Témoignage : Paula, victime de violences conjugales : « Ça peut aller très vite de tuer quelqu’un »

Paula* a 49 ans. Elle travaille dans le social. Elle a subi des violences physiques et psychologiques de la part de son conjoint. À l’occasion du rassemblement contre les violences faites aux femmes organisé par "Nous Toutes" le 14 Novembre à Nancy, elle témoigne.

 
Une affiche dénonçant les féminicides
Une affiche dénonçant les féminicides © MaxPPP - Bruno Levesque

Paula est une mère de famille lorraine. Pendant des années, son quotidien a été un enfer. En cause ? Un conjoint violent. Coups, insultes, manipulation... Il lui a fallu des mois pour se libérer de cet amour toxique et destructeur. Pour soutenir toutes les femmes victimes de violences conjugales et les aider à s'en sortir, elle a décidé de témoigner à l'occasion du rassemblement contre les violences sexistes et sexuelles le 14 novembre à Nancy. 

Voici le témoignage de Paula, dont le prénom a été modifié* par mesure de confidentialité : 

Vous avez été victime de violences conjugales. Que s'est-il passé? 

- J’ai partagé quatre ans de ma vie avec mon ancien compagnon. Si on m’avait dit qu’il allait être violent, je n'y aurais jamais cru. Il m’a manipulée pendant plusieurs années. Je ne m'en rendais pas compte.
Il a été présent pour moi lorsque je me sentais un peu seule et que j’avais des soucis avec mon fils. Il a trouvé la faille qui était en moi et en a profité. J’étais sous emprise. Ce fut compliqué de le quitter... C’était un cercle vicieux. 
Son comportement a changé peu à peu. Il me parlait mal et me contredisait tout le temps. Il était violent.
Le lundi, il était exécrable. Il ne me supportait plus. J'étais son fardeau.
Le mardi, il s’excusait et disait vouloir une seconde chance... Il était dans l’ambiguïté. C’était incompréhensible.

Un jour, on s’est disputé et les insultes ont fusé. Il m’a bousculée et je suis tombée sur la banquette. Mais ma tête a rebondi contre le mur. J’étais sonnée. J’ai eu mal à la nuque pendant dix jours. Il m’a dit : « ça peut aller très vite de tuer quelqu’un ». J’ai cru qu’il avait pris conscience de ce qui s’était passé. En vain.
Plus tard, il m’a également attrapée par le bras pour me jeter dehors en pleine nuit avant de me récupérer. Il l'a fait deux fois en l’espace d’un mois. Puis j’ai découvert qu’il me trompait.

Avez-vous déposé plainte ?

- Non. Par contre, j’ai déposé une main courante après qu’il m’ait donné un violent coup dans les côtes. Je suis allée aux urgences car je n’arrivais plus à respirer. J’ai passé une nuit infernale. J’ai eu une côte fêlée et des contusions. Je n’ai pas voulu porter plainte car il avait déjà des problèmes sur son lieu travail. Une plainte a été déposée contre lui pour non-assistance à personne en danger. Il n’avait pas protégé une de ses employées face à un collègue vicieux ! Comme quoi…

Comment vous êtes-vous libérée de son emprise ?

- Ce fut le coup de trop. Je ne voulais plus le voir. Je suis rentrée, j’ai fait mes cartons et je suis partie chez des amis qui m’ont hébergée. Je l’ai prévenu par SMS. J’ai préféré ne pas lui dire en face de peur qu’il recommence.
De plus, j’ai eu la chance d’avoir mon propre appartement dans le Grand Est. Il y avait des locataires donc je ne pouvais pas m’y installer dans l’immédiat. Heureusement qu’ils déménageaient les jours suivants… J’ai attendu la fin de leur préavis pour y habiter.
Cet homme a tout fait pour dire que c’était de ma faute si on se séparait. Sa violence psychologique m’a beaucoup marquée. J'ai du mal à m'en remettre. Mais en prenant du recul, je me rends compte qu’il y avait des choses qui n'étaient pas très nettes. La mère de sa fille est partie en douce lorsqu’il était en déplacement. On ne disparaît pas sans raison…
 

L'affiche du rassemblement contre les violences faites aux femmes à l'initiative de "Nous Toutes" le 14 Novembre à 19h00 place Stanislas à Nancy.
L'affiche du rassemblement contre les violences faites aux femmes à l'initiative de "Nous Toutes" le 14 Novembre à 19h00 place Stanislas à Nancy. © "Nous Toutes" 54


Quelle fut la réaction de vos proches ?

- Quand j’ai su qu’il me trompait, je me suis confiée à une amie. Elle m’a conseillée de ne pas lui dire que j’étais au courant de son infidélité pour ne pas envenimer la situation. Elle avait peur pour moi.
En outre, des amis m’ont tourné le dos. Il n’a cessé de leur dire du mal de moi, que je n’étais pas quelqu’un de bien… C’est un manipulateur. Fort heureusement, ils ne m’ont pas tous laissé tomber.
Dans mon service, les jeunes filles en difficultés avec lesquelles je travaille m’ont épaulée. Alors qu’elles ont besoin de plus d’aide que moi au quotidien ! Ce sont surtout des femmes qui m’ont soutenue et qui me soutiennent actuellement.
Quant à mon père de 80 ans, il voulait en découdre avec lui… Je l’en ai empêché. Mes parents sont présents pour moi, ils me remontent le moral.
Mon premier fils me dit de tourner la page. Il aimerait que j’oublie cette histoire. Je n’ose pas en parler à mon second fils. Il habite à 800 mètres du domicile de mon ex-conjoint. Il risquerait d’être beaucoup trop virulent s’il apprenait que j’ai été maltraitée.

Avez-vous fait appel à une association pour vous aider ?

- Oui, j’ai contacté le collectif « Nous Toutes ». Leurs publications Facebook me touchaient. J’ai eu une sorte de déclic. Je me suis imaginée à la place de ces femmes mortes sous les coups de leurs conjoints. Parler à des femmes de l'association m'a fait du bien et m’aide à exorciser ce qui s’est passé. J’ai ouvert les yeux. Je travaille beaucoup mais j’essaie d’aider « Nous Toutes » en distribuant des tracts, en publiant des annonces sur Facebook ou en en parlant autour de moi… Je n’avais jamais eu de problèmes avec les hommes auparavant. Trop, c’est trop !

Quel message souhaitez-vous adresser à ceux qui pensent que les femmes exagèrent ?

 

- Il faut qu’ils cessent de nous regarder comme des corps que l'on baise.

Nous ne sommes pas que cela ! Ils devraient essayer de se mettre à la place des femmes. Ils sont heureux de nous voir en jupe… Et pourtant, ils nous insultent et nous font du mal ! C’est trop facile.

Je suis une féministe modérée, je sais que tous les hommes ne sont pas violents ou irrespectueux.
Toutefois, j’ai l’impression que même les hommes gentils ont peur des mouvements féministes. Cela fait tellement longtemps que nous sommes dans ce schéma de supériorité masculine… Les femmes doivent cesser de prendre la force des hommes pour quelque chose de bien. C’est notre plus grande faiblesse.
Les femmes de 40 ans, qui ont vécu beaucoup de choses dans leur vie de femme, se mobilisent moins que les jeunes filles. C’est parce qu’elles ont peur. Il faut qu’elles soient fortes. Elles doivent venir aux rassemblements. Tout le monde doit ouvrir les yeux. C’est tellement dur de mourir sous les coups d’un homme.

Le 11 Novembre, 131 femmes sont mortes assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er Janvier 2019. 

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