On vous explique la "guerre du champagne" contre la Russie

Les professionnels du champagne sont vent debout contre une nouvelle législation russe, qui impose aux vignerons champenois de ne plus traduire "champagne" en cyrillique, et d'utiliser l'appellation de "vin effervescent".
Une étiquette de champagne à destination du marché russe
Une étiquette de champagne à destination du marché russe © FTV

Des relations refroidies. Et ça n'a rien à voir avec la température du champagne. Ce lundi 5 juillet, les professionnels du champagne s'insurgent contre une nouvelle loi russe, adoptée vendredi dernier par Vladimir Poutine. Les raisons de la colère : le terme "champagne" ne sera plus traduit en alphabet cyrillique sur les bouteilles à destination du marché russe. Comble de l'outrage, seule la mention "vin effervescent" sera retranscrite en cyrillique au dos de la bouteille, reléguant le champagne au même rang que le mousseux, le prosecco et autres vins à bulles. 

France 3 Champagne-Ardenne fait le point sur cette polémique.

Face à cette nouvelle législation, Maxime Toubart et Jean-Marie Barillère, les deux co-présidents du Comité Champagne, appellent les vignerons à cesser toute expédition vers la Russie jusqu'à nouvel ordre.

Le week-end dernier, c'est Moët Hennessy, leader sur le marché russe, qui avait cessé ses expéditions, avant d'annoncer dimanche reprendre "au plus vite" les livraisons vers la Russie."Les Maisons de Champagne de Moët Hennessy ont toujours respecté la législation en vigueur partout où elles opèrent et reprendront les livraisons au plus vite le temps d'effectuer ces ajustements", a indiqué la firme qui regroupe un ensemble de marques de champagnes, spiritueux et vins au sein du géant du luxe LVMH.

 

"Nous sommes scandalisés par cette nouvelle loi russe qui nous impose de renoncer à notre nom, "Shampanskoe" en russe, s'indigne à notre micro Charles Goemaere, directeur du Comité Champagne. Désormais, si sur l'étiquette on aura toujours le droit d'utiliser le mot champagne en caractères latins, qui n'est pas la façon dont les Russes lisent les étiquettes, au dos, nous serons relégués au même rang que tous les autres vins mousseux." "Priver les Champenois du droit d’utiliser le nom « Champagne » (en cyrillique) est scandaleux ; c’est notre patrimoine commun et la prunelle de nos yeux", réagissent dans un communiqué les deux co-présidents du Comité Champagne.

Ce qui met de l'eau dans le gaz -sans mauvais jeu de mot-, ce que le directeur du Comité Champagne désigne comme "scandale ultime", c'est que les "vins russes eux, auront le droit d'utiliser le terme champagne russe". Autrement dit, seuls les vins russes auront le droit de s'appeller "champagne" en russe. Il explique : "Ce qui induit une vraie problématique d'information pour le consommateur russe sur l'origine et les caractéristiques de nos produits et des vins russes." 

Toutefois, le "scandale" est à relativiser. Selon les chiffres du Comité Champagne sortis en 2020, la Russie est classée au 15ème rang des exportations du précieux nectar. Soit un peu plus de 35 millions d'euros et un peu plus d'1,8 million de bouteilles.

Des chiffres qui peuvent paraître importants, mais qu'il faut remettre dans leur contexte. Le marché extérieur est dominé par les Etats-Unis, qui représentent plus de 501 millions d'euros de livraisons. Sur la seconde marche du podium, on trouve le Royaume-Uni avec près de 338 millions d'euros en 2020, soit plus de 21 millions de bouteilles. En 2019, hors contexte pandémiques, nos voisins d'outre-Manche achetaient plus de 27 millions de bouteilles, contre 1,7 millions au pays des Tsars.

 

Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'appellation "Champagne" est protégée dans 120 pays à travers le monde. Cette protection n'est pas le fruit du hasard : ce sont les professionnels du secteur qui la défendent bec et ongles. C'est dans cette logique que le "Champagne sorbet", commercialisé par l'enseigne discount Aldi, a été prohibé, des suites d'une longue bataille juridique. Les producteurs champenois estiment que le terme "champagne" contrevient à l'appellation d’origine contrôlée.

Pour continuer à protéger leur appellation, les professionnels du secteur sont unanimes. Ils en appellent "dès maintenant aux diplomaties française et européenne pour qu'elles prennent contact avec les autorités russes et qu'on puisse utiliser [leur] nom, qui est la prunelle de [leurs] yeux."

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