Nancy : des stages obligatoires pour les auteurs de violences conjugales

La journée de stage obligatoire pour les auteurs de violences conjugales à la cité judiciaire de Nancy / © Mustafa Muhammad /France 3 Lorraine
La journée de stage obligatoire pour les auteurs de violences conjugales à la cité judiciaire de Nancy / © Mustafa Muhammad /France 3 Lorraine

Pour lutter contre les violences faites aux femmes, le parquet de Nancy, en partenariat avec l'association Realise, organise depuis 2017 des stages pour les auteurs de violences conjugales. Ils sont une alternative à la peine judiciaire.

Par Laura Poli

"Si vous n’êtes pas d’accord avec ce que nous allons faire, c’est la porte", annonce d’emblée Jean-Philippe Renard, responsable de l’association Réalise, qui œuvre pour lutter contre les violences conjugales. Ce vendredi 4 octobre 2019, dans le sous-sol de la cité judiciaire de Nancy, douze hommes l’écoutent sans broncher. Agés de 20 à 50 ans, ils sont tous réunis pour un stage collectif d’une journée à la suite de violences physiques ou verbales envers leur compagne.
 

Une alternative à une condamnation judiciaire

Ces stages ont été créés par la loi de 2014 sur l’égalité réelle entre les hommes et les femmes. Organisés par le parquet de Nancy depuis 2017, ils sont une alternative à la peine judiciaire. Leur objectif ? Sensibiliser ces hommes, poursuivis pour la première fois pour des violences conjugales, aux conséquences concrètes de leurs actes. Mais également les responsabiliser en tentant d’analyser les origines et les mécanismes du passage à l’acte violent.
Pour Jean-Philippe Renard, lutter contre les violences faites aux femmes en donnant la parole aux auteurs est indispensable : "Les faire travailler sur leur méconnaissance de la loi et sur eux-mêmes permet d’attraper le mal à la racine, de comprendre ce qui fait le passage à l’acte"

 

Des auteurs de violences conjugales de dos et face à deux membres de l'association Realise / © Laura Poli
Des auteurs de violences conjugales de dos et face à deux membres de l'association Realise / © Laura Poli

Prendre conscience de la gravité des faits

La journée commence par un tour de table. Chacun leur tour, ces hommes expliquent les raisons de leur passage à l’acte : "Elle m’a volé mes affaires", "Elle était trop jalouse", "Le ménage n’était pas fait", "La séparation était trop dure", "Nous n’avions pas la même manière d’éduquer nos enfants", avouent-ils. Comprendre, oui. Excuser, non.

La séparation était trop dure
Un stagiaire, responsable de violences conjugales

Nombreux sont ceux qui banalisent ou nient les excès de violence qu’ils ont pu commettre. Pour les aider à réfléchir sur eux même et à poser leurs idées avant d’échanger collectivement, un questionnaire sur la violence et l’agressivité leur est distribué : "Cela permet de se rendre compte des autres situations donc de prendre conscience de la gravité de nos faits", affirme un participant.
 
Une partie du questionnaire rempli par les auteurs de violences conjugales / © Laura Poli
Une partie du questionnaire rempli par les auteurs de violences conjugales / © Laura Poli


Soudain, Jean-Philippe Renard enlève sa ceinture et la fait claquer sur le mur. "Ça vous parle ?", demande-il. "Oui", murmurent quelques hommes, en se grattant nerveusement la barbe et en tremblant du pied. L’émotion est palpable. Se livrer sur les traumatismes vécus durant l’enfance est indispensable pour appréhender l’engrenage qui mène aux excès de violence.

Un outil complémentaire pour lutter contre les violences conjugales

Pour Sophie Partouche, substitut du procureur, ces stages offrent la possibilité de prévenir la récidive de ces primo-délinquants : "Il faut sanctionner l’acte qui a été commis mais aussi éviter la réitération des faits. Ce n’est pas en travaillant exclusivement sur l’accompagnement des victimes que l’on va y parvenir."
Pour cela, des entretiens individuels sont également organisés en amont de la séance collective, des obligations de soins peuvent être prescrits si nécessaire et des séances de médiation entre conjoints sont possibles pour gérer la séparation ou la reprise de la vie commune.
"Grâce à ce processus, j’ai compris que la vie avec ma femme n’était pas possible en raison de nos tempéraments respectifs. Aujourd’hui, j’ai pris conscience que j’ai fait un mauvais geste qui n’aurait pas dû arriver", confie un stagiaire.

Il faut éviter la réitération des faits
Sophie Partouche, substitut du procureur de Nancy

Ce stage a permis d’orienter 69 hommes en 2018 et 63 hommes en 2019. 60% d’entre eux n’ont pas rechuté à ce jour. Pour rappel, le 5 octobre 2019, 113 femmes sont mortes depuis le début de l’année sous les coups de leur conjoint.


 

Sur le même sujet

Les + Lus