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TÉMOIGNAGES : comment le covid a changé les habitudes du public dans les petites salles de spectacle

Le Quai, salle de théâtre privée à Troyes. / © Tiphaine Le Roux - France Télévisions
Le Quai, salle de théâtre privée à Troyes. / © Tiphaine Le Roux - France Télévisions

La crise sanitaire a bouleversé les habitudes des amateurs de divertissements culturels. Les petites salles doivent trouver des alternatives pour faire revenir le public.

Par Matthieu Mercier

Netflix et les autres plateformes de streaming en ligne ont-elles pris la place du spectacle vivant ? Les différents confinements liés à la crise sanitaire du covid ont en tout cas modifié les habitudes du public dans les salles à jauges réduites. Fred Castel en sait quelque chose. Cet amateur de chanson a organisé 130 concerts à Chaumont (Haute-Marne), il y a une dizaine d’années.

Il travaille aujourd'hui à Troyes (Aube), pour l’association Troyes Chante : elle a débuté en 2020 avec pour objet la promotion des artistes professionnels peu médiatisés. Mais en raison du Covid, Fred n’a toujours pas pu organiser de concerts. Les premiers doivent de dérouler les vendredi 8 et samedi 9 octobre 2021 à Troyes. 

"Ce qui nous inquiète, dit-il, c’est que globalement, les taux de réservations aujourd'hui sont inférieurs par rapport à avant le covid. On pensait que l’autorisation de rouvrir les salles de spectacles allait doper la fréquentation, mais ça ne se passe pas vraiment comme ça. Le pass sanitaire freine certains spectateurs potentiels, mais il n’y a pas que ça. Nombreux sont les fidèles qui ont perdu l’habitude de sortir, ils ont pris des abonnements Netflix, par exemple."
 

Difficulté à remplir les salles

Selon lui, ces offres étaient connues par les moins de 40 ans. Mais aujourd'hui, d’autres personnes, qui avaient l’habitude de sortir, ont découvert ces plateformes. Avec des solutions alternatives pour avoir accès à la culture. "Je fréquente les salles de chansons, les cabarets. Et samedi dernier encore, confirme le passionné, j’étais au forum Léo Ferré à Ivry sur Seine. Et d’habitude il faut réserver avec trois mois d’avance : cette année, la veille, j’ai eu des places. Ça n’arrive jamais. Au théâtre de Valence hier soir, pour un spectacle de Yannick Jaulin, qui a son public, la salle était au quart pleine. On a des difficultés à remplir des salles sauf les gros concerts.

Même constat à Troyes, dans le théâtre privé que possède Christian Brendel, le Quai. "C'est compliqué, les gens ont pris des habitudes de confinement. Chez eux, dans le canapé, avec la télévision et les plateformes. Pour le théâtre et le spectacle vivant, les gens ont faim et soif, comme les artistes. Ils veulent du partage. Il faut juste les rassurer sur les conditions d'accueil et de santé publique. Ces conditions sont en place aujourd'hui."

Les gens ont pris des habitudes de confinement, chez eux, dans le canapé, avec la télévision et les plateformes.

Christian Brendel, comédien et propriétaire d'un théâtre à Troyes

Sur le plan économique, il faut désormais équilibrer face à des recettes en dent de scie. "Nous, on a mis en place un système particulier, qui incite les gens à adhérer à la salle. Pour 30 euros, soit dix euros défiscalisés, vous êtes adhérent. On peut arriver à gagner 3.000 euros et programmer des spectacles déficitaires, car la recette ne suffira pas. Et cela nous permet de maintenir les tarifs bas.
 

Le réflexe de dernière minute

Fred Castel, lui, s'était pourtant préparé au grand retour de la vie culturelle. "On a voulu monter une association, on savait que ce serait risqué pendant le confinement. On se disait, il faut tout faire pour être prêt à la reprise. On avait programmé un festival de lancement. Et on pensait fin janvier que la deuxième vague était terminée. On avait le droit de sortir lors du Nouvel An…On a eu à l’époque plein de réservations, tout a été annulé. On a tout remboursé. On a reporté, mais le public ne se précipite pas. Peut-être est ce parce que plein de choses ont rouvert...?"



Comme d'autres professionnels du spectacle vivant, Fred constate une désaffection. Le réflexe de dernière minute l’emporte, selon lui, le public ne veut plus se projeter. "Maintenant, à chaque jour suffit sa peine. C’est un changement d’habitude. On a une dizaine de réservations pour les 8 et 9 octobre et habituellement on en avait 80", déplore-t-il. Pour la suite, l'espoir fait vivre. Il pense que ce phénomène est conjoncturel, et parie sur le bouche à oreille. "Il faut tenir le plus longtemps possible, en jouant huit concerts. Mais il y a un risque pour ce genre de salles confidentielles." Avec des choses à réinventer.

Les formules concert d’appartement remplacent les petites salles. Chez les gens, avec une trentaine de personnes, qui paient ce qu’elles veulent, une nouvelle économie du spectacle se met en place. "Avant la crise, les deux étaient complémentaires. Les structures classiques en salle et subventionnées et les autres comme nous, avec le soutien des mairies et départements. Les frais ne sont pas les mêmes. On a plus de dépenses. La formule du cachet est en déclin car on peut prendre moins de risques. Cette formule en appartement ou maison est moins risquée car il y a moins de frais engendrés. Le risque est d’exclure certains public." 

Alors comme d'autres, ces professionnels cherchent à innover. Avec des concerts hors les murs. Dans des caves de champagne par exemple, pour aller là où les gens sont. Aller vers le public, dans des lieux plus insolites et formaliser du tourisme culturel. Ainsi des week-end "Vigne et concert", ou un pack "Nigloland et concert" sont en projet, avec le comité départemental du tourisme de l'Aube.
 

Aller vers les publics

"On voudrait aller plus loin, précise Fred Castel. Pour ne pas être trop élitiste. Sortir du public 'Télérama'. Il faut se déplacer et ne pas attendre que le public vienne. Dans des vignes, après les vendanges, dans les services publics, dans un lycée. Tout le monde est surpris quand on sort. Cela a été fait par exemple dans un lycée agricole de Chaumont. Avec Christophe Remy. Les Nuits de Champagne le font déjà, on réfléchit à se produire dans un hôpital." 

Comme dans de nombreux secteurs d'activité, les confinements ont bouleversé la donne. "Cela nous pousse à se réinventer. On veut continuer à offrir des coups de coeur en proximité à notre public", continue Christian Brendel, le comédien de Troyes. S'adapter et y croire, il le faudra, car le pass sanitaire devrait jouer les prolongations. Le gouvernement souhaite proposer au Parlement de le maintenir pendant plusieurs mois encore, jusqu'à l'été, a annoncé le porte-parole du gouvernement ce mercredi 29 septembre. 
 

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