Législatives 2022 : candidats parachutés, certains assument, d'autres pas du tout

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Cette stratégie électorale d’un autre temps semblait révolue. Pourtant, les formations politiques pratiquent encore largement le parachutage. Illustrations à Hayange en Moselle avec le RN Laurent Jacobelli et à Toul en Meurthe-et-Moselle avec Marika Bret, candidate majorité présidentielle.

Le parachutage est une spécialité du Rassemblement national. Il parait même que c’est Jean-Marie Le Pen qui l’aurait inventé. Normal, il était parachutiste pendant la guerre d’Algérie au sein du 1er Régiment Etranger de Parachutistes ! En Lorraine, le parachutage est une constante au RN, presque un baromètre.

Laurent Jacobelli, tête de liste aux dernières élections régionales dans le Grand Est, se présente ainsi dans la 8è circonscription de Moselle, celle d’Hayange, berceau du fer et de l’extrême-droite depuis que Fabien Engelmann a pris la mairie en 2014. Né dans le Val de Marne, Laurent Jacobelli s'est déjà présenté aux législatives en 2017 dans la 10è circonscription des Bouches-du-Rhône, et à Allauch dans le même département aux municipales de 2020.

RN : fructifier sur le résultat des présidentielles

Lors des dernières élections présidentielles, Marine Le Pen est arrivé en tête dans la circonscription, au premier comme au second tour. Le RN s’est enraciné dans le paysage local, bien au-delà d’Hayange. Paradoxe ou schizophrénie, c’est pourtant un député LREM qui a pris la circonscription abandonnée par le socialiste Michel Liebgott en 2017 : Brahim Hammouche. Dans cette circonscription dite de Thionville-Ouest, les villes rouges tiennent encore la dragée haute à l’extrême-droite, au moins lors des élections municipales : Serémange-Erzange, Nilvange, Algrange.

Le contexte n’effraye pas Laurent Jacobelli qui atterrit dans la vallée de la Fensch avec l’espoir de faire fructifier les voix RN à la présidentielle. Marine Le Pen a fait 52,19% des voix, avec une très forte abstention : 34,08%, la plus importante de toutes les circonscriptions de Moselle. Questionné lors de notre débat le 18 mai 2022 sur son parachutage, Laurent Jacobelli a répondu qu’il habitait Hayange. Mais depuis quand et pour combien de temps ? Réponses le 19 juin.

Au RN, il arrive aussi qu’on parachute là où il y a pourtant des candidats locaux. Dans la 7è circonscription de Moselle, Lucien Da Ros, un historique du parti lepéniste, a dû céder sa place à Alexandre Loubet, directeur de la communication du Rassemblement national. Furieux, il a quitté le RN pour rejoindre l’autre écurie d’extrême-droite, Reconquête ! Il sera le suppléant de Clément Galante dans la même circonscription. Là aussi, le RN espère engranger les voix du deuxième tour de la dernière présidentielle, où Marine Le Pen a fait 57,75%, record de Moselle.

Au bon souvenir de l’Abbé Pierre

Changement de ton et de décor dans la 5è circonscription de Meurthe-et-Moselle. Marika Bret, investie par LREM/Renaissance l’assume : elle est parachutée. "Irait-on reprocher à l’Abbé Pierre d’avoir été parachuté lorsqu’il a été élu député de Meurthe-et-Moselle en 1945 ?" s’interroge la DRH de Charlie Hebdo, chroniqueuse politique, engagée dans le Printemps Républicain, "je suis de gauche, républicaine, laïque, féministe et universaliste".

Elle n’a pas choisi sa circonscription, c’est le parti du président qui l’a fait. La candidate veut concilier les thématiques nationales, l’emploi, le logement, la transition énergétique, avec leurs déclinaisons concrètes en local : "c’est une formidable aventure humaine que je vais vivre avec mon équipe" s’enthousiasme celle qui va découvrir le terrain en même temps qu’elle avancera sa campagne.

Dans la 5è circonscription de Meurthe-et-Moselle, le député PS sortant, Dominique Potier, a refusé l’investiture NUPES, mais n’a pour l’heure aucun candidat sous cette étiquette face à lui, "ce qui lui facilite la tâche, parce qu’il craint surtout une concurrence à gauche, c’est pour ça qu’il avait déjà conclu un accord avec La France Insoumise pour ne pas avoir de candidat LFI face à lui" témoigne un bon connaisseur de la politique locale.

Avec la candidature de Marika Bret, le sortant se retrouve de fait avec une concurrente sur son terrain, social et écologique. L’ultra médiatique député Potier, trente interventions dans notre journal régional depuis 2017 (deux fois plus que tous les autres députés lorrains), devra ferrailler.

Un parachute à Nancy 2

En Lorraine, on trouve également de vrais faux parachutés. A Nancy 2, l’étiquette colle à la peau du candidat LREM/Renaissance/Ensemble Emmanuel Lacresse. Né à Laxou, cet énarque a quitté son berceau le bac en poche. A 50 ans, il revient pour mener campagne. Face à lui, pas de candidat LR, puisque François Werner, le maire de Villers-lès-Nancy, a finalement renoncé. Suite à un accord avec la majorité présidentielle ? Dans cette circonscription plutôt de centre-droit, le maire PS de Vandoeuvre Stéphane Hablot devra sortir les rames. Les Vandopériens vont-ils voter pour un maire qui ne le serait plus s’il est élu député ? Emmanuel Lacresse, s’il est choisi par les électeurs, quittera Paris pour retrouver Nancy. Au moins quelques jours par semaine.