Nancy : "la boîte à cuisine", contre la précarité, un atelier gratuit pour les plus démunis

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Écrit par Malika Boudiba

"La boîte à cuisine" à Nancy, est un lieu initié par l'association Accueil et Réinsertion Sociale (ARS), depuis le 10 janvier, pour cuisinier contre la précarité. Les ateliers sont solidaires et gratuits sur inscription.

La boîte à cuisine a ouvert ses portes à Nancy le 10 janvier 2022. Elle sera inaugurée officiellement en mai prochain. Mais, déjà elle porte ses fruits. 

Initiée par Accueil et Réinsertion Sociale (ARS), cette initiative a de quoi ravir nombre de personnes. L'atelier est totalement gratuit. La banque alimentaire fournit une grande partie des ingrédients et Nadia Sutter-Hulot, cheffe de ce projet peut compter sur une boucherie de Nancy pour lui proposer des produits à prix coûtant et deux restaurants qui pratiquent l'arrondi solidaire. Pour les épices et quelques éléments un peu plus compliqués à trouver, elle se débrouille avec le petit budget généré par les dons et les subventions.

Le seul challenge est qu'on mange à l'heure. À midi et demi, on passe à table.

Nadia Sutter-Hulot, cheffe du projet "La boîte à cuisine"

Ici, il ne s'agit pas juste de cuisiner, mais d'utiliser ce moteur puissant de la cuisine pour créer du lien social. 

C'est ce que nous explique Nadia Sutter-Hulot : "La cuisine ouvre les sens. Elle ouvre les souvenirs. C'est une bulle, un espace de liberté. On a volontairement voulu ne mettre aucun objectif d'insertion. C'est uniquement du lien autour du "manger"  et de la culture". Elle ajoute : "le seul challenge est qu'on mange à l'heure. À midi et demi, on passe à table."  

J'aime voir des gens que je ne connais pas.

Lysiane, retraitée

Derrière l'îlot central, chacun est à son poste. On épluche les poires, on équeute les fraises, pour ce qui sera le dessert. Il y a les petits nouveaux, comme William, arrivé en France il y a deux ans. Originaire du Venezuela, il découvre la cuisine française en même temps que la langue. Même si la France est le pays de naissance de sa mère. "Je viens ici pour apprendre à cuisiner. "Le "manger" d'ici est bon. La cuisine aide à mieux parler français."

"Le truc ici, c'est qu'il y a toujours quelqu'un qui a une bonne idée'', nous souffle Nadia Sutter-Hulot, cheffe du projet "la boîte à cuisine. Elle ajoute : "on écoute, on modifie la recette parfois". 
Et sur ce point, Lysiane n'est pas en reste. Lysiane est retraitée. Elle vit seule avec une maigre retraite. Pourtant, elle n'hésite pas à cuisiner pour ses voisins, encore plus dans le besoin qu'elle parfois. Lysiane a été couturière, cuisinière et bien d'autres choses encore dans sa vie professionnelle. Ce qui lui plaît dans cet atelier, c'est "la convivialité". Elle ajoute : ‘' j'aime voir des gens que je ne connais pas". 
Lysiane est aux petits soins pour les autres. Elle leur montre les gestes, partage son tour de main. "J'espère que quand je serai vieille, ils en feront autant. Il parait que donner, c'est recevoir… Alors...", une phrase aussitôt suivie d'un large rire. 

Ici, vous n'entendrez personne se plaindre de sa situation. Le mot "précarité", ils ne veulent pas l'entendre. Ils sont ici pour cuisiner.  Discrets, mais très investi dans la préparation des boulettes de bœuf, un petit groupe composé de trois personnes que nous appellerons Isabelle, Gérard et Julie, car ils souhaitent rester anonymes, semble apprécier ce moment comme une parenthèse enchantée dans leur semaine. 
D'ailleurs, ils se sont déjà inscrits pour un prochain cours.

On fait avec ce qu'on a.

Nadia Sutter-Hulot, cheffe du projet "La boîte à cuisine"

Pour les recettes, Nadia compose en fonction des arrivages de la banque alimentaire : "On fait avec ce qu'on a. Souvent, on manque d'œufs. Les gâteaux ont un grand succès et les participants aiment repartir avec pour leur famille". Mais, pour elle, l'idée est aussi de leur donner accès à des légumes et des fruits qu'ils ne peuvent pas s'acheter, car les prix sont trop élevés. "Les endives, en ce moment, le prix ne permet pas à la plupart des personnes qui viennent ici de s'en payer. Alors, on est bien content de leur proposer celles de la banque alimentaire". 

On reviendra.

Les petits nouveaux de l'atelier

Pendant 2h30, tous vont cuisiner dans la bonne humeur, se moquer gentiment de ceux qui débutent. Mais tous ensemble, et c'est cela le plus important, ils vont confectionner leur repas. 
Ce jour-là, "endives à la crème, boulettes de bœuf aux champignons et carottes et poire au miel et son coulis de fruits rouges". Ils vont partager ce repas. Le moment de s'offrir aussi de bonnes tranches de rigolade. Maman solo, retraitée, personnes dans le besoin, tous et toutes ont oublié leurs galères, le temps d'une demi-journée enchantée. "On reviendra" disent les petits nouveaux. 

L'idée est qu'ils peuvent tout de suite cuisiner pour leur famille ou pour eux-mêmes la même chose que ce qu'ils ont fait ici.

Nadia Sutter-Hulot, cheffe du projet "La boîte à cuisine"

Après avoir rangé la cuisine, Nadia distribuera ce qu'il reste des produits de la banque alimentaire.  "L'idée est qu'ils peuvent tout de suite cuisiner pour leur famille, ou pour eux-mêmes, la même chose que ce qu'ils ont fait ici". Dans la distribution, il y aura aussi la possibilité de prendre des yaourts ou d'autres produits récupérés par Nadia. 

La boîte à cuisine, c'est gratuit du mardi au vendredi sur inscription, réservé à ceux qui sont dans le besoin.