "l'instru est très bonne et l'histoire de cette chanson me touche beaucoup".
  • Metallica "Nothing else matters" : "un classique indémodable du groupe, un de mes morceaux préférés entre tous".
  • Scorpions "Still loving you" : "ma chanson préférée, tout est bon, le chant, les accords, la guitare... j'aime tout dans cette chanson !"
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