Nouveau tramway: Nancy vote pour

La majorité au conseil municipal de Nancy a approuvé le projet du nouveau tramway. / © Olivier Bouillon/ France 3 Lorraine
La majorité au conseil municipal de Nancy a approuvé le projet du nouveau tramway. / © Olivier Bouillon/ France 3 Lorraine

Avant le vote de la Métropole du Grand Nancy, les communes concernées par le tracé du nouveau tramway étaient appelées à se prononcer en conseil municipal. Lundi 16 décembre, Nancy s'est prononcée pour le projet.
 

Par Olivier Bouillon avec Michaël Martin

A l’issue de deux heures de débat, le conseil municipal de Nancy a approuvé le projet de nouveau tramway, lundi 16 décembre 2019. Sur 67 élus, 52 étaient présents et 41 ont voté pour. A noter les voix de deux élus de l'opposition, Mathieu Klein et Antoine Le Solleuz, dans les votes qui soutiennent le projet. Le vote à la Métropole du Grand Nancy a lieu vendredi 20 décembre 2019.

Ce conseil municipal  a été l’objet d’échanges nourris entre la majorité et l’opposition, principalement sur son financement et la tenue du calendrier, la connexion avec les territoires voisins et son intégration avec les autres modes de déplacement. La montée de Brabois cristallise encore les débats.

488 millions d'euros TTC

Le financement du projet (412 millions d’euros hors taxe) entraîne un étalement dans le temps et une réalisation sur trois séquences. La Métropole, sur la période 2022-2028, doit réaliser 75,2 millions d’économies, soit 10,8 millions par an. Avec un budget principal de 386 millions, cela signifie une économie de 2,8 % par an. Ou, par rapport à un budget principal et ses annexes de 582 millions, une économie de 1,8 %. L'adjoint aux finances Michel Dufraisse juge un tel investissement "responsable", en s'appuyant sur le Rapport d’orientation budgétaire de la Métropole.

Cet investissement est responsable.
- Michel Dufraisse, adjoint aux finances

Bertrand Masson, chef de l’opposition au conseil municipal, tire à boulets rouges sur le projet de la Métropole. "Le financement de ce projet n’est pas soutenable", affirme Bertrand Masson. Il cite le 1er vice-président de la Métropole qui évalue la capacité d’investissement à 250 millions d’euros. "Une somme loin des 450 millions nécessaires pour réaliser ce projet", assure-t-il. Bertrand Masson demande à la "Métropole la plus endettée de France de faire connaître les solutions qu’elle a imaginées pour financer le tramway et de les porter à la connaissance de la population".
Bertrand Masson demande si ce financement se fera par le biais d’économies avec l’abandon, par exemple, du projet Grand Nancy Thermal ou du réaménagement du Parc des expositions. Ou encore la suppression de certaines lignes du Réseau Stan. "A moins que la Métropole ne décide d’augmenter ses recettes en se tournant vers le Conseil départemental ou la Région Grand-Est", avance l'élu d'opposition. Ou, troisième solution, "augmenter les impôts".

Le Grand Nancy est la métropole la plus endettée de France.
- Bertrand Masson, conseiller municipal d'opposition

Sur le terrain des économies, Chantal Carraro, de la majorité municipale, a apporté de l’eau au moulin de l’opposition en évoquant la suppression de lignes de bus qui font actuellement doublon avec la ligne de tram, mais qui seraient obsolètes avec la fréquence du futur tram.
"A l’horizon 2023, l’endettement de la Métropole s’élèvera à 930 millions", prévient Mathieu Klein, élu de l'opposition et candidat à la mairie de Nancy. Afin de rendre ce projet "à portée de bourse", le conseiller municipal Jean-François Husson a invité tous les élus à se rassembler afin d’obtenir le plus de soutiens possibles. Sans doute, l’occasion de solliciter une aide financière du Conseil départemental, présidé par... Mathieu Klein.

La hausse de la fréquentation rapportera 5 millions d'euros.
- Laurent Hénart, maire de Nancy

"La suppression des lignes en doublon du tram actuel et l’augmentation de la billetterie avec la hausse de fréquentation permettront de dégager 5 millions d’euros par an", explique le maire de Nancy, Laurent Hénart. Il prend pour exemple "la baisse de dotations de 10 millions d’euros à laquelle la mairie avait dû faire face sous le gouvernement socialiste".
 
 

Quelles connexions avec les territoires ?

"Il y a une absence de connexion avec les autres territoires, mis à part Roberval, mais dont la réalisation n’est pas une priorité", déplore Bertrand Masson. L'élu d'opposition critique l’ancienneté du Plan de déplacement urbain, qui date de 2006. "Ce projet aurait dû être l’occasion de repenser la mobilité entre tram, bus, vélos et piétons". Le maire Laurent Hénart a répondu aux attaques de Monsieur Masson. "Ce projet assure bien la connexion avec les autres territoires, au sud avec Roberval et au nord avec la voie de la Meurthe. Il y aura effectivement des bus de substitution pendant la phase des travaux qui durera entre 18 et 24 mois", corrige Laurent Hénart. Il reproche au leader de son opposition de vouloir faire peur aux habitants à l’approche des élections.

Ce projet assure la connexion avec les territoires au nord et au sud.
- Laurent Hénart, maire de Nancy

"A l’image de la mise en service de la ligne 2 en 2013, ce projet n’ait pas été l’occasion de se reposer la question des mobilités avec par exemple la desserte du bassin de Pompey, la remise à plat du Plan de déplacement urbain", déplore Mathieu Klein. La candidat à la mairie a tenu des propos très critiques, mais a pourtant fini par voter pour le projet, à contre-courant des autres élus d'opposition.


"Le calendrier ne pourra pas être tenu"

Bertrand Masson émet de nouvelles réserves quant au calendrier. "Comment la Métropole va-t-elle gérer la période de transition entre la fin du train et la mise en service du nouveau train engendrée par son incapacité à financer ce projet ? demande-t'il. Ce sera une période qui va impacter la vie économique et commerciale de l’aire urbaine". "Même si ce nouveau tracé est le compromis le moins mauvais, il considère que ce projet devra être remis à plat dans quelques mois parce le calendrier ne pourra pas être tenu pour des raisons financières", assure Mathieu Klein.


La montée de Brabois : "une nouvelle erreur"

La cheffe de projet du tram, Alice Goiez, a présenté de manière succincte les grandes lignes du dossier. En précisant que le tracé de la montée de Brabois, principal point de crispation, a été revu à la baisse, notamment le fameux viaduc. Le projet prévoit la construction d'un ouvrage d'une longueur de 200 mètres au lieu de 325 mètres initialement, et une hauteur de 9,70 mètres au lieu de 15.
Françoise Hervé a ouvert le bal pour l’opposition : "Merci au conseil municipal d’adopter une proposition que j'avais formulée il y 20 ans lorsque la mairie avait fait le choix du tram sur pneus!". André Rossinot, conseiller municipal et président de la Métropole, "regrette la rancune de Françoise Hervé 20 ans après le choix du tram sur pneus".

L'ouvrage sera haut de 9,70 mètres au lieu de 15 mètres.
- Alice Goiez, cheffe de projet

Françoise Hervé met en garde sur "la nouvelle erreur que la mairie s’apprête à commettre" avec un chantier qui va durer plusieurs années et ses répercussions sur les commerces. Elle dénonce la nouvelle terminologie de "rampe" ou de "talus" utilisée pour parle de l'ouvrage. "Cela reste pour moi un viaduc, un ouvrage en béton soutenu par des piles", assure Françoise Hervé. Selon elle, ce projet présente deux failles : l’absence d’étude sur l’impact visuel du tram dans la traversée du jardin botanique et le refus d’étudier sérieusement la montée à Brabois par l’avenue Jean-Jaurès. "Il y a quand même eu quelques améliorations dans le tracé de la montée de Brabois", reconnait Bertrand Masson.

Le vote à la Métropole du Grand Nancy a lieu vendredi 20 décembre 2019. Toutes les communes concernées par ce nouveau tracé doivent voter en faveur du projet d'ici là.

 

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